Arnaud Govinden Ramassammy est né à St-Paul de La Réunion il y a quarante ans. Il a beaucoup voyagé, travaillé dans l’éducation et le paramédical, tout en se livrant à sa grande passion : la randonnée en montagne. Depuis une année, il a posé ses valises à Maurice pour cogérer un gîte rural et d’une table d’hôte à Rivière des Créoles. Voici son portrait.
Avant d’arriver au sujet du portrait, plantons le décor dans lequel il évolue. Pour beaucoup de Mauriciens,Rivière des Créoles n’est un nom sur la carte géographique du pays. Un village dont on ne retient visuellement que le pont et ses lavandières, sur la route côtière de l’ouest. Une côte sans plages, mais avec un riche passé historique et des spécificités qui valent le détour. C’est à Rivière des Créoles qu’est situé Titli — qui signifie papillon en hindi — le premier gîte touristique avec chambres et table d’hôte de la région. Ouvert depuis un peu plus d’un an par Aruna Gangoosingh, Titli propose trois appartements pour dix personnes et une table d’hôte de dix couverts. Ce gîte de l’ouest est cogéré par Arnaud Govinden Ramassammy grand voyageur qui a posé son sac à Maurice il y a un an. Comment et pourquoi un Réunionnais de St-Paul se retrouve-t-il gérant d’un gîte rural à  Rivière des Créoles ? «C’est une étape dans l’itinéraire d’une existence, d’un choix de vie. C’est une opportunité qui m’a été offerte et que j’ai acceptée». L’itinéraire d’Arnaud est étroitement lié avec la nature et le plein air. Né àSt-Paul et élevé par sa grand-mère, il est très tôt attiré par les excursions et tout en poursuivant ses études, il devient animateur, puis directeur de colonies de vacances et organise des randonnées dans les montagnes de l’île soeur avec cuisine au feu de bois le soir au fond des bois.»C’est sans doute de là, et de fréquents passages dans la cuisine de ma grand-mère comme goûteur, que vient mon « expérience » de la cuisine traditionnelle réunionnaise. Je n’ai aucune formation culinaire, mais un grand amour du bien-manger, surtout des plats cuisinés de mon pays. Au niveau des études, j’ai aussi un diplôme d’accompagnateur en montagne et, en faisant des formations comme animateur, je suis devenu à un moment donné médiateur socio-éducatif dans une école d’agriculture.»Plus tard Arnaud vivra pendant un bon bout de temps à Toulouse ou il travaillera dans le secteur paramédical, tout en exerçant son métier d’accompagnateur de montagne dans les Pyrénées. Apres avoir vécu une bonne dizaine d’années en France il revient à la Réunion où lors d’un salon touristique, il fait la connaissance d’Aruna Gangoosingh. Habitante de Rivière des Créoles, Aruna avait fait ses études et vécu à la Réunion où elle avait eu l’occasion de se familiariser avec le concept du gîte rural avec chambres et tables d’hôte. Prof de français et d’anglais, spécialisée dans l’enseignement dans les entreprises, elle souhaite transformer un verger que sa famille possède à Rivière des Créoles en gîte avec chambres et table d’hôte. «Elle voulait aussifaire un mélange entre Maurice et La Réunion au niveau de la cuisine. Pour que les Réunionnais puissent venir ici et découvrent la vie dans un village mauricien avec ses différentes traditions et mélanges. Mais aussi offrir aux Mauriciens la possibilité de faire les mêmes découvertes chez eux avec la touche réunionnaise en plus. Elle m’a proposé d’être responsable de cette touche réunionnaise. J’ai trouvé l’idée intéressante et nous en avons longuement discuté. Puis, je suis venu voir sur place comment se présentaient physiquement le projet et les environs ; j’ai été séduit et Aruna m’a proposé d’être le cogérant de Titli et j’ai accepté.»
