Simon Back est de ces peintres qui savent se faire désirer en demeurant discret et en délivrant leur création avec mesure et parcimonie. Dix-huit ans après son installation ici avec son épouse mauricienne, il offre actuellement son troisième solo mauricien, sous le titre Vessel, à la galerie Imaaya, à Pointe-aux-Canonniers. À visiter jusqu’au 10 octobre.
Charlie d’Hotman qui avait accueilli la première exposition mauricienne de Simon Back en 2009, se souvient avoir observé des photographies les couches très épaisses de peinture que l’artiste étalait dans ses oeuvres de jeunesse. S’il a maintenu le principe de superposer les couches de peinture et de les enchevêtrer dans un savant équilibre en fond avec de discrets dessins au trait, elles sont devenues de plus en plus fines et délicates, ce qui permet notamment de jouer sur les transparences, de cacher et enfouir des parties de tableaux, ou encore de dissimuler pour mieux révéler.
Aussi, quand on devine un travail de réflexion ou d’introspection particulièrement assidu, voire une exigence tourmentée, l’alchimie de la création aboutit pourtant à des oeuvres le plus souvent dépourvues d’agressivité, dont les couleurs douces et nuancées renvoient aux grands espaces submergés de soleil de ce continent qui manque tant à notre imagination. La couleur vive, comme le vermillon par exemple, s’applique sous la forme d’une touche ou d’un trait le plus souvent, dont la taille et le mouvement semblent aussi mesurés et essentiels qu’un souffle, et pas plus encombrants.
La permanence des vastes aplats, la persistance des surface blanches, qu’on peut ajouter au voile blanc qui atténue une teinte ou floute un motif, figurent cette préoccupation de pouvoir poser son regard sur des lignes et des surfaces infinies que dans l’île, seuls la mer et le ciel peuvent satisfaire.  Des objets vitaux du quotidien qu’il dessinait d’un trait faussement gauche — coupe de fruit, fauteuil, couverts — le peintre semble passer aux concepts comme la roue, ou comme l’indique le titre de l’exposition, Vessel, qui s’il désigne un vaisseau, devient surtout récipient, cette forme ovale et ouverte du contenant, qui se fait bol, tasse, ou coque de bateau certes, mais aussi à d’autres moments, tête à la verticale ou au repos. Le contenu est le plus souvent invisible mais il importe d’avoir un contenant pour le préserver…
L’aspiration aux grands espaces et ce souci presque fétichiste des objets ordinaires du quotidien ont peut-être à voir avec le natif du Zimbabwe qui a quitté son pays comme on quitte son enfance, avec toujours fiché au coeur le fol espoir d’y revenir le plus vite possible. Le peintre a non seulement développé l’étendue de sa palette et nuancé ses coloris, mais il a également enrichi son usage des matières, en ajoutant en collage des pièces de tissus damassés dont les motifs floraux en relief peuvent parfois être rehaussés d’une teinte ou partiellement soulignés au noir. Alors qu’il mixait d’épaisses couches d’acrylique à ses débuts, après les avoir affinées aux confins de la limpidité ensuite, il les sépare aujourd’hui grâce à la superposition de plaques de plexiglas devant la toile qui renforcent chaque élément en le rendant autonome, crée des effets d’ombre, le tout s’embrassant d’un seul regard dans un parfait équilibre.