La Samuel Cooperative de Grande-Rivière-Sud-Est a procédé hier à sa deuxième récolte de cordonniers élevés en cages. Ratihla et Kevin Junglee, qui gèrent ce projet, s’attendent à rassembler plusieurs tonnes de poissons dans les six cages installées en mer dans la région de Pointe-aux-Feuilles. Le ministre de la Pêche, Prem Koonjoo, qui assistait à cette opération, a invité les pêcheurs à se lancer dans l’aquaculture, qu’il décrit comme étant « l’avenir ».
Après neuf mois d’attente, la Samuel Cooperative de Grande-Rivière-Sud-Est a procédé à sa deuxième récolte de cordonniers hier. Les alevins mis à leur disposition par le ministère de la Pêche, à travers le centre de recherche d’Albion, sont en effet arrivés à maturité. Ratihla Junglee est venue prêter main-forte à son époux Kevin, pêcheur de la localité. Leur aventure commence il y a deux ans alors que le couple participait à un projet pilote avec une unique cage. Les résultats étant satisfaisants, cinq cages supplémentaires ont été installées et la production s’est accrue. « Avec ces six cages, nous pourrons atteindre plusieurs tonnes de cordonniers à la fin de la récolte », concède Ratihla Junglee.
Pourtant, avoue-t-elle, « mo pa enn zanfan borlamer ». Originaire de Goodlands, elle a suivi son époux dans ce village de pêcheurs et a appris les rudiments du métier. « La plupart du temps, nous travaillons ensemble. » Pour nourrir les poissons, le couple va chercher des algues à Le Bouchon dans le sud de l’île chaque semaine. Des feuilles de chou et de laitue sont également au menu. « Nous ne donnons des concentrés qu’une fois par semaine. »
Ratilah Junglee veut ainsi faire taire les critiques à l’effet que le poisson d’aquaculture est un poisson « artificiel ». Elle insiste sur le fait que les cages sont placées en mer, dans les endroits les plus propices à cette activité, et qu’elle leur donne des algues à manger. « C’est comme dans leur environnement naturel. »
La jeune femme ajoute qu’une telle activité est plus pratique pour sa famille, car, relève-t-elle, les poissons sont désormais rares dans le lagon. L’aquaculture permet d’assurer les prises plus importantes.
La Samuel Cooperative s’est aussi engagée dans un projet pilote pour l’espèce de poisson nommée « gueule pavé ». Toutefois, Ratihla Junglee avoue sa préférence pour les cordonniers. « Ils grandissent plus vite. En neuf mois, je peux avoir des poissons de 500 g. » Ces cordonniers sont vendus avec des banians et les gens du village. Ils sont d’ailleurs nombreux à attendre au débarcadère en ce jour de récolte. Le prix de vente du jour est de Rs 130/kg.
Jusqu’ici, la coopérative n’a pas rencontré de grosses difficultés dans ce projet. L’absence de cyclone a permis de garder les cages intactes. Pour ce qui est des risques liés au vol, Ratihla Junglee dit bénéficier de la coopération des gardiens de la Ferme Marine de Mahébourg, dont les cages se trouvent à proximité.
Après ce succès, Ratihla Junglee veut commercialiser ses poissons en grandes surfaces. Elle souhaite fonder une petite entreprise et engager des femmes pour nettoyer les poissons, les mariner et les mettre en sachet. « J’espère que ce projet aboutira. »