Après avoir fait toutes les démarches administratives nécessaires et obtenu tous les permis requis, Arnaud Govinden Ramassamy a posé ses valises à Rivière des Créoles il y a un an. Qu’est-ce qui pousse un Réunionnais qui a beaucoup voyagé à s’installer dans un coin retiré de Maurice ? «Le coin retiré probablement. Enfin retiré ce n’est plus tout à fait le cas. Rivière des Créoles est, par taxi-train ou autobus, à un quart d’heure de Mahébourg et l’aéroport est à côté avec l’autoroute. Par ailleurs, je ne suis pas un homme des villes, je préfère de loin la campagne et la montagne. Ensuite l’ouest, encore sauvage de Maurice, est plein de charmes et de surprises. J’ai aussi accepté la proposition parce que je ne suis qu’à trente minutes d’avion de La Réunion où mon âme et mon coeur sont restés. Je suis loin de La Réunion tout en étant juste à côté.»Sans doute, mais ouvrir un gîte qui vise une clientèle touristique dans un village, sur une côte sans plages ? «C’est aussi l’originalité du concept de Titli. Il y a des touristes qui aiment bien le ciel, le soleil, la mer et les hôtels, mais qui cherchent aussi autre chose à découvrir à Maurice. Ici, c’est calme, on est en adéquation avec la nature, avec une vie plus tranquille que dans des lieux touristiques. Ici, la nuisance sonore, ce n’est pas la musique à fond la caisse, mais des coqs qui chantent le matin, des crapauds qui coassent le soir et des oiseaux qu’on entend toute la journée. Et puis, nous proposons de partager un moment de la vie d’un village mauricien avec ses habitants. C’est une autre manière de découvrir l’île Maurice. Et puis pour ceux qui veulent faire du tourismedans la côte ouest, riche au niveau historique, il y a Mahébourg avec son musée, son pont, ses vieilles rues, sa foire aux tissus du lundi et pour ceux qui aiment la plage, Blue Bay est à quelques minutes de voiture.»Comment fonctionne Titli ? «Tous les renseignements sont donnés au départ sur notre site web : www.titli.com. En parcourant notre site, on sait déjà à quoi s’attendre chez nous. On dit comment c’est, ce qu’on propose et il y a les retours de ceux qui ont séjourné chez nous. Nous avons trois appartements qui peuvent accueillir dix personnes et une table d’hôte de dix couverts. On n’est pas un restaurant avec une carte avec plusieurs plats ; nous on propose un plat du jour à partir des produits locaux : la pêche du jour, des viandes et des légumes des fermes du village. On discute avec les clients pour faire le menu. Aruna propose des plats mauriciens, moi de la cuisine réunionnaise. Nous ne pouvons accepter que dix personnes à manger puisque nous ne sommes que deux, plutôt un seul dans la journée parce qu’Aruna continue à donner des cours. De toutes les manières, on est petit et on veut le rester, ce qui nous permet de donner une attention particulière à chacun de nos visiteurs.»
Dans ses moments perdus, Arnaud commence à découvrir les environs de Rivière des Créoles et, plus particulièrement, la montagne du Lion, qui réveille son expérience d’accompagnateur en montagne. Il envisage de proposer des randonnées pour les clients de Titli qui seraient intéressés par ce genre d’activité. Est-ce que parmi ces visiteurs il y a des Mauriciens ? «Il y en a eu. On a eu pas mal de Mauricien du Nord et des villes qui viennent prendre un bol d’air, s’offrir un dépaysement le temps d’un week-end. Mais la majeure partie de nos clients sont des étrangers qui ont envie de s’offrir des vacances différentes. Ici, les gens ont le choix de ce qu’ils ont envie de faire. Rien n’est imposé, tout est fait à la carte, même la composition du petit déjeuner. On a des propositions pour le menu, mais on change, on modifie à la demande, selon les goûts des uns et des autres. Nous, on veut que les gens qui viennent passent un moment agréable et qu’ils repartent en étant bien, qu’ils ont partagé quelque chose avec les gens qu’ils ont rencontrés. Jusqu’à maintenant, les retours indiquent qu’ils sont satisfaits. Tant mieux.» Qu’est-ce qui est difficile dans l’aventure Titli pour Arnaud ? «C’est une expérience. Je suis encore dans ma période d’adaptation. C’est pas facile d’avancer. On avance tout doucement parce qu’on n’a pas les moyens d’investir gros tout de suite. Et puis on veut rester comme on est. L’objectif n’est pas l’argent – même s’il en faut pour faire et améliorer le projet -, mais rester nous-mêmes et continuer à partager ce que nous avons et apprendre des autres. Je suis en général assez voyageur, j’ai fait pas mal de pays, j’aime bien découvrir d’autres cultures, d’autres façons de vivre. J’aime partager des moments avec les gens que je rencontre, leur faire découvrir des choses tout en apprenant d’eux. C’est ce que nous faisons à Titli. On a des discussions le soir ou le midi avec des gens qui viennent de pays et d’horizons culturels différents et en partageant un repas, on échange quelque chose. C’est déjà pas mal, non ?»
Est le grand voyageur envisage de poser définitivement son sac à Rivière des Créoles ? «Je ne peux pas répondre à cette question maintenant. Pour moi, l’aventure va continuer aussi longtemps que je prendrai plaisir à la vivre et à partager avec les autres. Aujourd’hui, Titli est exactement ce qu’il me faut, après, si jamais la question se pose, on verra.»