Le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN) qu’a fondé l’ancien militaire français Max Guérout et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) démarrent une quatrième mission de fouilles archéologiques à partir du 20 août prochain sur l’île de Tromelin. D’une durée de quarante-cinq jours, cette nouvelle campagne se déroule sous l’autorité des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF). L’archéologue malgache Bako Rasoarifetra de l’Institut des civilisations d’Antanarivo et Rezah Badal de l’Institut d’Océanographie de Maurice devraient également être du voyage.
Les résultats des trois premières missions archéologiques effectuées sur l’île de Tromelin ont été médiatisées à travers le documentaire Les esclaves oubliés de Tromelin et le livre de Max Guérout Tromelin l’île aux esclaves oubliés. Auparavant, un roman s’était concentré sur la vie de l’équipage de L’Utile, qui avait rejoint Madagascar sur une embarcation de fortune, contrairement aux 80 esclaves qui sont restés sur cet îlot de sable battu par les vents ou écrasé de soleil pendant quinze longues années !
La plupart n’ont pu surmonter cette épreuve, mais lorsque l’enseigne de vaisseau Tromelin à bord de la corvette La Dauphine abordera cette île en 1776, il retrouvera un petit groupe d’héroïques survivantes : sept femmes et un bébé de huit mois, qui seront rapatriées sur Maurice et y obtiendront le statut de « Noires libres ».
La première campagne de fouille avait permis, en 2006, d’étudier l’épave de L’Utile, qui a fait naufrage aux abords de l’îlot le 31 juillet 1761 avec à son bord des esclaves malgaches achetés frauduleusement. 1 km2 d’espace vital entouré d’une mer hostile et couvert d’une végétation discrète impose des conditions de survie extrêmement spartiates, mettant à l’épreuve l’imagination et les facultés d’adaptation des humains. Lors des deux campagnes de fouilles qui ont suivi en 2008 et 2010, les archéologues et historiens se sont particulièrement penchés sur ces aspects fondamentaux en étudiant les traces et ruines laissés par l’habitat construit à l’époque, la gestion de l’espace et tous les indices qui permettraient de comprendre comment ce petit groupe d’hommes et de femmes se sont organisés et adaptés à ce milieu hostile et pauvre en ressources.
La campagne qui s’annonce poursuivra l’approfondissement des connaissances sur les conditions de survie, à travers la fouille des habitats, la recherche de sépultures et l’étude des restes alimentaires, afin de déterminer avec précision les ressources dont ils disposaient. Cette expédition s’effectue avec la participation de l’Université de Bordeaux ainsi que le Museum d’Histoire Naturelle de Paris. Cette mission a reçu le parrainage de l’Unesco et du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage ainsi que le soutien financier de la direction des affaires culturelles et le conseil régional de la Réunion, de la Commission de l’océan Indien et des autorités mauriciennes.