Un cadre beau, propre, sain, confortable, agréable et doté de structures récréatives et pratiques est-il l’exclusivité des résidences de luxe ou des projets IRS ? Le designer Clyde Bastienne et l’architecte Gianni Pillay sont convaincus que le même concept peut être répliqué ailleurs, jusque dans les zones résidentielles les plus populaires. Afin de contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des citoyens et proposer un mieux-être qui profitera à l’ensemble de la société dans le respect de l’environnement. Les atouts naturels du pays, les ressources dont nous disposons, le savoir-faire artistique et technique et tous les autres éléments nécessaires sont à portée de main. Ce n’est même pas une affaire de moyens financiers. Tout dépend bel et bien de la vision et, surtout, “de la volonté” des autorités concernées à bien vouloir s’investir pour revoir l’esthétisme et l’environnement des quartiers résidentiels et des espaces publics en général.
“On dit qu’il ne faut pas discuter des goûts et des couleurs. Mais quand il s’agit d’un quartier et d’un pays, ces questions doivent être abordées avec des professionnels”, affirme Clyde Bastienne. Tout comme Gianni Pillay, il estime que des professionnels de l’architecture, de l’aménagement de l’espace et du design en général peuvent contribuer à améliorer la qualité de vie des Mauriciens si leurs opinions sont prises en compte. “Il y a une différence entre matérialisme et confort. Que l’on soit dans une maison 5-étoiles ou dans une case en tôle, on a droit au confort visuel”, dit Clyde Bastienne. Y parvenir ne relève pas de l’utopie.
Planifier.
Cette consultation doit se faire pour les projets d’aménagement et de logement à venir. “On se contente de mettre des gens dans des maisons, sans planifier leur confort, l’espace, et sans considérer l’environnement.” Du tort a déjà été causé, mais les dégâts peuvent encore d’être réparés. Dans l’état actuel des choses, il n’y a rien à inventer. “Nous pouvons travailler avec ce que nous disposons déjà”, dit Clyde Bastienne. Il suffit d’y réfléchir et de le vouloir.
Des trottoirs, un système d’éclairage, des clôtures, une bonne planification de la circulation, des espaces sportifs, de détente, de loisirs, de rencontres conviviales, des zones aménagées selon les besoins des populations concernées. “Cela peut se faire dans un cadre esthétique et harmonieux.” Le tout est appelé à rester beau, “pour que la personne se sente heureuse et bien dans son environnement immédiat”.
Lacune.
Gianni Pillay et Clyde Bastienne rappellent que le manque d’espace de loisirs adapté dans les quartiers résidentiels constitue une vraie lacune à rattraper. “Il faut offrir la possibilité aux gens de se réunir, que ce soit pour faire du sport, pour des activités culturelles, pour discuter ou prendre un verre. Chaque chose doit se faire dans un espace précis et l’accompagnement nécessaire doit être prévu pour permettre le bon fonctionnement de ces activités.”
Entre-temps, faute de possibilités de loisirs, certains se renferment, d’autres dévient ou encore sautent sur la première occasion pour des sorties. “Nous avons vu ce phénomène avec la récente ouverture de Bagatelle.” Par ailleurs, il est aussi attendu à ce que les services essentiels – banques, postes et autres – soient rendus disponibles dans les différents quartiers. Ce qui faciliterait la vie des habitants et décongestionnerait les centres-villes.
Sanzman.
De manière générale, les réflexions de Clyde Bastienne sont basées sur des observations faites dans la région de Grande Rivière Nord-Ouest/Pointe aux Sables/La Tour Koenig, dans le cadre d’un projet pilote qu’il espère lancer au niveau des appartements NHDC de la localité. Ceci afin d’offrir la possibilité aux habitants de cette région exclue du développement de vivre l’expérience d’un autre cadre de vie. Le projet pourrait servir d’exemple pour une approche nationale et impliquerait le gouvernement, le secteur privé, les membres du public, les représentants politiques, entre autres.
En amont, explique-t-il, certaines règles fondamentales sont à être observées, “comme savoir délimiter les espaces pour qu’on ne retrouve plus des usines à côté des zones résidentielles”. À la Tour Koenig, cette cohabitation reste difficile. Et les dysfonctionnements sont encore plus profonds. “D’un côté de la rue, on voit une zone industrielle bien entretenue et, de l’autre, des habitations laissées dans un état délabré. Comment cette population perçoit-elle cette situation qui peut générer de grandes frustrations ?”
Espace.
Là comme dans d’autres régions, les problèmes liés à l’absence d’entretien et de syndics sont les mêmes. Selon nos intervenants, c’est une des conséquences de la mauvaise planification et aussi parce que ce type de projet de logements ne bénéficie d’aucun accompagnement et de suivi. “À l’origine même, les besoins en espace des gens n’ont pas été pris en considération. D’où le fait que certains font aujourd’hui des travaux d’agrandissement un peu n’importe comment.”
Ailleurs aussi, quand on y regarde de plus près, le laisser-aller et les approximations ont des conséquences désastreuses. “Nou pei pe vinn vilin ! Qui s’occupe de changer les choses ?” Selon Clyde Bastienne, même au niveau des espaces publics, un effort des autorités est essentiel. “Là non plus, il ne suffit pas de grand-chose pour valoriser des atouts dont nous disposons déjà.” Comme à Grande Rivière Nord-Ouest, chacun gagnerait si cet endroit avait été mieux pensé. “On aurait pu y installer un beau totem pour annoncer l’entrée de Port-Louis, masquer le tuyau d’eaux usées et exploiter davantage les berges de la rivière pour en faire de beaux espaces verts où des activités de loisirs auraient pu être proposées.”
Nature.
Il ne suffit cependant pas de faire beau et pratique. Un élément reste primordial et il passe par l’éducation et le sens civique de tout un chacun. Pour que ce type de développement soit viable, “il est impératif de respecter la nature. Nous oublions trop souvent que c’est elle qui nous offre un peu d’espace. Apprenons donc à la respecter”, recommande Clyde Bastienne. Pour Gianni Pillay, le conseil s’applique aussi aux individus : “Trop souvent, on construit de manière égoïste, pensant à son confort au détriment de l’environnement et, partant, au détriment des enfants qui en hériteront.”
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Construire vert
“Il y a aujourd’hui beaucoup de systèmes qui nous permettraient d’améliorer notre qualité de vie avec un financement moyen dans le respect de l’écologie”, affirme Yannick Applasamy, ingénieur de produits industriels. En sus de l’énergie photovoltaïque et d’autres concepts popularisés, plusieurs approches peuvent être prises en considération en ce qui concerne les constructions. Comme des systèmes d’aération naturels pour remplacer les climatiseurs, des puits de lumière pour réduire la consommation d’énergie, ou encore la géothermie, à travers laquelle la fraîcheur de la terre est utilisée pour réglementer la température dans les bâtiments. De la même manière, des systèmes de captage d’eau peuvent être installés. Tout cela pour réduire l’empreinte carbone au niveau des maisons et des bâtiments.