Après avoir perdu leur maison et tous leurs effets dans un incendie, en janvier dernier, deux familles de la Cité La Ferme, les Lindor et Nesta, sont logées au Centre social de Bambous à titre temporaire. Mais voilà bientôt deux mois qu’elles sont contraintes de vivre dans une pièce du Centre social de la région. Lasses des conditions difficiles et de la promiscuité, les deux familles disent attendre toujours l’aide promise par les autorités, notamment celle du ministère de l’Intégration Sociale et de la National Empowerment Foundation (NEF), pour quitter au plus vite le Centre social de Bambous.
La maison en amiante des Lindor a pris feu dans la nuit du 23 janvier dernier. Au centre social de Bambous où le couple et ses enfants ont trouvé refuge et continuent leur vie, ils disent leur amertume. Les Lindor rappellent que lorsque Pradeep Roopun, le ministre de l’Intégration Sociale, les a rendu visite au lendemain du sinistre, il leur avait promis des matériaux de construction pour une maison en béton sous tôle. De leur côté, les Nesta déplorent la lenteur administrative du ministère des Terres et du Logement ainsi que de la NEF. Selon Armand Nesta, 30 ans, les autorités – auprès desquelles il se serait inscrit auparavant pour bénéficier d’une maison – auraient dû avoir reconnu l’urgence de la situation et lui accorder un logement au plus vite.
«Des circonstances dramatiques nous ont conduits ici. Nous sommes arrivés sans rien», explique Sylvie Lindor, 45 ans. Et de poursuivre, «au lendemain de notre malheur, nous avons reçu la visite des députés et du ministre Roopun. Tous ont pris part à notre malheur et nous ont témoigné de leur soutien. Mais depuis leur départ, c’est comme si nous n’existions plus pour personne.»
Sylvie Lindor et son époux, Sydney, maintiennent que lorsqu’ils ont perdu leur maison, ils ont pris la décision de la reconstruire en béton. «C’est pour cette raison que nous avions fait part de notre intention aux préposés de la NEF, car nous sommes disposés à investir ce que nous pouvons dans la construction de cette maison. Le ministre nous a alors affirmé qu’il nous ferait envoyer des blocs et de la tôle. Deux semaines plus tard, à l’arrivée des matériaux, ce sont du bois et de la tôle qui nous ont été livrés. Nous avons alors refusé catégoriquement de les prendre parce que cela aurait impliqué un logement d’une pièce en tôle, chose que nous ne voulions pas. D’ailleurs, quand les matériaux de la NEF sont arrivés, nous avions déjà débuté la reconstruction de notre maison. D’autre part, nous sommes relativement nombreux dans la famille et nous vivions dans quatre pièces avant que la maison ne prenne feu. Accepter une pièce en tôle serait accepter de vivre tous à l’étroit», dit Sylvie Lindor. Quatre de ses sept enfants et un de ses petits-enfants vivent à ses côtés dans le Centre social. Le couple Lindor explique qu’il a pu démarrer la reconstruction de sa maison grâce à l’aide financière que lui a octroyé le ministère de la Sécurité Sociale après l’incendie de sa maison. Et que depuis le renvoi des matériaux, il ne sait pas s’il pourra bénéficier du soutien de la NEF. Pour l’instant, les Lindor comptent sur le salaire de la mère de famille, employée dans une compagnie de nettoyage, pour financer les travaux de construction de leur maison par des proches. Maçon, Sydney Lindor travaille selon la disponibilité de l’emploi dans son secteur.
«Où partir?»
Depuis leur relogement au Centre, les Lindor et les Nesta ont dû organiser leur vie en fonction des conditions qui y prévalent. «Nous n’avons pas d’intimité, ici», déplore Armand Nesta, 30 ans. Ce dernier, père d’un enfant âgé d’un an, est le neveu des Lindor. Avec sa jeune épouse, Priscilla, il espère obtenir au plus vite une maison sociale ou de la National Housing Developement Company (NHDC) Limited. Seul pilier financier de son couple, Armand Nesta travaille comme pompiste dans la région de Tamarin. Avec sa femme et son fils, il occupait deux pièces en tôle annexée à la maison des Lindor. «On m’a toujours dit que j’étais un bénéficiaire de la NEF. J’ai rempli des dossiers et des officiers sont venus chez moi pour une évaluation de mes biens.
Mais après l’incendie de ma maison, j’ai été surpris d’apprendre que je ne disposais d’aucun dossier à la NEF! Et que je devrais me tourner vers le ministère des Terres et du Logement pour être relogé», raconte le jeune père de famille. Selon ce dernier, ce ministère lui aurait proposé un logement dans l’Est et le Sud, alors qu’il travaille à Tamarin. Depuis, il est dans l’attente d’une maison «Je ne comprends pas la politique de relogement des autorités! Il y a des maisons sociales vides à Gros Cailloux et d’autres à la Valette. Pourquoi ne pas reloger des sinistrés sans abris?», se demande Armand Nesta. Notre interlocuteur se dit inquiet: «Il y a quelques jours, on nous a dit qu’il nous faudra céder le Centre social. Ce qui veut dire que nous aurons à partir. Partir, oui, mais où? Que nous adviendra-t-il si ma tante et mon  oncle partent d’ici avant nous?»
Après l’incendie de leur maison, les deux familles ont reçu des dons en vêtements et nourriture, essentiellement.Les vêtements ont été rangés et recouverts de draps. «Quant à la nourriture, on ne peut rien conserver, faute de réfrigérateur. Kouma kwi bizin manze», dit Sylvie Lindor. «Nous avons tout perdu dans cet incendie, du réfrigérateur au téléviseur et d’autres appareils électroménagers, ainsi que le mobilier que nous avons acheté à crédit!», confie Sylvie Lindor. Quant au couple Nesta, ses cadeaux de mariage sont partis en fumée. Tout comme la machine à laver neuve qui était toujours emballée. La vie au Centre social, confient les chefs de famille, est loin d’être évidente. «A swar bizin ranpli delo tansion li pa koule landemen. Dan gramatin bizin fer atansyon kan leve pou pa marse lor personn «, raconte Sylvie Lindor. Pour certaines tâches, comme la lessive, elle se rend chez sa voisine. La nuit, adultes et enfants dorment chacun sur un matelas posé à même le sol.