L’architecte et peintre mauricien, Salim Currimjee, vient de lancer un projet artistique ambitieux : l’Institute for Contemporary Arts, Indian Ocean (ICAIO). Il s’agit d’une fondation à but non lucratif qui a pour objectif d’organiser des activités visant à faire découvrir l’art contemporain. La première activité de cette nouvelle fondation aura lieu à partir du 20 mai avec la venue de l’artiste indienne de renommée internationale, Nalini Malani, pour animer une série de rencontres et tenir une exposition de quelques-unes de ses oeuvres. Rencontre avec l’initiateur de cet ambitieux projet.
Salim Currimjee réfléchit depuis plusieurs années sur la création de l’ICAIO et dont il définit ainsi l’idée principale. « Maurice était autrefois connue comme étant l’étoile et la clef de l’océan Indien, elle était au milieu des routes et reliait les continents et les pays qui nous entourent. Au fil du temps, différentes cultures se sont installées et se sont développées dans l’île pour donner naissance à une génération qui a puisé dans ces valeurs culturelles multiples pour imaginer de nouvelles idées, des nouveaux moyens d’expression, y compris artistique. Je pense qu’en mettant l’emphase sur le développement artistique on peut également aider au développement économique et participer à l’effort qui consiste à faire de Maurice le centre de cette partie du monde. » Ce projet a été présenté à la famille Currimjee qui l’a soutenu et accepté qu’une partie d’un bâtiment qu’elle possède à la rue Desforges — où Salim a installé son bureau d’architecte — soit transformée en galerie d’art contemporain. Pour développer et gérer le projet ICAOI, Salim a alors créé une fondation. Pourquoi avoir choisi de créer une fondation réservée à la diffusion de l’art contemporain ? « Parce que c’est un domaine que je connais, que j’ai étudié et dans lequel je m’exprime artistiquement. » En effet, en dehors d’exercer le métier d’architecte, Salim Currimjee est également un artiste contemporain qui a exposé ses peintures à Maurice et à l’étranger. Depuis quatre ans, il est membre de la commission d’acquisition pour l’Afrique de la Tate Modern Galery de Londres, ce qui lui a ouvert les portes du milieu artistique international. « L’ICAOI est un point de départ, et l’accueil qu’il va recevoir et l’avenir nous diront s’il faudra lui ajouter d’autres branches artistiques. Après, en cas de demandes, on pourra développer des synergies avec d’autres branches artistiques. Pour moi, cet institut pourrait se développer comme une ourite dont les pattes vont s’ouvrir au fur et à mesure. Pour le moment, nous allons démarrer avec une activité qui aura lieu trois à quatre fois par an. » Cette activité consistera à inviter un artiste contemporain international, venant de la région océan Indien pour un séjour à Maurice au cours duquel il aura des rencontres avec des enfants, des étudiants, des artistes et le public en général, donnera une conférence et tiendra une exposition de ses oeuvres. Il est également possible que l’artiste invité décide de travailler sur un thème lié à Maurice pendant son séjour. L’exposition aura lieu dans une partie du cabinet d’architecte de Salim Currimjee, situé à la rue Desforges, qui est actuellement transformée en galerie d’art contemporain.
