La révocation du Président de la MTPA, Robert Desvaux, proche du ministre des Finances, Xavier Duval par un autre membre du PSMD, lui ministre du Tourisme, Michaël Sik Yuen suscite des nombreuses interrogations. La nouvelle qui est tombée tard dans l’après-midi de vendredi, après la révocation du Président de la Tourism Authority, Alain Wong, survenu elle quelques jours plus tôt, alimente les conversations politiques.
« Le torchon brûle-t-il au sein du PMSD? », se demandent certains qui n’hésitent pas à extrapoler pour y voir une stratégie politique beaucoup plus fine enclenchée pour évincer des proches du PMSD de leur poste de responsabilité avant de se défaire complètement de ce parti qui serait, selon des sources bien informées, finalement sans grand apport pour le PTr? En tout cas, la révocation de Robert Desvaux fait beaucoup jaser, en attendant la décision qui sera prise par le Bureau politique du PMSD convoqué mardi et durant lequel le ministre Sik Yuen devra fournir des explications sur sa décision.
Si certains reprochent à Robert Desvaux d’être trop visible dans les médias, aussi bien mauriciens qu’étrangers, et surtout de faire de l’ombre à Michaël Sik Yuen, d’autres soutiennent que c’est sur la base de nombreuses plaintes reçues des employés et des opérateurs touristiques et des allégations de favoritisme dans l’allocation de certains contrats, que le ministère du Tourisme a pris cette décision.
« Ils ont décidé de me révoquer, je ne sais pourquoi»
Quoiqu’il en soit, après une année et demie passée à la présidence de la MTPA, sous le ministère de Michaël Sik Yuen, Robert Desvaux, qui occupait le même poste pendant cinq ans lorsque Xavier Duval était ministre du Tourisme, a été remercié pour la deuxième fois – une première éviction étant survenue à l’arrivée de Nando Bodha au Tourisme en 2010 – donc, tard vendredi après-midi. « J’ai reçu une lettre officielle du ministère du Tourisme, aux alentours de 17 h alors que j’étais à mon bureau à la Victoria House, à Port-Louis. C’est ainsi que j’ai appris qu’on me remerciait et que je n’étais plus le Chairman de la MTPA », explique Robert Desvaux. Il assure ne pas connaître les raisons derrière son licenciement. « Ils ont décidé de me révoquer. Je ne sais pourquoi. Je pars sans amertume et satisfait surtout d’avoir pu aider mon pays et d’avoir bien fait mon travail pendant les presque sept ans que j’ai été à la tête de la MTPA », dit-il. Concédant néanmoins que la nouvelle est un coup dur qu’il encaisse, l’ex-chairman de la MTPA fait ressortir que « j’avais une intensité d’activités et d’actions que nous avions enclenché pour l’avancement du secteur. Cela fait très mal de lâcher tout cela, mais c’est le moment pour moi de partir. J’ai eu de belles réalisations, et je pars sans amertume. »
Robert Desvaux dit ainsi ne voir aucune raison qui aurait pu pousser Michaël Sik Yuen à le licencier. « Il n’y a pas eu de prise de bec, ni de malentendu. Je ne sais pas pourquoi une telle décision », dit-il, faisant ressortir qu’il espère néanmoins une continuité dans les tâches démarrées sous sa présidence.
XLD perplexe
La révocation de son ami de la présidence de la MTPA interpelle le ministre des Finances. Sollicité par Week-End, Xavier Duval fait ressortir qu’il y a plusieurs questions à se poser concernant ces licenciements à la MTPA. Des interrogations relatives à la forme comme au fond, dit-il, soulignant qu’il ne voit pas les raisons qui auraient pu pousser au renvoi de son ami proche qui a abattu un énorme travail dans le secteur touristique.
Le leader des bleus explique que le ministre du Tourisme l’a approché vendredi pour lui parler de son intention de révoquer Robert Desvaux de son poste de chairman de la MTPA parce qu’il n’était pas « happy ». « Mais j’étais pris avec des réunions et je lui ai dit d’attendre pour qu’on en discute », dit Xavier Duval. Toutefois, Michael Sik Yuen a fait fi des recommandations de son leader, en remettant à Robert Desvaux sa lettre de licenciement, quelques minutes plus tard.
Le couperet pour Alain Wong, un autre bleu
Si la nomination du président de la MTPA, en l’occurrence celle de Robert Desvaux en septembre 2010 relève d’une décision du Conseil des ministres, la décision de le révoquer n’a pas, selon nos informations, été présentée ni avalisée au Conseil des ministres de vendredi dernier. D’où les nombreuses interrogations des observateurs politiques après que le couperet soit aussi tombé pour un autre proche du PMSD, en l’occurrence, Alain Wong, Chairman de la Tourism Authority, il y a quelques jours. On lui reproche comme à Robert Desvaux pour la MTPA de s’être trop ingéré dans le « day to day activities » de la Tourism Authority, et d’avoir toléré du « fishy business » avec pour conséquence que la TA ne fonctionnait pas.
Alors que certains avancent que la révocation de Robert Desvaux découle d’un problème relationnel entre le ministre Sik Yuen et l’ex-chairman de la MTPA et sa mise à pied n’est ni plus ni moins qu’un règlement de comptes de la part du ministre du Tourisme, d’autres soutiennent que la révocation d’un proche de Xavier Duval par un membre du PSMD vient confirmer la tension qui règne depuis quelques temps déjà au sein du parti, mais aussi entre les membres du PMSD et ceux du PTr. Il y aurait un profond malaise entre certains membres du PMSD et davantage avec ceux du PTr. Malaise qui s’est apparemment accentué après les élections municipales.
Certains membres influents parmi les bleus envisageraient même de faire le saut du côté des rouges. Mais le leader de bleus soutient lui que « il n’y a rien de tout cela. Nous avons un bureau politique et allons voir ce qui s’est passé exactement ».
Ainsi, pour faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé, les membres du PMSD vont se réunir, ce mardi. « Nous allons étudier les faits et comprendre le fond de cette affaire. Les personnes qui ont tort devront faire avec les mesures que nous déciderons », dit Xavier Duval. Contacté au téléphone, le ministre Sik Yuen est resté injoignable. Il serait en vacances avec ses proches dans un 5 étoiles dans la région Est avec le téléphone éteint, paraît-il.