Tout un parcours pour trouver réponse à cette question. Depuis que la vague To fam super est tombée, son auteur semble avoir été emporté par le ressac. Au point où même ses proches collaborateurs d’hier ne savaient où le trouver. Porté soudainement sur le devant de la scène par le succès inattendu de To fam super, après s’être signalé avec Anhaan, le chanteur avait créé le buzz et était sollicité de toutes parts. Autant acclamé que critiqué, Tony Jah s’est soudainement mu dans le silence et a disparu des radars. De Cité La Cure, Tony Jah a élu domicile à Bel Air, où nous l’avons finalement retrouvé.

Véritable parcours du combattant pour retrouver la piste de Tony Jah, qui a disparu du paysage musical depuis plusieurs mois. “Li etourdi e perdi tou so bann telefonn”, confie Anastasia Calou, sa copine. La voix du jeune homme de 20 ans n’a pas fait long feu dans le milieu musical, mais il a tout de même trouvé la voie de l’amour auprès de cette “fam super lakrem sokola”, qu’il n’a pas hésité une seconde à suivre dans l’est du pays, plus précisément à Bel Air. Les tourtereaux se préparent à convoler en justes noces dans quelques jours, le 14 décembre.

Dure réalité.

Assis dans ce salon orné de fleurs et magnifiquement bien entretenu par la grand-mère d’Anastasia, Tony Jah semble s’être bien acclimaté à sa nouvelle vie. Un an plus tôt, il affichait un look de star sur scène, dans des tenues de marque, en chaussures de sport et avec des chapeaux d’occasion. Mais une fois rentré chez lui à Cité La Cure, il devait faire face à la dure réalité. “C’était une maison de trois pièces où nous vivions à une dizaine de personnes.”

Issu d’une fratrie de onze enfants (sept sœurs et quatre frères), Tony Jah, de son vrai nom Tony Piron, a toujours vécu dans la précarité. “Ti pe marse partou avek kamarad, ena kou pa retourn lakaz. Ti pe travay zordi ek arete landime.” Depuis un an, Tony Jah n’enchaîne plus les petits boulots mais a trouvé un travail stable dans un studio à Trou d’Eau Douce. Il s’occupe principalement de la maintenance.

En 2018, c’est avec la chanson Anhaan (inspiré du sketch Coulev du groupe d’humoristes Freeman) que Tony Jah se fait connaître. Comme pour To Fam Super, le procédé est le même. “Une expression accrocheuse dans le jargon local, posée en freestyle sur un beat séga ambiancé et enregistrée de façon amateur via VirtualDJ.”

Succès et malaise.

Totalisant des milliers de vues sur les réseaux sociaux, ses chansons font le buzz. D’abord chez les jeunes internautes, avant de gagner du terrain auprès du grand public. “On me demandait de venir chanter dans toutes les soirées. Quand je montais sur scène, j’étais acclamé par les fans”, se rappelle-t-il, des étoiles plein les yeux. Ce beat sorti de nulle part le fait voyager. “Mo’nn sante dan Langleter, Lafrans, Lirland ek La Renion.”

To fam super a pourtant créé un malaise au sein de l’industrie musicale. On a critiqué cette chanson, l’accusant de contribuer à faire baisser le niveau de la musique locale. Avec quelques mots répétés en boucle, Tony Jah arrivait à rafler d’importants contrats et faire des scènes d’envergure, alors que des chanteurs à textes avec un répertoire structuré rencontraient plus de difficulté. De nature timide, Tony Piron a le regard fuyant lorsque nous l’interrogeons à ce sujet. “Se dan pe badine ki zafer la inn vinn serye”, assure-t-il. Pas une seconde, même dans ses rêves les plus fous, il n’aurait pu imaginer un tel succès.

Pourtant, il est conscient que le succès et la popularité sont éphémères. Ou du moins s’en rend-il compte maintenant. Pourquoi ? “Parce que je ne sors plus de chansons.” Anastasia, qui n’a pas quitté son cher et tendre des yeux depuis le début de l’entretien, lui fait remarquer qu’il doit travailler et lutter pour continuer d’exister dans l’univers musical. “Zordi to kapav la, dime to kapav disparet. Koumsa mem ki’nn ariv twa la”, lui dit-elle. Des amis artistes comme Bigg Frankii lui ont fait remarquer que c’est très bien de faire “dimounn kontan avec enn zoli sante lanbians, me aster to bizin fer enn sante kot dimounn ekoute e kot ena bien parol ladan”.

“Mo kontan pou ariv lwin”.

Âgée de 19 ans, Anastasia est la première fan de Tony Jah. Elle lui prête une oreille attentive, lui sert de guide et est un pilier dans sa vie. “Elle m’a redonné goût à la musique à un moment ou j’avais baissé les bras.” Sa bonne fortune a attiré autour de lui beaucoup de personnes intéressées. Il a été escroqué par des amis et des collaborateurs. Certains de ses proches ont cherché zot bout. “Pour toutes ces raisons, Tony m’a dit qu’il allait mettre la musique de côté pour gagner sa vie autrement.”

Quand ce dernier ne trouve pas forcément les mots et a les pensées confuses, Anastasia est toujours prête à le reprendre et à l’encourager. “Tony est un enfant qui ne sait ni lire ni écrire. Mais il a beaucoup d’idées, qu’il ne parvient pas toujours à exprimer.” C’est pourquoi Anastasia l’a aidé à composer une chanson. Elle fredonne le refrain. Très éloignée du style To fam super, cette ballade intitulée San twa repose sur un texte intéressant. “Aussitôt que le mariage sera terminé, nous commencerons l’enregistrement. Nous le lancerons dans un mois”, confie un Tony Jah très enjoué. Aujourd’hui, le jeune homme semble conscient que pour laisser une empreinte solide dans le milieu musical, il doit aller dans une autre direction, vers une musique plus profonde. “Mo pa konn lir ni ekrir, me mo kontan pou kontinie dan lamizik e ariv lwin.”