La légalisation de l’IVG en Argentine a échoué de justesse en 2018, mais les militantes argentines n’ont pas renoncé pour autant: une nouvelle proposition de loi a été déposée mardi au Parlement. « Il ne s’agit pas seulement de reprendre l’offensive pour le droit à l’avortement, il s’agit de faire pression pour que chaque candidat se prononce clairement », plaide Victoria Tesoriero, dirigeante de la « Campagne pour le droit à l’avortement ».

Lors du dépôt de la proposition de loi, la députée de gauche Victoria Donda a dit qu’elle tablait sur un vote de la chambre des députés cette année. Bousculé par la campagne électorale, l’agenda parlementaire ne permettra probablement pas au Sénat de se prononcer en 2019.

Mardi, plusieurs heures avant le dépôt du texte, des dizaine de milliers de jeunes femmes brandissant des foulards verts, signe de ralliement à la cause pro-IVG, se sont mobilisées devant le Congrès, où sera examinée la proposition présentée par 15 députés des principaux partis politiques.

« On ne doit pas baisser la garde, la lutte continue », lance Natalia Eraza, une infirmière de 28 ans. « Avoir un enfant désiré, pourquoi ? Nous sommes au XXIe siècle, une femme devrait avoir le droit de décider », estime Gisela Parodi, une fonctionnaire de 33 ans. En 2018, un mouvement d’une ampleur inédite porté par des organisations féministes a suscité un dé- bat passionné en Argentine, le pays du pape François. La proposition de loi a été approuvée par les députés, mais rejetée par les sénateurs, plus conservateurs, sous l’influence de l’Eglise.

C’était la première fois qu’un débat parlementaire sur le sujet avait lieu en Argentine, à l’initiative du président de centre-droit Mauricio Macri, qui ne milite pas pour autant pour la cause. Avant lui, les présidents de gauche Nestor Kirchner puis Cristina Kirchner avaient bloqué tout débat parlementaire sur l’avortement. Le mariage homosexuel, lui, a été légalisé.En réaction au foulard vert des pro-IVG, les anti- avortement ont créé un foulard bleu ciel avec comme slogan « La défense des deux vies », celle de la mère et celle du fœtus.

Foulard vert ou bleu

L’Église a mis tout son poids dans la bataille pour mettre en échec la proposition de loi. Mardi, dans un coin de la place du Congrès, des opposants à l’IVG peinaient à se faire entendre. « Tous les enfants ont le droit de vivre, ceux qui sont programmés et ceux qui ne le sont pas. La vie, c’est dès la conception », martèle Nelida Rodriguez, parée d’un foulard bleu ciel.

A quelques mètres de là, un groupe de femmes vêtues de vert et arborant l’emblématique foulard chantent: « Ceux qui disent vouloir sauver les deux vies sont ceux qui couvrent les curés pédophiles ». La loi actuellement en vigueur autorise l’avortement dans des cas spécifiques de viol, de risques pour la santé de la mère mais, dans les faits, des provinces ou des médecins s’y opposent, et des fillettes de 10 ou 11 ans se heurtent à un refus des autorités de pratiquer un avortement.