Les fortes averses qui se sont abattues sur l’île, principalement dans le centre et le sud, ont provoqué la panique dans certaines régions, particulièrement à la sortie des classes. Les pompiers de Curepipe ont dû demander du renfort pour répondre aux nombreux appels de détresse. Par ailleurs, de nombreux parents sont en colère, se demandant s’il n’était pas mieux de fermer les écoles hier, surtout qu’il y avait un avis de fortes pluies en vigueur.
Pendant la nuit de jeudi à vendredi, 164,8 mm et 104,8 mm de pluies ont été enregistrées respectivement à Grand-Bassin et à Rose-Belle. Cette pluviométrie démontre que le Sud du pays a été le plus affecté par les averses qui se sont abattues sur l’île. Si on a connu une petite accalmie dans la matinée, la situation a dégénéré en début d’après-midi. En conséquence, certaines institutions scolaires, comme la Rose-Belle High School, ont été contraintes de fermer leurs portes du fait de la subite montée des eaux.
À Nouvelle-France, c’était également la panique à la Mahatma Gandhi SSS, où on a fait appel à la Special Mobile Force (SMF) pour aider les enfants à quitter l’enceinte du collège vers 14h. À 16h, les pompiers de Curepipe étaient encore sur place en train de pomper l’eau qui s’est accumulée à l’entrée de l’établissement.
Les pompiers de Curepipe, qui desservent également la région du Sud, ont eu fort à faire aujourd’hui. Ils ont d’ailleurs dû recevoir l’aide de leurs collègues de Coromandel et de Port-Louis. À 15h, une quinzaine d’appels d’urgence avaient été enregistrés. Dans la plupart des cas, il s’agissait de cours et maisons inondées, notamment à Rose-Belle, Union Park, La Marie, Camp-Fouquereau et Nouvelle-France. À La Brasserie, la police a été contrainte de procéder à des déviations en raison d’accumulations d’eau sur la route.
À la sortie des classes, à Curepipe, c’était la panique générale. Des enfants courant sous la pluie pour se rendre à la gare, tandis que toutes les artères menant au centre-ville étaient bouchées. Ce qui a provoqué la colère des parents, qui estimaient que le ministère de l’Éducation aurait dû fermer les écoles aujourd’hui, car la météo avait déjà émis un avis de fortes pluies. « Déjà, pendant la nuit, il y a eu plus de 100 mm dans certaines régions. On aurait dû savoir que la situation allait se compliquer davantage. » Du côté du ministère de l’Éducation, toutefois, on a une autre explication à la situation (voir plus loin).
Un peu plus bas, à Rivière du Poste – réputée pour être la rivière la plus dangereuse de Maurice en raison des drames enregistrés dans le passé – un spectacle effrayant s’offrait aux passants. Ils étaient d’ailleurs nombreux à se masser sur le pont pour regarder la rivière déchaînée. Les habitants du village nous confient que cela fait longtemps qu’on n’a pas assisté à une telle scène. Un mandir, situé au beau milieu de la rivière, a été sécurisé par de gros rochers. Avec la violence de l’eau qui descendait la rivière pour se jeter dans la cascade plus devant, on pensait d’ailleurs que le bâtiment allait s’arracher à tout moment.  
Mais la rivière en crue est loin d’être un spectacle pour tous. Tara Francis, dont la maison se situe près d’un canal à Pattur Lane, Rivière-du-Poste, a dû se réveiller pendant la nuit pour décongestionner le canal afin de faire évacuer l’eau de sa maison. Cette veuve qui vit avec quatre petits-enfants en bas âge vit cette situation à chaque grosses pluies depuis 17 ans. « J’ai frappé à toutes les portes possibles : le District Council, les anciens députés… Mais jusqu’à maintenant, aucune solution n’a pu être trouvée. »
Tara Francis nous montre son réfrigérateur mis hors-service après l’inondation de sa maison l’année dernière. Dans sa cour, l’eau déviée du canal bouché a fait un grand bassin que ses enfants et elle-même doivent traverser pour entrer dans la maison. « Aujourd’hui, mes petits enfants n’ont pu se rendre à l’école. Il en est ainsi à chaque fois qu’il y a de grosses pluies. » À l’intérieur, on peut voir encore des traces d’eau sur les meubles et l’électroménager. Des récipients ont aussi été placés à divers endroits pour contenir l’eau qui suinte.
Tara, qui ne connaît pas encore ses nouveaux députés, souhaite que son appel de détresse soit entendu et qu’une solution soit trouvée avant qu’un drame ne se produise. « Pendant la journée, je peux surveiller l’eau qui monte, mais pendant la nuit, nous sommes parfois surpris par la subite montée des eaux. »
A l’heure où nous mettions sous presse, la nuit s’annonçait encore longue pour Tara et les autres personnes dont les maisons ont été inondées. Même après le retour du soleil, elles ne sont pas au bout de leurs peines puisqu’il faudra une ou deux semaines avant que l’eau de sèche. « Entre-temps, il faut supporter l’odeur nauséabonde et mes petits-enfants courent le risque d’attraper des maladies. »