Les forces vives de Cap-Malheureux montent au créneau pour réclamer la publication du rapport des arpenteurs du gouvernement. Cela fait suite à une déclaration du ministre des Terres et du Logement Abu Kasenally au parlement le 10 juillet selon laquelle l’arpenteur du gouvernement a conclu que la construction d’un complexe dans cette région est a distance réglementaire des wetlands. « Nous constatons plusieurs incohérences dans les dires du ministre. Nous voulons donc voir le rapport », soutient le porte-parole Georges Ah-Yan.
À une interpellation du député Ashit Gungah sur la construction d’un complexe à Cap-Malheureux, Abu Kasenally a répondu que l’arpenteur du gouvernement avait visité les lieux à deux reprises en présence des représentants d’autres ministères et de plusieurs organismes. Selon le rapport du professionnel, la construction se trouve à 48 mètres des wetlands et ne représente aucun danger.
Abu Kasenally a aussi soutenu que le terrain avait déjà été arpenté et ce, par l’arpenteur du gouvernement qui est « a competent surveyor duly registered and accompanied by the Ramsar Committee ». Le ministre a fait comprendre qu’il ne compte pas prendre en considération le rapport privé de l’arpenteur Ravindranath Bhurtun, sollicité par les habitants, et selon lequel « Kirav and Co Ltd Commercial Complex is on a sensitive area… The building is less than 30 meters from the nearest water level of the wetlands. The topographical position of the land is not in a safe position as hardcore fillings is being done by the promoter to level the site for parking ».
Au Mauricien, Georges Ah-Yan dit s’interroger sur l’arpentage effectué par le gouvernement. « Nous avons reçu un croquis du plan du terrain arpenté par le gouvernement. Il semblerait que c’est la reproduction d’un simple plan où il n’y a ni le tampon ni la date. De plus, nous ne pensons pas que ce soit un travail professionnel », soutient le porte-parole. Il a par ailleurs souligné que le ministère a indiqué dans une lettre s’être basé sur une carte du ministère de l’Environnement pour procéder à l’exercice d’arpentage.
« Ce n’est pas normal que le ministère des Terres doive emprunter une carte d’un autre ministère pour un exercice d’arpentage. De plus, l’arpenteur du ministère des Terres montre que la construction est à 48 mètres des wetlands alors que le ministre Hervé Aimée avait soutenu que, selon son rapport, elle est à 65 mètres. Which is which ? » se demande Georges Ah-Yan.
Les habitants de Cap-Malheureux réclament ainsi la publication des rapports de l’arpenteur du gouvernement afin, disent-ils, de « connaître la vérité ». Les habitants comptent faire une demande d’injonction en Cour suprême mercredi prochain pour demander l’arrêt des travaux à Cap-Malheureux et l’enlèvement des constructions qui ont déjà été faites. Des officiers de la Water Resources Unit ont effectué une visite des lieux hier en vue de faire un prélèvement des eaux à des fins d’analyse. Les habitants craignent que la construction sur les wetlands ne contamine l’eau qui, soulignent-ils, est utilisée pour alimenter une bonne partie de la région du nord.
Par ailleurs, les deux arpenteurs privés engagés par les habitants, Ravindranath Bhurthun et Stephane Ghurboo, comptent servir une mise en demeure au ministre des Terres pour avoir questionné leur professionnalisme. Au Parlement, Abu Kasenally avait déclaré qu’ils « n’étaient pas assez qualifiés ». « C’est une insulte envers nous », disent-ils.