DR DIPLAL MAROAM

Après le verdict du Privy Council dans l’affaire MedPoint, l’incertitude qui planait sur l’échiquier politique s’est promptement dissipée ; ainsi, les deux candidats, qui se disputeront le poste suprême de Premier ministre, sont donc Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam. Une lutte qui s’annonce déjà sans merci et qui pourrait s’avérer la plus virulente et impitoyable que le pays a connue ces dernières décennies. Car, pour l’un comme pour l’autre, l’enjeu est considérable, voire même vital. Pour l’actuel Premier ministre, ce sera le scrutin qu’il ne pourra se permettre de louper ; d’ailleurs, le leader du PTr a déjà annoncé la couleur lors d’un colloque à l’occasion du 83e anniversaire de son parti le 24 février dernier. Tout en déclarant être « contre la politique de vengeance », il a néanmoins annoncé qu’il n’est « pas non plus Mahatma Gandhi ». Un message lourd de sens qui en dit long sur son état d’esprit et ses intentions.

Si pour la non-participation à la partielle de décembre 2017 à Quatre-Bornes et le renvoi des villageoises à 2020, le gouvernement avait pu trouver la parade nécessaire – bien que le motif évident était d’éviter l’humiliation d’une débâcle annoncée dans les deux cas –, le 22 décembre prochain, l’Assemblée nationale inévitablement « shall stand dissolved » selon l’article 57(2) de la Constitution, et Pravind Jugnauth n’aura d’autre alternative que d’appeler le pays aux urnes. Et il aura ainsi toute latitude de démontrer que le titre « Premier ministre l’imposte » que lui a collé l’opposition de manière péjorative, n’a pas été usurpé mais qu’il le mérite de plein droit. De part et d’autre, il va sans dire que lors de la campagne, l’artillerie lourde – argent, moyens logistiques, machinerie de l’État, etc – sera déployée à plein rendement. Les Rs 220 millions de Navin Ramgoolam saisies par la police tomberont bien vite dans l’oubli alors que la télévision nationale, qui démontre déjà ces jours-ci un échantillon de son « talent », sera, sans nul doute, soumise à une exploitation outrageusement outrancière. Des coups sous la ceinture pleuvraient, des dossiers compromettants seraient déterrés et des mauvaises langues prétendent même que des informations privées obtenues des portables d’un leader pourraient être balancées sur les estrades publiques. Alors que Pravind Jugnauth s’est libéré des contraintes judiciaires, Navin Ramgoolam, lui, traîne toujours deux casseroles très bruyantes – Roches-Noires et coffre-fort – qui pourraient ne pas connaître de dénouement avant les prochaines législatives.

Par ailleurs, vu que le Privy Council a confirmé que le Premier ministre n’a rien à se reprocher dans l’affaire MedPoint qualifiée, à propos, par le MMM de « scandale du siècle » et qui, faut-il le rappeler, avait débuté avant même l’arrivée du MSM au pouvoir en alliance avec le PTr en mai 2010, la réouverture de ce dossier dans le but de faire la lumière sur les responsabilités de tous ceux concernés n’est pas à écarter et serait même hautement souhaitable. En effet, des interrogations fondamentales et troublantes, qui n’ont pas été portées devant la justice et qui méritent essentiellement d’être éclaircies, sont :

1. L’appel d’offres a-t-il été taillé sur mesure ?

2. Qui a ordonné une seconde évaluation de la clinique à Rs 144,7 millions alors que la première avait déjà établi un prix de Rs 75 millions ?

3. Le ministre de la Santé d’alors avait-il rencontré, au début de 2010, le propriétaire et dans quelles circonstances ?

4. Le gouvernement avait-il acheté des appareils et autres matériels de la clinique alors qu’il n’est pas dans ses habitudes d’acquérir des équipements de seconde main ?

5. Qui a ordonné la signature pour le déboursement des fonds quelques jours seulement avant l’entrée en vigueur du Capital Gains Tax le 1er janvier 2011 ?

Finalement, à Grand-Bassin le 1er mars dernier, l’ex-Premier ministre dit reconnaître avoir commis des erreurs – un langage qu’il avait aussi tenu après sa déroute électorale de septembre 2000. Sous ce gouvernement, le copinage, népotisme, favoritisme et les abus d’autorité ont fleuri sans halte comme des bourgeons à l’arrivée du printemps. Mis à part la parenthèse de Bérenger, depuis l’indépendance à ce jour, rien que deux patronymes ont dominé la politique locale au plus haut échelon du gouvernement. La question que l’on se pose : le peuple « admirable » est-il condamné perpétuellement à choisir entre Jugnauth et Ramgoolam ?