« La traversée » pour raconter chaque jour de la vie, pour symboliser les allées et venues en pensée ou très concrètement entre Maurice, le pays natal, et l’Afrique du Sud, le pays adoptif, ou encore la traversée en soi que représente la préparation d’une exposition, véritable introspection créative. Dans cette exposition de Dominique Espitalier Noël, « Traversée » est aussi une gravure en noir et blanc où la pensée s’associe au voyage. Gravures à reproduction limitée ou peintures originales sur papier ou toile, quarante-trois oeuvres sont présentées jusqu’au 23 décembre, à la galerie Imaaya, à Pointe-aux-Canonniers.
À mi-chemin entre la figuration libre et l’illustration onirique, les oeuvres de Dominique Espitalier Noël évoquent, dans « La traversée », les rêves et les émotions de l’individu, à travers des personnages imaginaires. En 2005, pour sa première exposition à Maurice, elle avait présenté des tableaux originaux en technique mixte. Cette fois-ci, la moitié des oeuvres sont gravées, sur cuivre ou sur linoléum, technique qu’elle a pratiquée avec beaucoup d’assiduité pendant près d’un an. Elle présente les fruits de ce travail, à côté de peintures à l’acrylique sur toile ou sur papier, et de quelques dessins à l’encre de Chine.
Dominique Espitalier Noël s’est s’installée au Cap en 1990, y trouvant une liberté et un espace d’expression, physique et mental qui lui conviennent bien par rapport à Maurice où elle étouffait. Cette expatriation lui a permis aussi de vivre les années passionnantes de la libération de Nelson Mandela, de son accession au pouvoir et du démantèlement progressif de l’apartheid. Dans ses oeuvres, elle raconte plutôt les petites libérations, celles des êtres ordinaires puisant en eux-mêmes pour briser leurs chaînes intérieures et dépassent leurs souffrances, aidés par ceux qui les entourent. Cette exposition marque aussi le début d’une nouvelle vie, où elle devient artiste à temps plein, après avoir travaillé dans le commerce d’antiquités et d’artisanat africain pendant des années.
Plus de la moitié des oeuvres étant des gravures, le visiteur peut bien sûr se concentrer sur l’aspect technique, voir la finesse des traits et les nuances d’impression dans une gravure sur cuivre par rapport à une gravure sur linoléum, découvrir les propriétés de l’eau forte et le jeu des acides, ou encore chercher la part de hasard dans un travail réalisé à main levée. Mais cet aspect est secondaire en regard des aventures des petits personnages imaginaires que Dominique Espitalier Noël met en scène dans ces travaux. Contrairement aux pictogrammes très stylisés d’un Keith Haring, ces derniers évoluent beaucoup d’une pièce à une autre, symbolisant souvent l’artiste elle-même lorsqu’elle évoque son vécu, ses émotions, ou représentant des êtres phares de la vie, des sages ou des amis, et parfois des guerriers ou la mort incarnée par un « tonton macoute » ici, une sorte de baron Samedi maléfique. Le tout compose une exposition éclectique, dans ses sujets, ses techniques et même ses styles.