L’Institute of Contemporary Art Indian Ocean (ICAIO) a inauguré cette semaine une seconde exposition consacrée cette fois-ci à neuf artistes africains (sud-africains, égyptiens et du Swaziland…) dont la directrice artistique Sally Couacaud a choisi dix-sept oeuvres. Toutes ont pour point commun de faire partie de la collection privée de Salim Currimjee, le fondateur de l’Institut. Inaugurée mardi dernier, « Material matters » est ouverte au public jusqu’au 27 novembre, à Port-Louis.
La majorité des artistes représentés dans l’exposition Material matters, new art from Africa sont sud-africains, reflétant le dynamisme de la création contemporaine de ce pays depuis quelques années. Collectionneur de longue date, Salim Currimjee a acquis ses premières oeuvres sud-africaines en 2006. Se concentrant sur le thème des matériaux pour parcourir l’ensemble de sa collection, Sally Couacaud a finalement resserré son choix uniquement sur les oeuvres en provenance du continent africain, pour ne pas surcharger l’espace d’exposition, avec ces travaux qui sont pour la plupart de grand format. En proposant un regard transversal sur neuf artistes, dont une à trois oeuvres sont montrées, cette exposition propose une première introduction au langage visuel et au style de chacun, mais ne saurait donner une vision complète de leur travail. Il est probable que des expositions ultérieures permettent de revenir sur chacun d’entre eux et de les rencontrer.
Activisme gay avec la photographe Zanele Muholi, regard sur les petites gens avec Lynette Yiadom-Boakye, oppression et même « mythologie du viol » avec Mawande Ka Zenzile, les thèmes évoqués peuvent concerner comme le souligne Sally Couacaud l’histoire de la violence dans nos sociétés, l’identité sexuelle et l’exploitation de la pornographie, tout autant que dans d’autres cas des thèmes plus universels tels que la représentation culturelle puisée dans les cultures ancestrales (Nandipha Mntambo), ou encore une remise en question de la hiérarchisation occidentale entre un art considéré élevé en opposition à un artisanat faible… L’utilisation de matériaux aussi ordinaires que le caoutchouc de pneu, des tuyaux ou des rubans chez par exemple Nicholas Hlobo ou encore celui du polystyrène chez Wim Botha amène aussi à reconsidérer la dite noblesse de certains matériaux. N’est-ce pas l’usage qui permet de la décréter ?
Les artistes utilisent ici les matériaux les plus inattendus. Avec Zander Blom, le médium de l’artiste devient lui-même objet d’art dans une installation qui présente entre autres ses palettes et chaussures recouvertes de peinture usagée. Non seulement des néons, du fil, des rubans, de la toile, des boutons ou des objets métalliques sont détournés pour un usage artistique, mais aussi des matières organiques telles que la bouse de vache, ou encore le sang humain, puis la peau, les poils et les sabots de bovins… « Parfois manifestant un excès de pertinence, à d’autres moments apparemment en contradiction avec le coeur de la question posée ces oeuvres en provenance d’Afrique avec leur utilisation imaginative des matériaux permettent de se déplacer dans le monde immatériel — des idées et des émotions, de l’association et la mémoire — et en même temps ils nous fournissent des métaphores puissantes et poétiques de la condition humaine. » Sally Couacaud conclut sa note par ses mots.
Spécialiste de l’art contemporain, elle a partagé l’essentiel de sa vie d’adulte entre Maurice et Sydney. En Australie, elle a été directrice d’un festival de vidéo, d’un centre d’art ou encore conservatrice au Sydney Open Museum. Elle a également organisé des expositions en Nouvelle-Zélande, au Japon et aux États-Unis, et se rend régulièrement sur le continent africain depuis 1967.