Seize ans après Zafair Kaya, Michel Vuillermet fait tourner une nouvelle fois la caméra à l’île Maurice. Cette fois-ci, il s’est intéressé à Amédée Maingard, pionnier de l’industrie du tourisme et fondateur d’Air Mauritius. Le réalisateur français revient également sur son passé d’agent secret pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce documentaire est le fruit d’une longue amitié entre Michel Vuillermet et l’île Maurice.
C’est avec un regard d’historien que Michel Vuillermet dit avoir réalisé ce documentaire qui sortira vers la fin de cette année. Amédée Maingard, une histoire mauricienne, est coproduit avec Thierry Château. Ses différents voyages à Maurice depuis Zafair Kaya, sorti en 2000, ont permis au réalisateur de mieux connaître la société mauricienne sous différents aspects. « Kaya et Amédée Maingard sont tous deux des personnalités qui transcendent les catégories. À travers elle, c’est une réflexion profonde sur ce qu’est l’île Maurice. Pour moi, le Mauricien est un oiseau rare, mais pas en voie de disparition », dit Michel Vuillermet.
C’est en gardant cet aspect en tête que le réalisateur a travaillé sur ce documentaire. « J’ai été au-dessus des clivages. Pour moi, Amédée Maingard n’était pas un Franco-Mauricien, mais un Mauricien. Je me suis intéressé à son rôle d’agent secret pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi la reprise de Rogers fondé par son père, de même que ses relations avec la politique, notamment l’ancien Premier ministre Sir Seewoosagur Ramgoolam. Il a été un pionnier de l’industrie du tourisme, notamment derrière le groupe Beachcomber et fondateur d’Air Mauritius. Le documentaire est donc un regard sur l’histoire, à travers l’économie, la géopolitique et la culture. »
Pour cela, Michel Vuillermet a réalisé des témoignages de ses collaborateurs dans les années 1960-70, a interviewé des historiens et des personnalités politiques, entre autres. Citons parmi eux, Alice d’Unienville, Jocelyn Chan Low et Raouf Bundhun. « J’ai 20 heures d’interview que je ne pourrai malheureusement utiliser entièrement pour ce documentaire. Je souhaite, avec les partenaires, créer un site web où tous ces témoignages seraient accessibles, car c’est important pour l’histoire. Il est dommage que l’histoire – à part quelques éléments de la période coloniale – ne soit pas enseignée aux enfants. Il faut donner l’occasion aux jeunes de sortir de leur smartphone pour découvrir autre chose. »
D’une durée de 75 min, le documentaire a été réalisé à 90 % à Maurice. Des projections gratuites, en présence du réalisateur, sont prévues. « Nous voulons aller dans différents lieux et toucher un public large. »
Michel Vuillermet profite également de son séjour à Maurice pour organiser des séances de projection et de discussions autour de deux de ses documentaires, à savoir Zafair Kaya et Afrique Rouge (voir encadré). Revenant sur Zafair Kaya, qui compte dorénavant trois versions – anglais, français et kreol – il souligne que 17 ans après, ce documentaire a toujours un intérêt auprès de la population, surtout les jeunes, qui n’ont pas connu le chanteur. « Je dois préciser que ce documentaire se distingue d’un reportage à chaud, comme il y en a eu, peu de temps après sa mort. J’ai commencé à filmer Kaya en 1991 à Paris et lors de mes escales fréquentes à Maurice. Sa mort tragique a un peu bousculé les choses. Zafair Kaya n’est pas une investigation judiciaire et policière. C’est un film d’histoire classique, dont la mort est plus que suspecte. Dix-huit ans après son départ, je constate qu’il a toujours une noble place dans la mémoire collective. »