Arline Brette-Argus est aux anges. Ses années de travail ont finalement payé, avec le Prix de la ville de Yutz, qu’elle a reçu lors du quatrième Symposium de peinture organisé par cette agglomération française. Une reconnaissance et une fierté pour elle. Après l’exposition, qui prend fin le 21 avril, son tableau sera exposé à la mairie de cette ville située dans le département de la Moselle.
En quittant Maurice, il y a treize ans, Arline Brette avait des projets plein la tête : suivre son cours en arts plastiques, décrocher son diplôme et revenir à Maurice pour travailler comme enseignante afin de transmettre son savoir et son savoir-faire. Elle a vaillamment fait face à toutes les difficultés rencontrées pour ne pas rentrer bredouille. Pour payer ses études, elle a été hôtesse de caisse dans un supermarché, a fait le ménage dans une cité universitaire et la plonge dans un restaurant.
?Soutien.
Elle était loin de s’imaginer qu’elle allait aussi rencontrer l’homme de sa vie, ce qui l’a “contraint” à revoir ses objectifs. Elle s’est mariée et est aujourd’hui mère de deux enfants, Jade (7 ans) et Lucas (2 ans). Tous les quatre ans, elle se fait un devoir de revenir dans sa “belle île natale” pour se ressourcer, chercher l’inspiration et surtout revoir sa famille et tous les êtres chers qu’elle a laissés derrière elle. Revenir à Maurice lui fait du bien. Elle en profite pour faire le plein de photos, immortaliser tous les instants magiques au cours des deux mois que dure son séjour. “C’est important. Je suis toujours contente de voir les changements qui se sont opérés durant mon absence, avec la famille qui s’agrandit.”
Avec le prix qu’elle a obtenu, Arline Brette-Argus est venue démontrer que l’on peut concilier vie de famille et vie d’artiste. Elle a choisi de peindre la nuit, au grand dam de son époux, qui lui reproche de se retrouver souvent seul au lit. Mais il est un de ses plus grands admirateurs et porte regard critique sur ce qu’elle fait. “Il me soutient à 200%. C’est à lui en premier que je dédie le prix que j’ai obtenu. Il m’encourage beaucoup.”
Admiration.
Arline Brette n’est pas qu’une simple artiste. Au bout de quelques années d’études, elle a découvert l’art-thérapie. Son premier stage s’est déroulé dans un hôpital psychiatrique. Elle a été conquise par la puissance de cette thérapie, qui consiste à utiliser le potentiel artistique d’une personne pour l’aider à arriver à un mieux-être. “À la base, ce n’est pas ce que je voulais faire. Je n’ai pas changé d’avis sur mes projets artistiques, mais j’utilise mon talent pour soigner les gens et non pas les guérir”, s’empresse-t-elle de préciser. Cela l’a aussi conforté dans ce qu’elle voulait réellement entreprendre lorsqu’elle s’est lancée dans ce qui constitue pour elle une formidable aventure.
Arline Brette-Argus confie que c’est son père qui lui a donné le goût du dessin : lorsqu’elle rentrait de l’école, elle le voyait à l’oeuvre. Elle était en secrète admiration devant son travail et l’attention qu’il accordait aux petits détails. C’est donc tout naturellement qu’elle a choisi cette filière au collège. Elle a aussi eu la chance de rencontrer Véronique Pompom, son enseignante au collège Lorette de Curepipe, qui lui a donné “ce petit quelque chose pour avoir envie de découvrir et travailler un peu plus à chaque fois”.
Rêves.
Avant de s’envoler pour la France, elle a eu le temps de mettre son talent au service des jeunes de la Craft Academy. Elle a été animatrice bénévole auprès des enfants défavorisés, a enseigné les arts plastiques auprès des pensionnaires de SOS Femmes battues et a participé à plusieurs expositions à la galerie Max Boullé, la galerie Allamanda et à la Mauritius Offshore Business Activities Authority, entre autres.
Elle ne regrette pas son choix de quitter Maurice. “J’aurais peut-être tourné en rond car il n’y a pas assez de perspectives à Maurice.” Mais même en France, il est difficile de vivre de son art car “les goûts et les couleurs se discutent. Il n’est pas évident de plaire à tout le monde.” Elle n’a pas envie de gagner sa vie en peignant des tableaux commerciaux. “On perd un peu sa personnalité et son âme lorsqu’on le fait.”
Pour le quatrième Symposium de peinture de Yutz dont le thème était “La Moselle et ses richesses”, Arline Brette-Argus a présenté un diptyque qui lui a demandé plusieurs heures de recherche. Participer à ce concours bisannuel a constitué un vrai défi pour celle dont les thèmes de prédilection sont les femmes et les coquillages. Elle sort grandie de cette participation; cela lui a donné des idées pour d’autres tableaux. Elle conseille aux jeunes de croire en leurs chances de réussite, de toujours persévérer et d’aller jusqu’au bout de leurs rêves…