Le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Rundheersing Bheenick, a fait hier un nouveau plaidoyer pour un relèvement du taux d’intérêt directeur à Maurice au vu des risques inflationnistes. « Si on continue d’avoir des périodes prolongées de taux d’intérêt réel négatif, on court vers de graves dangers », a déclaré le gouverneur lors d’une conférence de presse post-réunion MPC où le taux directeur a été une nouvelle fois maintenu à 4,65 % et ce par vote majoritaire.
« Les réunions du MPC se suivent et de ressemblent », a déclaré d’emblée Rundheersing Bheenick, qui était entouré de ses deux adjoints, Yandraduth Googoolye et Issa Soormally. Le gouverneur a indiqué que si à sa prochaine réunion fixée en juin 2014 le comité de politique monétaire prône le statu quo concernant le Key Repo Rate (KRR), cela fera douze mois que le taux restera inchangé. Rundheersing Bheenick a souligné que la dernière fois où il y a eu consensus au sein du MPC c’était en juin 2012 et la décision alors était de ne pas modifier le taux directeur.
Le gouverneur a réfuté l’argument de ceux qui pensent que l’inflation ne constitue pas pour le moment un réel danger. Le taux d’inflation à Maurice, a-t-il laissé entendre, est de huit à dix fois supérieur à celui de l’Europe. Il a, chiffres à l’appui, démontré que plusieurs pays développés et en développement ont procédé à des hausses de leurs taux d’intérêt directeur depuis juin 2013 pour les porter à des niveaux plus élevés que ceux de l’inflation. Mention a été faite, entre autres, de la Nouvelle-Zélande, du Brésil, de la Turquie, du Ghana. Or, le taux d’intérêt réel à Maurice (différence entre le taux d’épargne pratiqué par les banques commerciales et le taux d’inflation) est resté négatif pour une longue période, a fait ressortir Rundheersing Bheenick. « Il faut agir », a-t-il ajouté. Poussant plus loin son argumentation, le gouverneur a déclaré : « Si vous êtes bien logés, nourris et blanchis, l’inflation n’est pas un problème pour vous. Or, ce n’est pas le cas pour les autres », faisant ici allusion aux économiquement faibles.
Rundheersing Bheenick a aussi argué qu’un taux d’intérêt réel négatif n’incite pas les gens à épargner. On est plus incité à faire de la spéculation, en particulier de la spéculation foncière, à consommer davantage. Depuis septembre 2013, le retour sur l’argent est en territoire négatif. Faisant référence à divers scénarios établis par les officiers de la BoM en se basant sur un outil conçu par John Taylor et régulièrement utilisé par des banques centrales dans l’application de leurs politiques monétaires, le gouverneur de la BoM a démontré que les prévisions calquées sur divers taux d’inflation confirment que le taux d’intérêt neutre (neutral rate) s’est maintenu depuis septembre 2013 au dessus du taux directeur de la BoM, prouvant que « le KRR est inapproprié ».
Rundheersing Bheenick a fait également état de ses inquiétudes face au haut niveau d’endettement des dix-sept plus grosses entreprises du pays. Le montant est passé de Rs 44 milliards en 2009 à Rs 70 milliards en 2013. Le « debt stress » de ces sociétés se monte à Rs 60 milliards et cela, soutient le gouverneur, provoque une tension sur leur cash-flow et leur bilan. Pour le gouverneur, il est impérieux de remédier à cette situation afin d’éviter que l’endettement des entreprises ne mette en danger la stabilité du système financier. Rundheersing Bheenick a parlé des mesures prudentielles prises par la banque centrale pour contrôler l’endettement des entreprises, en particulier celles du secteur de la construction et éviter que le niveau des créances douteuses n’atteigne des proportions plus graves.
Le gouverneur s’est inquiété par ailleurs de la situation d’excès de liquidités dans le marché. « L’excès de liquidités est une nouvelle source de vulnérabilité pour l’économie mauricienne », a-t-il fait comprendre, annonçant que le montant enregistré sur le marché ces derniers mois a été bien au-dessus du niveau acceptable de Rs 3 milliards. La situation d’excès de liquidités s’est développée depuis 2012. Le montant est passé de Rs 6 milliards en décembre 2012 à Rs 21 milliards début avril 2014. La BoM a dû intervenir en maintes occasions pour éponger un montant de Rs 21 milliards, mais, a fait ressortir le gouverneur, « ce n’est plus soutenable pour la banque centrale ». Il y a eu, après discussions avec le Trésor public, la décision de programmer en avance l’émission de bons du Trésor pour une valeur de Rs 2,7 milliards, laquelle émission était prévue pour le second semestre 2014. Cependant, il y a des craintes qu’on se retrouve avec des excès de liquidités de l’ordre de Rs 18 milliards vers septembre prochain.
Par ailleurs, Rundheersing Bheenick a fait état du constat du conseil d’administration du Fonds Monétaire International (FMI) concernant l’économie mauricienne à l’issue des consultations sous l’Article IV. Le FMI, a-t-il indiqué, fait des commentaires plutôt favorables concernant la résilience de l’économie mauricienne, mais il considère qu’il ne faut pas pour autant s’autocongratuler. Selon le gouverneur, une lecture approfondie du rapport et des recommandations du FMI permet de voir « qu’il y a encore des efforts à faire pour consolider notre économie. »