Manou Bheenick, limogé de ses fonctions de gouverneur de la Banque centrale qu’il occupe depuis 2007 alors que son contrat court jusqu’à mai 2016, se dit choqué par la brutalité de son limogeage et a qualifié la décision gouvernementale de « manque d’élégance et de bond en arrière sur la décence ». Il a reçu vendredi une lettre lui demandant de quitter ses fonctions sur-le-champ, stipulant qu’il recevrait ses allocations en fonction de la loi. « Or, on ignore que je n’ai pas touché de salaires depuis mon arrivée à la Banque centrale en 2007 ».
Selon Manou Bheenick, à cette époque, le gouverneur n’avait pas bénéficié de révision salariale. Il avait, en guise de protestation, touché seulement une somme symbolique. S’exprimant sur la teneur de sa lettre de remerciement, il avance « n’avoir eu droit qu’à une phase laconique », estimant que « ce genre pratique n’avait plus cours dans la ligue où nous évoluons ». Déclarant avoir dernièrement assisté à une réception organisée par la South African Reserve Bank lors du départ de son gouverneur général sortant, Gill Markus, et pour accueillir son successeur, il avance que « c’est ainsi qu’on agit dans des pays dits civilisés ».
Il a tenu à faire ressortir qu’alors qu’il était ministre des Finances dans le premier gouvernement de Navin Ramgoolam, il avait permis une passation des pouvoirs entre Indur Ramphul et Dan Maraye s’échelonnant sur deux mois. « J’avais alors créé la fonction de « Governor designated ». Un cocktail d’adieu avait été organisé pour le départ d’Indur Ramphul et pour souhaiter la bienvenue à Dan Maraye. Je constate aujourd’hui que nous avons fait un grand pas en arrière. Je le regrette amèrement ». Et de rappeler qu’en 2005, après le retour de Navin Ramgoolam au pouvoir, le gouvernement d’alors avait permis à Dan Maraye de rester jusqu’à la fin de son mandat, en 2007, « démarche qui avait été très appréciée ».
Manou Bheenick souligne que la fonction de gouverneur de la Banque centrale ne tombe pas sous l’article 113 de la Constitution et déclare que son homme de loi s’est penché sur cette spécificité. Il ne compte cependant pas servir de « writ » au gouvernement concernant sa mise à pied. « Je l’accepte avec humilité ». Après une période de décompression durant la période des fêtes et une pause de trois mois, il est convaincu qu’il recevra « une offre d’emploi honnête » dans le privé. « La politique, c’est fini maintenant », ajoute-t-il.
Manou Bheenick a un demi-siècle de carrière à son actif. « Après le collège, j’ai pris de l’emploi en tant qu’enseignant à l’Eastern College. J’ai ensuite fait mes études universitaires à Oxford et, à mon retour, j’ai été Lecturer à l’Université de Maurice naissante, qui se trouvait alors à Campagne Larcher, à Rose-Hill. J’enseignais à la School of Administration et avais pour étudiant Bhinod Bacha et Régis Yat Sin, qui ont plus tard occupé les fonctions de chef de Cabinet. En février 1969, je me suis joint à l’Economic Planning Unit, avant d’être affecté aux Nations Unies en 1970. À mon retour, en 1974, j’ai intégré le ministère du Plan et de Développement économique, où j’ai travaillé sous des ministres comme Sir Kher Jagatsingh, Sir Robin Ghurburrun, Dwarkanath Gungah, Jean-Claude de l’Estrac, Kailash Ruhee et Prem Nababsing ».
Au niveau de la politique active, c’est sous la bannière de la première alliance PTr/MMM qu’il a fait son entrée au Parlement. « J’ai démissionné en 1995 pour faire de la politique. J’ai été élu avec 80 % des suffrages à Montagne-Blanche/Grande-Rivière-Sud-Est (N° 10) et j’ai été ministre des Finances avant de prendre les fonctions de ministre du Plan. Je n’ai pas été élu en 2000. J’ai été nommé aux fonctions de gouverneur de la BoM en 2007, après avoir agi comme consultant auprès d’organisations internationales ».