Bernard Charoux, architecte d’intérieur, est un passionné de peinture. « L’art est un parcours et non une destination », lance-t-il d’emblée. L’artiste présente une trentaine d’aquarelles et des variantes parmi celles réalisées in situ au sein du groupe Les Peintres du Samedi durant les cinq dernières années. Le vernissage est prévu pour jeudi à la galerie Color Attitude à Moka. L’exposition restera ouverte jusqu’au 7 décembre.
« Ces lieux chargés d’histoire » est le thème choisi par Bernard Charoux pour son deuxième solo. L’exposition montre « ces derniers vestiges » de la capitale. Des maisons anciennes qui disparaissent à vue d’oeil ; des coins de rues appelés à changer du jour au lendemain… « À chaque fois qu’on va à Port-Louis, il y a quelque chose de changé », nous dit-il. Le visiteur pourra ainsi voir la petite maison de Baby Hortense, 82 ans, à la rue Tang Kwen à Port-Louis, par exemple, ou encore les hauts de La butte… Les vues du port avec les bateaux de pêche sont des images qui n’échappent point aux artistes surtout ceux qui peignent sur place. Bernard Charoux fait partie de ceux-là.
Le samedi après-midi est un moment privilégié que ses amis et lui du groupe des Peintres du samedi attendent avec impatience. « Je préfère être sur place », affirme-t-il. L’objectif : capter l’atmosphère des lieux, être le plus proche possible des couleurs du moment. L’artiste joue avec. La fluidité de l’aquarelle aidant sans nul doute à trouver toutes les nuances de cette fin d’après-midi lorsqu’il peint les hauts de La butte. Ainsi, le petit ton rose des derniers rayons de lumière donne un léger air factice à son image, lui conférant un aspect poétique.
Pour le peintre qui avait présenté à la fois des huiles et des aquarelles lors de sa première exposition solo, la gouache semble être devenue le médium par excellence de son expression. Une technique qu’il affectionne particulièrement : sa spontanéité lui donne la possibilité de travailler vite. En trois ou quatre heures, affirme-t-il, un tableau est prêt. « Il faut travailler vite, du plus clair au plus foncé », soutient-il en précisant néanmoins que la technique peut varier par rapport au sujet.
Ainsi, il ne s’agit pas pour l’artiste de demeurer dans le style classique, soit l’aquarelle pure. L’utilisation de l’encre de Chine pour cerner ces sujets ne passe pas inaperçue. Ou encore quelques spécimens exécutés sur du papier craft brun, qui oblige l’artiste à créer des rehauts blancs à partir de la gouache. Sa maîtrise de ces variantes est frappante : les images gardent une certaine fraîcheur et la légèreté de l’aquarelle. Les auréoles apparaissent clairement et le blanc donne de l’épaisseur et de la profondeur à l’image sans toutefois l’alourdir.
Atteindre une certaine maturité
Notre interlocuteur s’inspire de grands peintres comme Alvaro Castagnette, William Turner, John Constable et Milind Mullick. « J’observe beaucoup ce que font ces peintres ». Né dans une famille d’artistes peintres, comptant son père Roger et son oncle Jacques, dès un jeune âge, Bernard Charoux se familiarise avec l’art. « Je ne me rappelle pas que mon père m’ait appris à peindre ! Mais, j’ai grandi dans cet univers ». Il a cependant pris des cours de Serge Constantin au Plaza. « Je devais avoir 8 ou 10 ans ». Au collège, il poursuit avec la filière art et se joint au groupe du samedi. Après sa scolarité, il se rend en Afrique du Sud pour des études d’architecture d’intérieur. Il met une pause à sa passion et se consacre à sa formation. En 2000, il rejoint de nouveau le groupe Les Peintres du samedi de manière régulière. « On échange des idées, c’est mieux que de peindre seul ». En 2004, il propose sa première exposition en solo. « J’ai attendu 20 ans pour exposer. Je voulais atteindre une certaine maturité ; être sûr de ma peinture ».
Pour Bernard Charoux, la composition est très importante. Ainsi, il estime que la maîtrise du dessin est primordiale même pour ceux qui font de l’abstrait. « Il faut connaître la base d’abord ». Notre interlocuteur n’a cependant pas l’intention de faire de l’abstrait, du moins pas pour l’instant. Il demeure un paysagiste à la recherche de coins en voie de disparition.
Est-ce plus facile pour un architecte d’intérieur qui maîtrise déjà le dessin de faire de l’art pictural ? Bernard Charoux répond : « L’architecture demande beaucoup de détails. Or la peinture aide à adoucir ces lignes. C’est la déconstruction ! On entre dans un autre système. »
L’exposition est ouverte au public du 30 novembre au 7 décembre, de 10 h 30 à 17 h en jour de semaine, et de 10 h 30 à 12 h 30 samedi. La galerie est fermée dimanche.