Si Maurice compte de talentueux artistes, ces derniers peinent souvent à se singulariser. La singularité appartient aux intuitions intimes et permet de montrer des oeuvres novatrices. En marge de son exposition « Mettre un terme », qui sera inaugurée à l’Institut français de Maurice, le 3 avril 2015, Ismet Ganti livre ses idées sur les pratiques des artistes mauriciens, performeurs, peintres, dessinateurs, sculpteurs, dont les oeuvres, présences singulières, auraient dû signaler un passage ou une existence à chaque nouvelle exposition. Ismet Ganti note que « ce qui est aujourd’hui dénommé Art Moderne ou Art Contemporain, prétend à la singularité seulement par la description et le code faits par l’Artiste. Les oeuvres en elles-mêmes se situent loin de la volonté de leurs auteurs. Sans mentionner que très souvent, les arguments pour soutenir le discours sont tirés par les cheveux. Propos subjectifs n’ayant pas ou peu de pertinence philosophique ou scientifique… » Il déclare aussi que les oeuvres restent parfois isolées de la production de l’artiste. Après des questions à point nommées posées en avril 2010 à la visite d’une exposition de groupe, Ismet a choisi de nous faire voir de très belles oeuvres, travaux graphiques, installations, inédites pour la plupart, parfois historiques, des oeuvres en chantier, qui constituent le chapitre 1 d’une série d’expositions à venir. Le but est de montrer des pratiques artistiques qui se situent les unes par rapport aux autres et permettent de comprendre l’évolution de l’artiste. Une atmosphère de convivialité, de citoyenneté, de dessin dans cette première série présentée. Paysages, portraits abondent, mais pas seulement. Aujourd’hui, ce peintre inscrit davantage l’interrogation au coeur de son art et signe « Mettre un terme » signifiant « une toute nouvelle manière, prenant en considération la pensée sous-jacente d’une oeuvre et son aspect physique extérieure. Ainsi, si je suis appelé à montrer une seule oeuvre dans une exposition de groupe, cette pièce unique doit pouvoir se démarquer de l’ensemble de l’exposition, et cela de manière forte. Que le sujet, le traitement, et l’objet final soient capables de provoquer une interaction, d’interpeller le spectateur… » Ismet Ganti développe plus loin des réflexions sur l’art contemporain : des thèmes qui n’ont rien à voir avec la pratique artistique, la représentation au premier degré, une technique qui ressemble à du patchwork, des couleurs criardes. Il conclut que « le résultat final se résume en une vaste production sans goût, n’ayant aucun sens, aucune finalité, et d’une pauvreté absolue. L’Art Contemporain est un non-sens intelligent et voulu en réponse au dérèglement social. Ce dérèglement est le fruit des politiques du mensonge mises en place pour opprimer, asservir et instituer un pouvoir total sur tout et tous les peuples… » L’Art Contemporain est cette parole active, un outil pour arrêter et combattre l’enfermement. Dire non au formatif… ajoute-t-il, entre autres points développés. Ismet Ganti tente de mettre en pratique ses réflexions en poursuivant un questionnement stylistique, en variant les manières de faire, ses travaux allant d’une expression très graphique à une autre plus classique. Son sujet se trouve projeté entre les lignes d’un texte au coeur de la toile. Chacune de ses oeuvres, comme autant de fables, multiplie les possibilités d’interprétation : l’image devient énigmatique, Ismet ouvre un espace, se détache de son oeuvre. Libre au spectateur d’y loger une pensée. On éprouvera, en voyant ses oeuvres, le plaisir d’une dynamique de composition, une harmonie colorée, des mots typographiés. Le tout accompagné de corrélations, de connexions. La dimension narrative semble moins l’intéresser que ce qui se produit entre une oeuvre et ce qu’elle nous raconte. Et, Ismet Ganti renverse le credo conceptuel dans l’art contemporain, bouscule les modèles et assume le titre de son expo « Mettre un terme ».