Avec le network des pasteurs, le réseau légal, dont des avocats, avoués et membres du judiciaire, constituait un véritable pilier pour les opérations des sociétés d’investissements bidons, type White Dot International Consultancy Co. Ltd, Sunkai Co. Ltd, Je T’Aime Marketing ou encore Hélène & Partners. C’est ce que confirment des éléments de l’enquête du Central CID sur ces arnaques financières, qui aborde sa sixième semaine. L’implication des membres de la profession légale se situe à deux niveaux, d’abord en tant qu’investisseurs d’importantes sommes d’argent, et parfois comme conseils légaux compte tenu de leur proximité religieuse avec des promoteurs de ces fonds illicites.
Les premiers noms des concernés circulent déjà, de même que ceux d’autres « prominent clients » venant de sphères professionnelles diverses. Entre-temps, la série d’interrogatoires des suspects se poursuit au QG du Central CID même si Marjorie Bazerque, femme d’affaires, Dominique Appajee d’Emidore Trading Co. Ltd et Arun Mossudee, le cerveau présumé de White Dot International Consultancy Co Ltd, ont été hospitalisés durant le week-end pour des raisons de santé.
L’enquête du Central CID sur les arnaques financières avec un préjudice de plus de Rs 1 milliard amorce un tournant délicat. En effet, des noms d’au moins trois membres du judiciaire, de deux avoués et même d’un notaire reviennent avec persistance en marge des nouveaux développements à prévoir. Mais du côté des enquêteurs de la police, l’on évite de commenter cette étape dans la conjoncture tout en refusant de confirmer ou d’infirmer le moindre détail.
D’autres sources soutiennent que deux des trois membres du judiciaire auraient effectué d’importants placements, soit plus de Rs 15 millions au combiné, dans ces différentes sociétés. Par contre, le troisième membre de la profession légale publique pourrait intéresser les limiers du Central CID en raison de son étroite proximité avec des pasteurs, qui font l’objet d’inculpations provisoires depuis le démarrage de cette affaire.
Dans les deux premiers cas, les deux auxiliaires de la justice pourraient être amenés à justifier les sources de revenus de ces placements illicites et pourraient même subir un nouvel exercice d’Income Tax Assessment de la part de la Mauritius Revenue Authority (MRA). En ce qui concerne le troisième, le Central CID compte approfondir l’interrogatoire des pasteurs concernés en vue de décider si un Prima Facie Case pour interrogatoire a été établi.
Les activités d’un membre de la profession notariale, qui ont fait l’objet d’une enquête préliminaire de la part d’un des régulateurs du secteur des banques et des finances en marge de ces scandales financiers, sont dans le collimateur des autorités compétentes. Les noms des deux avoués émergent au niveau de la signature des contrats entre les responsables des sociétés, faisant l’objet d’enquêtes. Dans l’un des cas, l’avoué pourrait être assigné au QG du Central CID une fois l’interrogatoire de Marjorie Bazerque au sujet des opérations d’Emidore Trading Co. Ltd bouclé par la police.
 
Secte
Dans l’immédiat, après l’audition under warning des promoteurs de ces « Financial Scams », la police s’apprête à dresser une liste des principaux clients de ces sociétés d’investissements fictifs avec des placements portant sur des millions. Cette étape devra déboucher sur deux options, soit d’éventuels délits de Money Laundering sous la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA) par l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), soit des Income Tax Assessments pour non-déclarations d’impôts.
À ce stade, parmi les clients potentiels à être convoqués, l’on pourrait retrouver un ancien Chief Executive Officier d’une compagnie parapublique et connu pour être très proche d’une puissante secte, financièrement. Les premières informations est que cette importante personnalité aurait des investissements de Rs 40 millions en son nom. À cette étape de l’enquête, aucune confirmation officielle de ce montant n’est possible, de même qu’aucune indication quant à la source de ces fonds.
Un ancien ministre travailliste, qui connaît des déboires depuis ces dernières années, aurait été tenté par les promesses des taux d’intérêts alléchants. Il aurait placé une somme de Rs 11 millions dans ces sociétés dans l’espoir de faire fructifier ses fonds. Un autre président en exercice de corps para-étatique a engagé ses économies personnelles jusqu’à hauteur de Rs 13,4 millions.
Par ailleurs, une autre personnalité politique, occupant actuellement d’importantes fonctions, aurait entrepris depuis ces dix derniers jours des démarches en vue de récupérer des investissements de Rs 2,5 millions dans une des sociétés incriminées. En début de la semaine dernière, un tête-à-tête s’est déroulé entre le politicien et l’un des promoteurs à cet effet. Mais avec le gel des avoirs et des comptes de la compagnie concernée, le remboursement est devenu aléatoire avec le politicien cherchant des garanties qu’en aucune circonstance son nom allait figurer dans la liste des clients.
Depuis ce matin, le Central CID procède à l’interrogatoire d’un autre membre de la force policière, qui a retenu les services de Me Hyderkhan. Il est soupçonné d’avoir sous son contrôle un portfolio d’au moins Rs 12 millions. L’inspecteur de police Vishnu Bhunjun; un des principaux Canvassers de Sunkai Co. Ltd., a été entendu de nouveau ce matin par le Central CID en présence de son homme de loi, Me Samad Goolamaully.
L’audition under caution de Marjorie Bazerque et de Dominique Appajee d’Emidore Trading Co. Ltd n’a pu reprendre ce matin aux Casernes centrales. Ces deux suspects, qui sont en détention policière depuis jeudi, ont été admis à l’hôpital durant le week-end. Les responsables du Central CID attendent l’avis des médecins pour décider de la marche à suivre.
Pour sa part, Arun Mossudee, le cerveau présumé de White Dot International Consultancy Co. Ltd., en détention depuis cinq semaines, a également hospitalisé durant le week-end suite à un malaise.