« Edge effects, Mauritius » est le titre de l’exposition d’art contemporain qui prend place du 29 juillet au 2 août dans l’enceinte de la Citadelle, sous le commissariat de la Canadienne Celina Jeffery. Nirveda Alleck et Shiraz Bayjoo pour Maurice, Gemma Copp et Alex Duncan pour le Royaume-Uni et Diana Heise qui nous revient des États-Unis exprime leurs propres analyses et leur ressenti sur l’érosion, la désagrégation et la disparition progressive du littoral sous l’effet du réchauffement climatique, dans cette nouvelle ère que beaucoup appellent l’Anthropocène !
« Ephemeral coast » est le concept général du projet de Celina Jeffery qui propose aux artistes de différents pays de créer des oeuvres d’art, réaliser des gestes artistiques, des installations ou des performances, en s’inspirant de ce rivage ou ce littoral qui devient à de multiples titres l’indicateur des changements géographiques radicaux qui résultent de la dégradation de l’environnement, de l’impact humain sur la vie de la planète et du changement climatique.
Côtes éphémères est bien le terme approprié pour caractériser ces lignes pourtant précisément dessinées sur des cartes géographiques actuelles, pour permettre aux humains de se représenter le monde… Le rivage, ou encore l’estran qui marque la ligne maximale des marées, ne cessent de bouger et changer de forme. La matière qui fait le rivage se dissout dans l’océan, certes sous l’effet de la montée des eaux liées au réchauffement climatique mais aussi sous celui du bétonnage massif des côtes — notamment dans les pays touristiques — des activités industrielles avec leurs différents effluents, des eaux de ruissellement de moins en moins naturelles qui lessivent en quelque sorte nos terres, et des innombrables déchets rejetés à l’eau qui formeraient à eux seuls une sorte de sixième continent !
Outre l’exposition réalisée en Galles du sud avec quatre artistes particulièrement impliqués sur les questions environnementales et la gestion de l’espace, le magazine Drain a aussi consacré un numéro spécial en ligne depuis le début de l’année, au thème du « Junk ocean ». Publié par Celina Jeffery et Ian Buchanan, ce magazine met en lumière le travail d’une grande variété d’artistes, d’auteurs, de rédacteurs et penseurs sur les catastrophes dont les océans deviennent le théâtre, qu’il s’agisse de la profonde dégradation environnementale, ou de la tragédie des migrants en fuite qui traversent les eaux au péril de leur vie. À consulter sur www.drainmag.com.
Le concept des côtes éphémères devrait relier différents espaces côtiers à travers le monde, du Royaume-Uni, du Canada, de Maurice, d’Australie et des États-Unis. En attendant que cette boucle soit bouclée, le tour de Maurice est venu, avec un lieu emblématique de la capitale, qui semble à l’abri de l’érosion côtière du haut de sa colline… Spécialiste des performances et de la vidéo d’art, Gemma Copp a déjà collaboré au projet gallois, de même que son compatriote, le célèbre artiste multimédia Alex Duncan. L’américaine Diana Heise a marqué le public mauricien il y a quelques années à travers un documentaire remarquable où elle fait en quelque sorte renaître la confection à l’ancienne de ravannes en peau, réalisé en collaboration avec le groupe Abaim. Fondant toutes ses créations sur une observation sensible des individus dans leur environnement, elle se penche cette fois-ci, à nouveau sous la forme d’un film, sur « Lamer nou fer », la mer que nous faisons, à Maurice sur nos côtes et dans nos lagons. Nirveda Alleck prépare des installations vidéo et photo et pourrait proposer une performance au soir du vernissage. Basé à Londres mais revenant régulièrement à Maurice, Shiraz Bayjoo poursuivra ses recherches liées à l’impact de l’histoire coloniale, des migrations, du commerce sur l’identité collective du pays, en se concentrant cette fois sur la question littorale. Nous reviendrons prochainement sur les travaux de ces artistes.