L’enquête confiée au Central CID sur les arnaques financières, dont le préjudice pourrait facilement atteindre plus de Rs 2 milliards avec les derniers développements, a connu un rebondissement au cours de la semaine écoulée. D’abord, l’empire de Marjorie Bazerque, la Gil-Mar Z Associates Ltd et la quinzaine de sociétés associées, a insufflé une nouvelle orientation à cette affaire, dépassant les milieux d’affaires à Maurice. Ensuite, il devient de plus en plus évident qu’une autre High Profile Personnality (HPP) en la personne de l’ancien Chief Executive Officer d’Air Mauritius, Vinod Chidambaram, pourra difficilement échapper à une assignation à interrogatoire Under Warning au QG du Central CID.
Les enquêteurs de la police, qui consacreront leur 7e semaine de travail sur le dossier – lequel risque de devenir de plus en plus délicat et compromettant –, se préparent à franchir une nouvelle étape avec le retour au pays aujourd’hui de Vinod Chidambaram. Ce dernier, qui revient d’Australie, devra être entendu sur deux principaux aspects, soit les placements effectués au sein de la compagnie White Dot International Consultancy Co. Ltd sur les instructions de Sanjeev Lutchmun et aussi sur un partenariat allégué de Vinod Chidambaram au sein des compagnies incorporées par Marjorie Bazerque.
Des documents et des fichiers informatiques, saisis par la police lors des perquisitions dans des locaux de White Dot International Consultancy Co. Ltd, confirment que l’ancien directeur général de la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, et son épouse, Rajalutchmee Chidambaram, notaire de son état, étaient des habitués du système White Dot. Les placements effectués jusqu’à l’écroulement de ce Ponzi Scheme se montent à plus de Rs 4 millions en cash selon les entrées dans les documents de White Dot Int’l Consultancy Ltd.
L’épouse de Vinod Chidambaram ne se cache pour confirmer que le premier placement de Rs 500,000 avait été effectué en date du 21 septembre 2012 suite à des contacts avec Sanjeev Lutchmun, l’une des chevilles ouvrières de la société, qui a fait éclater la bulle des « financial scams » en mars dernier. La notaire, qui avait bénéficié des intérêts de Rs 25,000 par mois, avait récupéré ses investissements de Rs 500,000 comme convenu le 21 mars dernier, soit à moins d’une semaine avant l’arrestation de la clique des pasteurs-fraudeurs, comprenant Arun Mossuddee, Sanjeev Lutchmun et Beemal Bissesur.
Le 19 décembre 2012, la notaire récidivait avec deux placements de Rs 500,000 chacun, avec des promesses d’intérêts de Rs 74,000 par mois pour une période de 6 mois. Le remboursement des capitaux était prévu pour le 19 juin prochain. Tentée par les promesses d’intérêts plus rémunérateurs que ceux dans le circuit bancaire, Rajalutchmee Chidambaram se signale de nouveau au guichet de White Dot avec un autre placement de Rs 500,000 le 2 mars dernier, dont la maturité était prévue pour le 2 septembre prochain. Les intérêts mensuels promis sont de Rs 36,000 par mois.
De son côté, Vinod Chidambaram procédera le 5 mars à un renouvellement de ses placements de Rs 300,000 rapportant des intérêts de Rs 18,000. D’autres placements, portant sur des millions de roupies, ont aussi été effectués au nom des membres de la famille Chidambaram.
