Le climat s’étant quelque peu amélioré, il est l’heure maintenant pour les planteurs des légumes d’investir dans leurs plantations afin de démarrer, au plus vite, la production agricole, très affectée dans le pays depuis ces huit derniers mois. Or, selon Kritanand Beeharry, secrétaire de Veggie Farms AMCS, les planteurs « n’ont plus d’argent à investir car ils ont tout mis ces derniers mois dans leurs plantations, qui ont été détruites par les inondations et autres cyclones qui se sont abattus sur le pays ».

Kritanand Beeharry rappelle que les “flashs floods” n’ont pas manqué depuis le mois de décembre 2017, et ce après une période sèche de plusieurs mois. « Nous n’avons pas eu de répit avec les catastrophes naturelles depuis début janvier. Pourtant, nous avons continué à investir dans nos plantations de décembre à avril. La culture vivrière a été grandement affectée à cause des pluies violentes et des maladies qui ont proliféré. La situation est devenue incontrôlable dans les plantations », fait-il ressortir.

Selon lui, les planteurs vivent cette situation depuis les derniers cinq mois « sans revenu ». Il ajoute : « Beaucoup de personnes ne savent peut-être pas que les planteurs n’obtiennent aucun revenu s’ils ne produisent pas. Pour redémarrer, ils doivent investir à nouveau et attendre au minimum trois mois pour avoir une nouvelle récolte. Ce qui signifie qu’ils n’obtiennent pas de revenus pendant huit mois. Or, ils ont investi dans la main-d’œuvre et les intrants, tels les fertilisants et autres produits chimiques. Certains d’entre eux se sont endettés (…) Nous vivons une situation très difficile, que ce soit les planteurs de légumes ou de canne à sucre. »

Kritanand Beeharry est d’avis que « seul le gouvernement peut aider les planteurs » à sortir de cette situation difficile afin qu’ils puissent redémarrer leur production, laquelle aura par la suite une incidence positive sur les prix des légumes au marché. « Il faut savoir que les prix des légumes n’ont pas baissé au marché depuis ces huit derniers mois. Ce sont les consommateurs qui font les frais de la situation difficile dans les plantations. »
Le secrétaire de la Veggie Farms se dit « reconnaissant » envers le gouvernement, qui a offert dernièrement une compensation de Rs 3 500 par arpent, plus 75 kilos de fertilisants par arpent ainsi que des semences aux planteurs pour les compenser dans le sillage des inondations. « Mais la situation s’est aggravée maintenant avec la prolifération de maladies, qui affectent les légumes, à cause des grosses pluies. Le sol s’est également appauvri avec l’érosion. C’est un coup de massue sur la tête des planteurs », affirme-t-il, avant de qualifier le redémarrage de « très difficile ». De ce fait, la sécurité alimentaire de la population, en ce qui concerne les légumes, est « menacée », dit-il, ce qui aura « un effet négatif sur leurs prix » au marché, mais aussi sur l’inflation.

À cet effet, Kritanand Beeharry suggère au gouvernement d’exempter, pendant les deux prochaines années, la location des terres qu’ils louent à l’État et un soutien technique sur le contrôle des maladies. En termes de mécanisation, il réclame aussi une subvention, sur une période de trois ans, visant à aider les planteurs à améliorer la qualité des sols. Il demande également au gouvernement de “write-off” les prêts que certains planteurs ont obtenu du gouvernement « car ils n’ont pas d’argent pour investir dans l’agriculture ». Quant à ceux qui n’avaient pas encore obtenu de prêts, « il faut leur en donner maintenant pour qu’ils puissent investir ».

Kritanand Beeharry souhaite enfin que le gouvernement revienne de l’avant avec son programme de fertilisants et de semences, demandant dans le même souffle aux autorités de reconsidérer le “grant” de Rs 3 500 par arpent aux planteurs de légumes et de canne à sucre. « Nous sommes en train de nous regrouper pour faire entendre notre voix au ministre de l’Agro-industrie, Mahen Seeruttun », déclare-t-il.