L’histoire s’écrit souvent dans un premier temps, morceau par morceau, au fur et à mesure que les historiens, chercheurs et étudiants découvrent les archives qui la concernent. Et lorsque ces archives sont éparpillées dans plusieurs pays, qui plus est éloignés les uns des autres, la tâche se complique. La publication prochaine d’un inventaire sélectif du fonds des archives coloniales françaises concernant l’Isle de France va permettre de combler une lacune majeure dans la connaissance de l’histoire mauricienne.
Les premiers auteurs à avoir écrit sur l’histoire de l’esclavage à Maurice, Auguste Toussaint et Jean-Michel Filliot, ne se sont pas basés à l’époque, dans les années 60, sur les documents compilés dans la fameuse série C4 des archives coloniales françaises. Lorsqu’il a écrit son ouvrage sur le marronnage, Amédée Nagapen nous avouait n’avoir pu répondre à certaines de ses interrogations sur ces pages sombres de notre histoire parce qu’il lui aurait fallu pour cela financer un séjour prolongé en France lui permettant de consulter les documents qui y sont conservés. Et même à l’heure de l’information numérique, qui permet de consulter toutes les archives nationales françaises, bizarrement, la série C4 n’avait jusqu’alors pas fait l’objet d’un inventaire détaillé, à tel point que le dernier guide des sources de l’esclavage français, publié il y a deux ans, ne faisait pas mention de cette série.
Aussi lorsqu’en mars 2010, Thomas Vernet du Centre d’études des mondes africains (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et Vijaya Teelock de l’Université de Maurice, alors en tant que vice-présidente de la Commission Justice et Vérité, avaient annoncé qu’un accord de coopération allait rendre la série C4, qui concerne l’Isle de France, accessible aux chercheurs et étudiants, une nouvelle voie de recherche s’ouvrait. Ce projet va se matérialiser en février à travers le premier tome du catalogue qui liste et décrit, et pour certains d’entre eux, montre sous forme de photographies numériques dans un CD, les documents que contiennent les soixante-trois premiers volumes dudit Fonds Colonies C4 extrait des Archives nationales de France. Ce document assorti du CD devrait alors être mis en vente dans les librairies du pays.