La question de la représentativité féminine en politique fait de plus en plus débat, notamment depuis la proposition de réforme électorale du gouvernement en place. Des voix s’élèvent des deux côtés de la Chambre afin que les femmes soient plus présentes dans la vie politique du pays. Comment pourrait-on d’ailleurs être d’avis contraire et prôner la pérennité d’un système continuant à privilégier une omniprésence masculine pour diriger les affaires de l’État ? Dans une société égalitaire, profondément ancrée dans le troisième millénaire, et où hommes et femmes sont décrits comme égaux, autant dans la Constitution que dans la déclaration des Droits de l’homme, il serait en effet inconcevable d’adopter ce type de point de vue. D’où la question qui fâche : combien de candidates les partis doivent-ils aligner en vue des élections et combien de sièges devrait-on allouer à l’Assemblée à la gent féminine ?

Au vu de la position la plus répandue sur la question – à savoir octroyer un certain quota de femmes, qu’il revient encore à convenir –, position, s’il n’en est, pas uniquement adoptée à Maurice mais dans un nombre de plus en plus important de démocraties du monde, nous devrions plutôt commencer par nous inquiéter de la terminologie employée, en l’occurrence celle justement de “quota”, voire de “représentativité”, laquelle renvoie inéluctablement dans ce cas précis à celle d’une “minorité”. Or, il est admis, et ce quelles que soient les origines des études démographiques entreprises dans le monde, que les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Dès lors, pourquoi évoquer la question de “quota” ? Appartenir au beau sexe ne s’apparente en effet aucunement à une ethnie, une religion ou une position sociale particulière.

La véritable question à se poser, au risque d’en fâcher certain(e)s, est donc en réalité de savoir comment initier un système où la question du quota n’existerait pas, et donc où les femmes seraient jugées selon leurs compétences plus que sur leur assemblage chromosomique. La politique, tout comme tous les autres secteurs pourvoyeurs de postes à responsabilités, ne devrait en effet jamais devoir se poser la question de ce genre de répartition. Or, c’est exactement le contraire auquel nous assistons aujourd’hui. Au nom de la bienséance, du politiquement correct, de l’égalité et de la démocratie, nos gouvernements, instances décisionnelles et entreprises doivent désormais suivre de nouveaux diktats et contenir en leur sein des contingents prédéfinis de femmes, de membres de certaines communautés, de personnes handicapées, etc. Avec le risque, bien entendu, que certains n’occupent leur poste que du fait de leur appartenance aux groupes précités. Ce qui est tout bonnement illogique !

Dans le cas précis des femmes, il ne s’agit en réalité aucunement d’une minorité qu’il convient à tout prix de préserver et de protéger. En tant qu’êtres humains, les femmes, tout comme les hommes, sont autant pourvues de qualités que de travers, lesquels sont liés à leur espèce, et non à leur genre. Mais aussi de compétences n’ayant strictement rien à voir avec leur sexe. Aussi, au nom de l’égalité pour laquelle celles-ci se battent depuis tant de décennies, instaurer un système de représentativité féminine paraît totalement anachronique et dénué de tout fondement logique. Pourquoi en effet devrions-nous nous satisfaire d’un gouvernement qui imposerait 25 ou 30% de femmes dans la constitution de son cabinet ? Pourquoi pas 100% ? Ou, autre extrême, pourquoi pas 0% ? En d’autres termes, pourquoi s’imposer une limite ? L’important n’est-il pas que les bonnes personnes occupent les bonnes places, quels que soient leur ethnie, leur religion, leur statut social ou leur sexe ? Accorder un nombre défini de sièges aux femmes nous éloigne assurément du concept d’égalité que l’exercice de comptabilisation et de représentativité entend prétendument corriger. C’est ridicule !

La véritable question à se poser est de savoir comment attirer davantage de femmes à s’intéresser à la chose politique et, ce faisant, de les pousser à s’investir dans cette voie. Le pays – et d’une manière plus large, le monde – ne gagnerait-il pas à voir débarquer davantage de femmes dans l’arène politique ? Sans aucun doute, celles-ci – munies de leurs bagages académiques et professionnels tout autant que de leur sensibilité et de leurs visions – constitueraient un “plus” indéniable, une ressource intellectuelle dont il paraît idiot de devoir se passer, qui plus est pour des raisons de quotas que l’on se serait imposés.

Reste que nous sommes loin encore de cet idéal. Le fait est que, pour l’heure, les femmes, bien que de plus en plus professionnellement actives, restent aussi plus nombreuses que les hommes à s’occuper des enfants et à gérer le foyer. Accepter ce fait n’a rien à voir avec l’apparente misogynie de l’auteur, mais bien avec la dure réalité de notre société moderne. Et rectifier cette injustice imposée par Dame Nature et l’arrogance masculine risque d’être plus laborieux que de débattre de questions au final plus que stériles.

Michel JOURDAN