Marjorie Bazerque, la femme d’affaires qui a entraîné Me Zakir Mohamed dans la spirale des arnaques financières, est « back to business » au Central CID. Depuis, hier après-midi, elle a été placée en détention policière dans le cadre d’une autre enquête portant sur des opérations illicites au nom de la compagnie Emidore Trading Co. Ltd. Ses deux autres partenaires, Dominique Appajee et Marc Lloyd Tourneur, sont également en état d’arrestation et ont passé la nuit en cellule policière. Le préjudice sur le compte d’Emidore Trading Co. Ltd., estimé à quelque Rs 200 millions, attend confirmation lors des séances d’interrogatoire. En cours de matinée, l’inspecteur Vishnou Bhunjun a eu le choc de sa vie lors de la confrontation au QG du Central CID, portant sur des commissions de Rs 20 millions versées à son compte par Sunkai Co. Ltd. en une période de six mois. Il a été pris d’un malaise et son interrogatoire a dû être interrompu temporairement. Son collègue, l’ex-constable Rambharuth devra fournir des explications au central CID au sujet des Rs 34 millions de commissions relevées en son nom dans les livres de comptes et fichiers informatiques de la société de Sunkai Co. Ltd.
La directrice de Je T’Aime Marketing Co. Ltd. avait déjà approché les autorités en vue d’un Variation Order lui permettant de quitter le pays. L’excuse est qu’elle devait se faire soigner à l’étranger. Entre-temps, Marjorie Bazerque s’est fait rattraper par d’autres opérations illégales opérées au sein d’Emidore Trading Co. Ltd., une autre société sous sa responsabilité. Ce nouveau dossier a été soumis au central CID en début de semaine par la Financial Services Commission dans le cadre de l’opération « pass boul ».
Depuis hier après-midi, Marjorie Bazerque a été appréhendée par le Central CID par mesure de précaution et ce matin, elle a comparu devant le tribunal de Port-Louis pour sa nouvelle inculpation provisoire de « Conspiracy to Defraud » en moins d’un mois. Elle devra passer au moins le week-end en cellule policière. L’interrogatoire de celle qui semble devenir une habituée du QG du Central CID, portant sur le portefeuille de fonds le nombre de clients arnaqués et les transactions d’Emidore Trading, devrait démarrer en cours d’après-midi. Elle devra confirmer si la formule proposée aux clients était des investissements d’au moins Rs 1 million avec possibilité d’obtenir Rs 5 millions en deux mois.
Un autre partenaire de Marjorie Bazerque au sein de cette nouvelle société, Dominique Appajee s’est fait incriminer de son propre chef dans cette affaire. En effet, suite à des informations sur des transactions louches entreprises au nom d’Emidore Trading Co. Ltd. les banques commerciales furent ordonnées par le Directeur des poursuites publiques, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, agissant sous l’article 4 (2) de l’Assets Recovery Act 2011 d’appliquer un gel sur des retraits des comptes de cette société.
Croyant être plus fin et en vue de contourner les directives, Dominique Appajee avait opéré un important transfert de 30 000 euros, soit environ Rs 12 millions, d’un de ses comptes à l’étranger à Maurice. Avec la confirmation de ce transfert en devises à la fin de la semaine dernière, il s’était rendu au comptoir de sa banque pour effectuer des retraits en roupies. Il fut informé par la banque que tous ses comptes ont été gelés dans le cadre des enquêtes sur des arnaques financières ;
Avec la démarche de transferts de fonds engagée par Dominique Appajee, les limiers de l’Assets Forfeiture Office sous le contrôle du DPP et du Central CID ont obtenu la confirmation qu’une partie des fonds collectés auprès des clients d’Emidore Trading Co. Ltd. ont fait l’objet de placements bancaires à l’étranger même si le montant exact n’a pas encore été déterminé officiellement.
