En dépit du gel des mandats d’arrêt émis contre le Directeur des Poursuites publiques, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, dans la double enquête de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) et du Central CID, la tension est toujours palpable au sein de la profession légale, le torchon continuant à brûler avec la police. La réunion d’urgence du Bar Council, hier après-midi, a occasionné une levée de boucliers contre la police, surtout pour ce qui est présenté comme une escalade de traitements abusifs infligés à des hommes de loi. Les délibérations ont également été témoins de véritables conflits verbaux entre des hommes de loi, avec Mes Rutnah, Teeluckdharry (parlementaires du MSM) et Me Kailash Trilochun (qui a représenté le Commissaire de Police Mario Nobin en Cour suprême hier matin) tentant de défendre les autorités policières face à des critiques acerbes. Ces échanges ont été ponctués par des rappels à l’ordre de Me Raymond d’Unienville, QC, et de Me Hervé Duval Jr, demandant aux membres de la profession légale de faire preuve de retenue et de ne pas commenter l’affaire du DPP, qui est sub judice.
Intervenant au début de la réunion informelle convoquée à la demande de Me Rama Valayden, le président du Bar Council, Me Antoine Domngue, n’a pu cacher son étonnement devant la coïncidence entre l’affaire du mandat d’arrêt émis contre le DPP et la sentence prononcée à l’encontre du leader du MSM, Pravind Jugnauth. Tout en ajoutant qu’il fait partie du panel de conseils légaux pour l’appel contre la condamnation à 12 mois de prison de Pravind Jugnauth, il a condamné la démarche de la police en évoquant de graves appréhensions sur ce qui s’est passé. « La police ne peut continuer à agir de cette façon. Le fait est que lors de l’affaire en Cour suprême, la police a dû avoir recours à des services d’hommes de loi du privé au lieu des State Law Officers de l’Attorney General’s Office, comme c’est le cas d’habitude », a déclaré en substance Me Domingue, comme pour expliciter le malaise entre les hommes de loi et la police.
Ce commentaire du président du Bar Council devait provoquer les premières étincelles, Me Trilochun montant au créneau pour soutenir que le premier nommé n’avait pas le droit de parler du Commissaire de Police en son absence. « You can’t talk about the Commissioner of Police when he is not present », a-t-il lancé alors qu’un brouhaha montait dans la salle. Poursuivant son intervention, Me Domingue devait répéter qu’il n’avait pas de « grudge » personnel, mais que la Police ne pouvait poursuivre dans cette voie. Il a lancé un appel à l’unité et à la solidarité au sein de la profession « en vue de dégager un consensus pour améliorer la situation actuelle ». Cet appel à la solidarité des hommes de loi dans la conjoncture a été repris par l’un des doyens du barreau, Me Yousuf Mohamed, SC, et Me Gavin Glover, SC, qui sont intervenus dans le sillage de la présentation liminaire du président du Bar Council.
Mais les échanges devaient dégénérer avec les protestations de Me Ravi Rutnah, dénoncant que quand il avait eu des démêlées avec la police, et également dans les cas précédents impliquant Me Valayden et Me Teeluckdharry, il n’y avait pas eu de manifestation de solidarité du barreau en leur faveur. Il devait enchaîner en s’en prenant directement à Me Yatin Varma, qui avait institué des « disciplinary proceedings » contre lui alors qu’il occupait les fonctions d’Attorney General dans le gouvernement de Navin Ramgoolam. Les protestations de Me Varma se sont déroulées dans un vacarme alors que Me Duval, Urmilla Boolell — l’épouse du DPP, qui partira à l’étranger demain pour la Graduation Ceremony de son fils — devra être de retour avant le 3 août. L’Attorney General, Me Ravi Yerrigadoo, qui était présent à la réunion, est intervenu brièvement avant de souhaiter un « Eid Mubarak » à la profession légale.
Me Valayden, effectuant une première en prenant la parole en kreol morisien lors d’une réunion du Bar Council, s’est appesanti sur le fait que « lapolis inn touzour azir koumsa sou ninport ki gouvernma ». Et d’ajouter : « Nou bizin asire ki lintere lepep e de la profesyon proteze. Se enn lokazyon pou aret sa zafer « zordi to bann, ek dime mo bann » ». À cet effet, l’ancien Attorney General a déjà réuni les douze signatures pour obtenir une assemblée générale du Bar Council en vue de débattre de la question, qui a été fixée au 4 août.
Après la réunion, Me Varma n’a pas manqué de critiquer la façon d’agir des parties concernées dans l’affaire entourant le DPP. « Noun ariv au seuil de la dictature. Ti ena enn freyer depi enn bon boutt tan e inn raport-li o Bar Council. Sekinn arive ek DPP « is the tip of the iceberg ». Inn pran letan konstrir bann institisyon dan pei apre lindependans e asterla pe al bafwe la Constitution ! Erezman le judiciaire pe montre ki li res enn ranpar kont la deriv totaliterr », devait-il déclarer en faisant part « des excès de la force policière, l’ingérence politique et l’attitude des avocats parlementaires » dans cette affaire.
Répliquant aux propos tenus par Me Varma et Me Domingue, Me Trilochun a affirmé qu’il n’y avait « aucune maldonne », soutenant que le Commissaire de Police a le droit d’être représenté par l’homme de loi qu’il a choisi. « Nou viv dan enn sistem demokratik. Nou gagn drwa koze e dir seki nou panse osi lontan ki li ress dan le barem legal ». Me Valayden s’est quant à lui félicité de cette « preuve de la solidarité au sein de la profession », ajoutant toutefois que « ena enn problem profon konsernan manyerr lapolis pe travay, ki reprezant enn danze. Mo apel a plis de retenu parski Moris pa kapav viv dan ene sistem de terrer ».
Le secrétaire du Bar Council, Me Yahia Nazroo, a pour sa part déclaré que « lors de la réunion, nous avons donné l’assurance à tous ceux présents que tout ce dont ils ont discuté seront pris en considération. Nous ferons tout pour qu’une atmosphère sereine règne dans la profession légale ».