Compte tenu que l’ex-CEO d’Air Mauritius se trouvait au cours de la semaine dernière en Australie, les limiers du Central CID ont abattu un premier groundwork avec l’audition de Joy Chidambaram, le fils, en présence de son homme de loi, Me Robin Ramburn. Un inventaire des placements a été dressé lors de cette séance d’interrogatoire, jeudi. L’homme de loi a confirmé à la presse que « pour l’instant, l’exercice à la police ne concerne que le fils et non la mère ou le père. »
Du côté des Casernes centrales, l’interruption dans le déroulement de l’enquête, en raison du dramatique accident de la route au virage de la mort de Sorèze avec 10 victimes et 44 blessés de vendredi matin, a permis au Central CID d’ajuster sa stratégie pour l’interrogatoire de Vinod Chidambaram, en début de semaine. Celui-ci sera interrogé sur les différents placements en liquide dans le système White Dot Int’l Consultancy mais également sur sa connexion avec l’empire Marjorie Bazerque.
L’ancien CEO d’Air Mauritius pourrait être confronté à des allégations portant sur des placements de l’ordre de Rs 40 millions dans le système Bazerque, chiffre qui circule sans confirmation depuis une quinzaine de jours. D’ailleurs, une communication de Gil-Mar Z Associates Ltd en date du 1er octobre 2012 avec la signature de Gilberte Allet, l’autre nom d’opération de Marjorie Bazerque, et le sceau de Private and Confidential présente Vinod Chidambaram comme un des Signatories/Directors du groupe d’affaires.
Vinod Chidambaram est présenté comme le Main Focal Point de Big Energy, une entité de Gil-Mar Z Associates Ltd, engagée dans des « Green Energy Projects » à être réalisés à Maurice et à l’étranger. Le principal concerné, qui agit en tant que consultant sur le plan international, devra éclairer la lanterne des responsables du Central CID sur son involvement dans l’empire Marjorie Bazerque. Son nom est cité au même titre que Dominique Appagee d’Emidore Trading Co. Ltd, de Mark Tourneur de Grace Events & Top Ten Co. Ltd ou encore de Judy Rayepa de Romava International Ltd (Offshore) Mauritius, qui sont encore en détention policière après leur inculpation provisoire.
L’Independent Commission Against Corruption (ICAC) se prépare à prendre le relais du Central CID avec le dossier de Vinod Chidambaram en vue de confirmer d’éventuels délits sous le Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA). À ce jour, le couple Chidambaram rejette catégoriquement toutes les allégations portées à leur encontre et tout lien avec le cercle des pasteurs-fraudeurs.
Cette correspondance sur du papier à en-tête de Gil-Mar Z Associates Ltd ouvre de nouvelles perspectives sur les ambitions d’affaires de Marjorie Bazerque. La Gil-Mar Investments Ltd, entité Offshore incorporée en Grande-Bretagne avec pour File Number 8231306, et Gil-Mar Z Associates Ltd., assumant le rôle de Business Hub pour toutes les opérations, constituent les deux piliers d’interventions de Marjorie Bazerque.
« We got clients in Mauritius, Dubai, India and Hong Kong for the available commodities (gold and rough diamond) and they already signified their intentions to buy from us once the above commodities are delivered in the Mauritius Freeport Zone », ajoute Gilberte Allet comme pour épater ses interlocuteurs en réitérant le « trade with gold, diamond, silver, platinum and semi-precious colored gemstones. »
La République de Guinée (Conakry) a été identifiée comme un des pays d’Afrique dans le réseau d’affaires de Marjorie Bazerque. D’ailleurs, en octobre de l’année dernière, elle se vantait de contacts au plus haut niveau de ce pays, soit le président de la République, le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque Centrale. Le but de ces contacts est de mettre au point « procedures for import of the precious commodities, to establish a trading company there with all logistics to be provided by Gil-Mar Investments Ltd, Gil-Mar Z Associates Ltd and other investments. »
De son côté, Joey Bazerque, l’époux de la femme au chapeau, appréhendé depuis mardi, a été longuement interrogé Under Warning en présence de son homme de loi, Me Toorabally, dans la matinée d’hier. Marjorie Bazerque, également en cellule policière, a tenté en vain d’obtenir un Variation Order pour pouvoir partir se faire sogner en France.
Ce n’est que partie remise car la motion a été reportée dans deux semaines.