DIPLAL MAROAM

De nombreux observateurs sont d’avis qu’abasourdi par son propre succès électoral inattendu de décembre 2014, le gouvernement actuel n’était manifestement pas en état de prendre les rênes du pays. Depuis son installation au pouvoir à ce jour, pas moins d’une dizaine de ministres, y compris le ministre de la Technologie informatique d’alors (aujourd’hui Premier ministre) ont, pour une raison ou une autre, été contraints de soumettre leur démission. Or, une équipe instable, chancelante est tout sauf gagnante, ce d’autant lorsque le nouveau capitaine se trouve dans l’incapacité de prendre, au moment opportun, les décisions qui s’imposent pour permettre le fonctionnement sans contrainte de son effectif. Ainsi, des ministres qui sont partis n’ont jamais pu trouver de remplaçants, le poste de président de la République demeure toujours vacant alors que le commissaire de police a dû rempiler faute de décision appropriée quant à son éventuel successeur. D’ailleurs, alors qu’une des fonctions de base d’un chef du gouvernement consiste justement à exercer une supervision globale sur tous les ministères, l’on se demande si le cumul par le Premier ministre des responsabilités d’un Grand Argentier, pour n’avoir pu désigner quelqu’un d’autre, répond aux normes de l’éthique administrative et aux principes de la bonne gouvernance.

Mais quoi qu’il en soit, après la transmission du pouvoir de père en fils en janvier 2017, tous ceux qui s’attendaient à une rupture avec le passé en ce qu’il s’agit de la direction au niveau du parti ou du gouvernement ont vite déchanté. Or, un leader digne de ce nom, étant d’abord et surtout un fervent adepte du dialogue et de la communication, arrive toujours, même dans les circonstances les plus astreignantes, de par son pouvoir de persuasion et d’argumentation, à maintenir la cohésion au sein de sa troupe autour du noyau qu’il incarne lui-même. Que représente, après tout, le succès en politique si ce n’est que l’adhésion dans le sens le plus large du terme ? Même ceux qui sont parfois qualifiés de « vander » mais qui ont cheminé avec le parti pendant des années, des décennies, peuvent toujours, à l’initiative du leader, trouver un terrain d’entente, ce dans le but primordial de sauvegarder l’intérêt suprême et l’intégrité du parti. Certes, tout collectif comporte des éléments toxiques, opérant selon leurs propres agendas et qu’il faut impérativement mettre hors d’état de nuire ; cependant, pour un parti qui subit l’hémorragie périodique de ses membres, un questionnement sérieux sur la capacité et la valeur du leadership s’impose.

Si un parti comme le MMM a perdu son rayonnement d’antan, c’est que les différentes cassures qu’il a connues ont considérablement entamé sa force et son pouvoir de rassemblement alors que la direction, manifestement, ne levait même pas le petit doigt pour remédier à la situation. Par conséquent, aujourd’hui, au sein de toute éventuelle alliance, le parti mauve serait contraint de jouer le rôle de second couteau. Ce qui sera certainement le cas lors des prochaines législatives à moins qu’il opte pour un arrangement post-électoral. Et tous les indicateurs démontrent que ces élections se dérouleront cette année même, ce quoi qu’en disent les porte-parole du MSM, car la démission de Lutchmeenaraidoo n’a fait que bousculer le calendrier électoral.

Même si depuis la partielle de décembre 2017, le MSM a, semble-t-il, repris du poil de la bête – requinqué, sans doute, par le salaire minimal, la negative income tax, l’affaire MedPoint et le Chagos –, il ne va probablement prendre aucun risque lors des prochains scrutins. Car, tout faux pas de sa part pourrait lui être fatal d’autant qu’en face se trouve un adversaire revanchard, qui jouera le tout pour le tout pour retrouver son poste et rétablir son honneur. Pour les deux principales formations en lice donc, le 1er Mai constituera un véritable test-case, une bataille psychologique intermédiaire avant la grande guerre pour la conquête du bâtiment du Trésor. Ainsi après la double démission de Lutchmeenaraidoo et avec le Parlement, qui a repris ses droits hier, les événements politiques iront crescendo jusqu’aux législatives. Et en ce qui concerne la partielle, tout indique qu’elle n’aurait simplement pas lieu, ce malgré l’assurance du PM lors de son point de presse du 25 mars 2019.