L’événement d’hier, soit l’arrestation de deux secrétaires de juge, a définitivement mis l’ensemble des juges dans un état de choc. Aucun ne voulait commenter cette situation, ni même le chef juge, Bernard Sik Yuen, ni le Deputy Master and Registrar, les deux personnes qui ont été au four et au moulin, plus particulièrement ce dernier, pendant toute la journée d’hier.
Tout porte à croire que le chef juge avait vu le cyclone venir depuis quelques jours. Il a mené sa petite enquête, à l’insu des membres de son équipe judiciaire, hormis bien évidemment d’Abdurafeek Hamuth et d’Asraf Caunhye, qui sont directement concernés par cette affaire puisque leurs secrétaires ont été interpellés.
Selon les témoignages recueillis dans l’entourage de Bernard Sik Yuen, il est arrivé très tôt à la Cour suprême soit aux environs de 8 heures. Il a pris tout de suite la direction de la Family Court, qui siège au cinquième étage de la New Court House, où des directives formelles ont été données pour interdire l’accès à tout membre du public.
Au cours de la matinée, des ordres ont été recherchés par les enquêteurs pour assurer la saisie des équipements informatiques avec lesquels les deux suspects ont pu avoir accès. Ces requêtes ont été satisfaites par la Cour suprême.
Il y a eu trois saisies, dont deux à la Cour suprême, notamment à la Family Court et au bureau des secrétaires de juge. Ces deux saisies ont été supervisées par Nicolas Bellepeau. Le troisième s’est déroulée à l’étude de l’avoué Me Roshan Rajroop, également interpellé à la suite de cette enquête.
À un certain moment, des journalistes ont tenté d’avoir les commentaires du chef juge. Nous avons téléphoné à son bureau, mais une personne nous a fait comprendre qu’il lui sera pratiquement impossible de lui passer l’appel tant qu’il était de mauvaise humeur depuis le matin.
Quelques minutes après nous avons essayé d’aborder Nicolas Bellepeau, qui regagnait son bureau, en revenant sans aucun doute de chez le chef juge. Préjugeant notre démarche, il a tout bonnement dit, en souriant : « Initil ki zot swiv mwa, Mo pena okenn deklarasyon pou mo fer. » Nous lui avons fait comprendre que même un « No statement » peut constituer une déclaration. Il s’est contenté de nous lâcher : « Ce sera “No statement” alors. »