Un troisième suspect du système Marjorie Bazerque, Mark Lloyd Tourneur, a été également inculpé et Remanded to Police Cell ce matin. Les limiers du Central CID sont sur la piste de deux autres complices de Marjorie Bazerque dans ces transactions frauduleuses.
Comme dans le cas de Hélène & Partners, des procédures pour un « Freezing Order in a foreign jurisdiction with regard to money which has been transferred to foreign bank accounts » devront être initiées contre Emidore Trading Co. Ltd. par les autorités compétentes dans les meilleurs délais. En parallèle, trois nouveaux Restraining Orders ont été émis par la juge Nirmala Devat en cette fin de semaine. Ces ordres concernent Khaleel Achmad Korimbocus (comptes et cartes de crédits bancaires), Govinduth Lutchman et Bheemal Bissessur, le troisième responsable de White Dot International Consultancy.
D’autre part, comme indiqué dans l’édition du Mauricien de mercredi, le Central CID est revenu à la charge avec deux des principaux suspects de Sunkai Co. Ltd. L’inspecteur Bhunjun, qui a retenu les services de Me Samad Goolamaully, et l’ex-policier Rambharuth, défendu par Me Raouf Gulbul, sont retournés au QG du Central CID pour des séances d’interrogatoire plus poussées et portant sur les placements collectés et la gestion de fonds de la société de Mme Kaba.
L’inspecteur Bhunjun, qui affichait la forme en débarquant aux Casernes centrales, a dû solliciter la compréhension de ses collègues pour une interruption temporaire de l’audition Under Warning en fin de matinée. Le suspect était entendu au sujet des commissions qui lui ont été versées par Sunkai Co. Ltd. au cours de la période de septembre 2012 à mars 2013. Il avait déjà concédé aux enquêteurs que pendant une période de six mois, il avait bénéficié de congé sans soldes de la police pour assumer des fonctions de Manager chez Sunkai Co. Ltd.
Les fichiers informatiques et les documents saisis par la police dans les bureaux de la compagnie et les dossiers soumis volontairement par le suspect lors de son arrestation indiquent que l’inspecteur Bhunjun avait obtenu des commissions de l’ordre de Rs 20 millions, soit une moyenne de Rs 3 millions par mois. Les réponses fournies par le suspect Bhunjun au sujet de l’utilisation de ces Rs 20 millions en une si courte période de temps n’ont nullement convaincu les membres de la CID.
Avec des commissions de cette envergure, la police est parvenue à la conclusion que l’inspecteur Bhunjun avait sous sa responsabilité un portfolio de l’ordre de Rs 200 millions. Il a été également incapable de fournir des explications plausibles au sujet du traitement préférentiel à son égard. Il était l’un des rares Main Agents à bénéficier d’un taux de commission de 10% alors que les autres étaient rémunérés à 2% des fonds collectés.
L’ex-constable a également subi la même ligne d’interrogatoire car les commissions de Sunkai Co. Ltd. à son compte au cours de la même période se montaient à Rs 34 millions. L’interrogatoire était On-Going cet après-midi.
Indépendamment des délits criminels, qui pourraient être retenus par le Directeur des Poursuites Publiques à la fin de l’enquête du Central CID, la Mauritius Revenue Authority (MRA) s’est réveillée avec des premiers Income Tax Assessments contre les canvassers de Sunkai et de White Dot International Consultancy Co. Ltd. Cette décision fait suite à des Legal Advice émanant du State Law Office et du département légal de la MRA à l’effet que les commissions versées sont des Taxable Income et que dans la majeure partie des cas, ces revenus n’ont pas été déclarés sur les fiches d’impôts.
Les premières réclamations d’impôts de la MRA pourraient porter sur les commissions de Rs 34 millions et de Rs 20 millions de l’inspecteur Bhunjun et de l’ex-policier Rambharuth respectivement. D’autres devront suivre au fur et à mesure que les faits sont établis par l’enquête du Central CID.