Les activités de l’institut seront gérées par la fondation dont les comités de direction regroupent des artistes, des collectionneurs et des hommes d’affaires qui ont été invités à contribuer au financement des activités. Salim Currimjee a déjà organisé un programme pour lancer les activités de son Institut. A partir de fin mai, il y aura une exposition d’art contemporain à Maurice tous les trois mois. Pourquoi avoir choisi de restreindre l’action de l’Institut aux pays de l’océan Indien ? « L’île Maurice, en raison de son passé, des origines de son peuplement, des courants culturels qui la traversent, est le pays idéal pour ce projet. Le mélange culturel volontaire et involontaire est une richesse que nous devrions savoir utiliser. Un des objectifs de l’Institut est de mettre l’accent sur l’existence et la richesse de l’art contemporain dans les pays de l’océan Indien. Il est temps de mettre fin à la perception — entretenue — que tout vient du Nord vers le Sud, que l’art ne peut venir que des Grecs, des Romains et de leurs descendants européens. Maurice est un endroit magique qui a beaucoup à donner dans le domaine de l’art et on n’utilise pas ce côté. Après avoir été l’étoile et la clef de l’océan Indien Maurice est aujourd’hui son cultural weaver. Nous commençons avec l’océan Indien, mais tout peut évoluer et nous pourrions faire appel à des artistes dépassant le cadre des pays de l’océan Indien. En art rien n’est figé. » Parmi ces expositions il y en aura quelques-unes présentées par un des Curators de la Tate Gallery qui va choisir des tableaux de la collection personnelle de Salim Currimjee et des oeuvres d’artistes mauriciens contemporains. La première activité de l’ICAOI débute à partir de la semaine prochaine avec la venue de Nalini Malani. Toutes les expositions resteront ouvertes pendant trois mois, ce qui permettra aux écoles et collèges d’organiser des visites et d’inclure l’ICAOI dans le parcours culturel de la capitale qui est en train d’être mis en place. Au mois d’août, l’Institut accueillera le photographe sud-africain Peter Hugo. « Comme Nalini Malini, Peter Hugo est un artiste que je connais personnellement et qui a accepté de soutenir le projet en nous donnant dix jours de son temps. Peter Hugo, qui est déjà venu à Maurice comme touriste, envisage de faire un livre sur le pays. Pour sa part Nalini, s’intéresse à l’Aapravasi Ghat. Leurs travaux, inspiré de ou par Maurice, pourraient avoir des retombées positives pour le pays. »
La première artiste invitée de l’ICAIO est Nalini Malani, artiste pluridisciplinaire indienne à la réputation internationale. Née à Karachi, elle a vécu dramatiquement la partition de l’Inde avec le Pakistan qui continue à imprégner son travail artistique. Elle a fait des études de peinture à Mumbai où elle a participé à des travaux de groupe et en soliste. Bénéficiaire d’une bourse du gouvernement français, elle a étudié l’Ecole des Beaux-Arts de Paris avant de revenir en Inde. Après ses études de peinture, elle a travaillé dans le cinéma et le théâtre dans le courant des années 1970 et s’est intéressée à l’utilisation des techniques modernes dans son oeuvre. Elle est une des pionnières de la création artistique expérimentale à travers la vidéo en Inde et a créé un style qui mélange le dessin, l’impression, l’image vidéo, le texte, la voix, le son et la musique. Voici une présentation de l’artiste disponible sur son web-site : « She has established a strong international reputation as an interdisciplinary  artist of sensitivity and intelligence who expands the possibility of figuration and the narrative within contemporary, historical, political and imaginary contexts. Malani is an artist dedicated to issues of personal, social,  feminist and ecological justice and she stretches media and aesthetic boundaries. Her explorative investigation of female subjectivity and her profound condemnation of violence – in is insidious and mass forms – is a constant reminder of the vulnerabilities and precariousness of the life and human existence. Her works exists as a temporal and corporeal confrontation of the past, present and future, and a dynamic synthesis of memory, fable, truth, myth, trauma and resistance. » Les oeuvres de Nalini Malani ont été exposées dans plusieurs musées d’art moderne, dont ceux de New York, de Dublin, de Sydney, de Paris, de Genève et, bien entendu, à la Nouvelle Delhi et dans les grandes villes indiennes. Elle a également participé à des expositions de groupe dans plusieurs galeries européennes, américaines et asiatiques. Ses oeuvres font partie d’expositions permanentes de plusieurs galeries internationales et de collections privées. Au cours de son séjour à Maurice qui aura lieu à partir du 18 mai, Nalini Malani aura des rencontres avec des enfants de certains centres d’animation, donnera une Master Class aux élèves des écoles des Beaux-Arts du MGI et de l’Institut Rabindranath Tagore et une conférence publique le mercredi 20 mai à 18 h à l’Institut Français de Maurice. Au cours de son séjour, Nalini Malani aura l’occasion d’assister à l’ouverture du Salon de Mai, au MGI et de procéder à l’ouverture d’une exposition de ses oeuvres à la galerie de l’ICAOI, à Port-Louis, le jeudi 28 mai, à 17 h 30. Beau programme pour le démarrage de l’institut lancé par Salim Currimjee.