Yann von Arnim, dont on connaît la passion pour l’archéologie sous-marine, a donné récemment une conférence fort intéressante au Domaine de Wolmar à l’intention des membres de la Société de l’Histoire de l’Ile Maurice (SHIM). Sujet: “Le quadri-centenaire de la mort de Pieter Both et les vestiges du naufrage de sa flotte à Maurice”. Le naufrage de la flotte de Pieter Both et sa mort tragique dans ce naufrage ont eu lieu en mars 1615, soit un peu plus de 400 ans de cela. La flotte, sous le commandement de l’amiral Pieter Both, comprend les vaisseaux suivants : le Banda, le Geunieerde Provincien (Provinces Unies), le Gelderland et le Delft. Le récit que publie plus bas Week-End vient du conférencier Yann von Arnim. Le conférencier s’est félicité de “l’important travail archéologique et historique fait entre 1979 et 1981 par Jacques Dumas, Francois Xavier Deler et Patrick Lizé” sur le Banda, un des vaisseaux faisant partie de la flotte de Pieter Both en route vers l’Europe en 1615, et s’est “largement inspiré du livre de Dumas publié en 1981, ‘Fortune de Mer à l’île Maurice’ et du mémoire de maîtrise de Deler réalisé en 1981, ‘Le dernier voyage du Banda en 1615’”.  Et de raconter comment il est devenu partie prenante de cette expédition archéologique sous-marine inédite par l’intermédiaire d’un des protagonistes mauriciens, en l’occurrence Pierro de Sornay : “Je tiens aussi à rendre hommage à Pierro de Sornay qui en tant que président du Mauritius Underwater Group, a contribué à la découverte de l’épave du Banda en 1979 et qui m’a présenté à Jacques Dumas. J’ai pu ainsi travailler sur cette épave, ce qui m’a laissé un souvenir indélébile et a contribué à renforcer ma passion pour l’archéologie sous-marine.”
Étant donné l’envergure de cet homme hors du commun qui a été le 1er gouverneur général hollandais des Indes, il importe de le faire mieux connaître et «de commémorer le quadri-centenaire de sa mort et du naufrage de sa flotte à Maurice», d’autant plus que «les restes des trois navires naufragés (le Banda, le Provinces Unies et le Gelderland) de la flotte du Gouverneur général Pieter Both, peuvent aujourd’hui être considérés comme étant les plus anciens vestiges matériels laissés par l’homme à Maurice.»
Pieter Both est né vers 1568 (l’année de sa naissance est incertaine, car les registres d’état civil de cette époque n’ont pas survécu) dans une vieille famille patricienne de la ville d’Amersfoort de la province d’Hollande. A propos de ses parents, tout ce qu’on sait est que son père s’appelait Hendrik Both et sa mère Elisabeth van der Schuer. Pieter Both lui-même s’est marié à Sophia van Duverden van Voordt et le couple eut quatre enfants dont seul deux ont survécu. Il n’existe pas non plus d’informations sur sa jeunesse, son éducation ou ses premières activités professionnelles. Ni d’ailleurs sur sa formation d’administrateur, de commerçant ou de marin.
Tout ce qu’on peut dire est que Pieter Both a dû suivre la même voie que nombre de ses collègues en ce début du XVIIème siècle. En effet, les responsables des grandes maisons de commerce hollandais ou ceux de la fameuse Compagnie néerlandaise des Indes orientales ou VOC, à l’image de Jan Pieterszoon Coen, l’un des proches successeurs de Pieter Both (il fut le 4ème Gouverneur général des Indes) sont allés en Italie, dont les cités étaient à la pointe des techniques commerciales et financières, pour y parfaire leur éducation. Ses contemporains le considéraient comme un homme : «Trapu, l’air énergique, des reflets roux dans la barbe et les cheveux, l’air d’un paysan madré, mais aussi un coeur plein de courage et de fierté»
Les premiers succès professionnels
En 1597, le jeune Pieter Both fut nommé membre du conseil municipal d’Amersfoort mais ne voulant pas d’une vie sédentaire il préféra comme beaucoup d’autres marchands de son époque se plonger dans l’aventure indienne. Sa persévérance paiera, puisqu’en 1599 après le premier voyage de l’explorateur Cornelis de Houtman aux Indes de 1595 à 1597, il fut nommé amiral et prit le commandement d’une flotte de quatre navires armés par le Compagnie du Brabant. Cette compagnie fut l’une des premières compagnies européennes fondées au XVIème siècle pour l’activité commerciale au long cours.
A la tête de sa flotte, Both prit la mer le 21 décembre 1599 accompagné par le vice-amiral Paulus van Caerden. Ce voyage va le mener à Banten ou Bantam dans l’île de Java et à Sumatra. Ce n’est qu’en septembre 1601 qu’il retourne en Hollande avec un total de sept navires chargés de poivre. Il semblerait qu’après, il soit rentré à Amersfoort pour y reprendre son poste au conseil municipal. Néanmoins, Pieter Both fit d’autres voyages au cours desquels il acquit une solide expérience de la navigation aux Indes orientales.
Le commerce avec l’Insulinde au début du XVIIème siècle
A partir de 1602, le commerce avec l’Insulinde allait se développer, surtout avec la création par les États Généraux de la République des sept Provinces-Unies ou Provinces Unies de la compagnie néerlandaise des Indes orientales ou Vereenig de Oost-Indische Compagnie (VOC). La VOC n’ayant pas de représentant permanent outre-mer, elle nommait, pour chaque flotte, un commandant en chef qui en même temps faisait office de gouverneur itinérant ayant les pleins pouvoirs sur ses bateaux et ses hommes. Il en résultait une situation conflictuelle lorsque plusieurs flottes opéraient en même temps en Insulinde et aussi une grande confusion dans les rapports avec les princes locaux. En effet, en 1609, la VOC avait en Insulinde une quarantaine de navires et plus de cinq mille marins.
Pour garder le contrôle et éviter les conflits, il était donc impératif de nommer un Gouverneur général aux Indes. Le choix de ce premier gouverneur devait être fait avec beaucoup de circonspection puisqu’il s’agirait pour lui de jeter les bases de l’empire colonial et cela dans le contexte de la “Trêve de 12 ans” ou le “Traité d’Anvers” qui venait d’être signé avec l’Espagne en avril 1609. Cette trêve gelait les positions des Hollandais, des Espagnols et des Portugais aux Indes et devait s’appliquer un an après sa signature. Mais comme ces nations n’occupaient pas encore fermement le terrain, chacun espérait améliorer ses positions sur place avant l’application du traité.