Fortunes diverses pour deux têtes de série de Sunkai Co. Ltd. dans le cadre de l’enquête initiée par le Central CID au sujet des arnaques financières avec un préjudice de plus de Rs 700 millions et pouvant même passer la barre du milliard. Me Rajendra Appajala, l’avoué attitré de Bimla Ramloll, qui a retenu les services de Me Yousouf Mohamed (Senior Counsel), et jusqu’à mercredi dernier ceux de Me Zakir Mohamed, inculpé provisoirement dans une autre affaire connexe, a dû verser une caution de Rs 50 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 100 000 pour retrouver la liberté provisoire.
Par contre, l’inspecteur Vishnu Bhugun, affecté au poste de police d’Eau-Coulée, a passé sa première nuit en cellule policière avant sa comparution devant la Bail and Remand Court. Ce haut gradé de la police, qui a retenu les services de Me Samad Goolamaully, gère un portefeuille d’investissements de plus de 90 millions. Mais plus grave encore demeure le fait que l’épouse de ce policier pourrait être interrogée dans les prochains jours quant à son rôle dans le système de Sunkai Co. Ltd. Entre-temps, les malheurs sont loin d’être terminés pour Me Zakir Mohamed. Cela après une nouvelle séance d’interrogatoire de Marjorie Bazerque en présence de son homme de loi Me Deepak Rutnah avec des compléments d’informations de nature cruciale au sujet du règlement allégué de Rs 1,4 million en faveur de la victime Vishal Nallaya.
Avec les premières révélations de Bimla Ramloll, alias Madame Kaba, au sujet du Sunkai System et la confirmation venant des documents et fichiers informatiques, deux de ses proches collaborateurs ont été appréhendés dans la matinée d’hier. Me Rajendra Appajala, l’avoué qui a osé mettre sa signature et le tampon de son étude sur des Blank Investment Forms, s’est rendu au QG du Central CID dans la matinée d’hier. Il a retenu les services de Mes Doorgesh Ramsewak (Queen’s Counsel) et de Maneesh Gobin pour les besoins de cet interrogatoire.
L’avoué Appajala, qui avait été placé sous la responsabilité de la Special Cell du Central CID, a comparu devant le tribunal de Rose-Hill en cours d’après-midi. Il a bénéficié du même traitement que Zakir Mohamed, avec motards en moins, pour se rendre au tribunal. Il a eu à fournir une caution de Rs 50 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 100 000 pour sa liberté provisoire sans aucune objection du Police Prosecutor. La reprise de son interrogatoire a été décidée en concertation avec ses conseils légaux.
Par contre, l’inspecteur Bhugun, considéré comme faisant partie des « knowledgeable canvassers » de Bimla Ramloll, n’a pas eu la partie facile dans la journée. Il a subi une audition under warning serrée pendant toute la journée d’hier dans les locaux du QG du Central CID. Il a passé une première nuit en cellule policière après une perquisition formelle de son domicile en vue de récupérer des documents compromettants liés aux opérations financières illicites de Sunkai Co. Ltd.
L’inspecteur Bhugun, qui est considéré comme étant un des plus importants recruteurs de Bimla Ramloll, notamment au sein de la force policière, est accusé d’avoir sous son contrôle personnel des investissements de plus de Rs 90 millions. Lors de la première séance d’interrogatoire, les limiers de la police ont établi des placements jusqu’à Rs 20 millions. L’exercice devra se poursuivre aujourd’hui et lors des jours subséquents.
Fonctionnaires
Sur la base d’informations recueillies, les hommes des ACP Pregassen Vuddamalay et Heman Jangi ont pris la décision de convoquer l’épouse de l’inspecteur Bhugun pour interrogatoire sur les activités de Sunkai Co. Ltd. dans les jours à venir. À hier soir, aucune indication n’était disponible officiellement au sujet de ce nouveau rendez-vous.
D’autre part, suite au début de coopération de Bimla Ramloll avec les enquêteurs, une liste des principaux canvassers, particulièrement ceux qui sont dans le secteur public ou encore dans des Law Enforcement Bodies, notamment la police, a été dressée en cette fin de semaine. « Ces fonctionnaires, qui se sont transformés en agents que ce soit pour Sunkai Co. Ltd. ou White Dot International Consultancy, savaient pertinemment bien qu’ils manoeuvraient dans l’illégalité la plus flagrante. Il est de leur intérêt de se rendre de leur propre gré pour éviter des mandats d’arrêt formels », fait-on ressortir dans les milieux autorisés des enquêteurs en fin de semaine. Pas moins d’une dizaine de canvassers sont concernés par cet ultimatum à peine déguisé de la police.
D’autre part, le règlement mercredi des Rs 1,4 million à Vishal Nallaya, victime d’un cas d’investissements non-autorisés depuis 2007 et confirmé au Central CID en présence de Me Colunday, avocat de la victime, suscite des interrogations dans les milieux des enquêteurs. Dans une communication écrite au Mauricien (voir plus loin) Me Zakir Mohamed nie l’information obtenue et confirmée de sources policières dans la matinée et la soirée d’hier au sujet du remboursement de Rs 1,4 million, mercredi, à la victime, qui a indiqué au Central CID qu’il abandonnait les réclamations logées dans cette affaire. Très peu d’indications ont transpiré quant à la nature des préoccupations de la police. Me Zakir Mohamed, après son inculpation provisoire et sa remise en liberté sous caution mercredi après-midi, a été longuement entendu hier en présence de son homme de loi, Me Gavin Glover.
Marjorie Bazerque, qui a été remise en liberté provisoire jeudi, est passée aux Casernes centrales hier après-midi. Elle était accompagnée de Me Deepak Rutnah des Hawoldar Chambers. S’adressant aux journalistes présents, l’homme de loi a laissé entendre que « des développements sont à prévoir dans cette affaire. Pour l’instant, il ne serait nullement approprié d’en faire état publiquement. Laissez la police poursuivre son enquête et nous en reparlerons en temps et lieu », a déclaré Me Deepak Rutnah en présence de la directrice de Je T’Aime Marketing Co. Ltd.
Dans les milieux des enquêteurs, la piste d’enquête sur la connexion de Me Zakir Mohamed avec Je T’Aime Marketing vise à confirmer ou à infirmer si le montant des transactions porte sur une somme supérieure à Rs 1,4 million, soit Rs 400 000 et Rs 1,2 million supplémentaires. Lors de son premier interrogatoire le jour de son arrestation, mardi dernier, Marjorie Bazerque avait indiqué aux limiers du Central CID qu’« il y a eu beaucoup d’argent qui a transité par mon compte. J’avais toujours agi sur les instructions de Me Zakir Mohamed et je n’ai nullement profité de cet argent ».
Pour sa part, Me Zakir Mohamed clame son innocence dans toute cette affaire. Dans des déclarations publiques, le suspect affirme qu’il n’a fait qu’agir en tant qu’avocat de Marjorie Bazerque et qu’il est victime d’une vendetta de la part de la police « à cause des commentaires du ministre Shakeel Mohamed à son sujet » lors des inondations meurtrières du samedi 30 mars.
L’enquête de la police sur les arnaques financières se poursuit avec de nouvelles arrestations à prévoir en sus des 17 prévenus déjà appréhendés…