Ces présentes vacances scolaires sont marquées par deux ateliers de poterie au Rabindranath Tagore Institute (RTI) animés par le céramiste indien Manoj Kumar Prajapati, professeur à la faculté des Beaux-Arts à l’Université Shantiniketan, en Inde. Le premier était destiné aux professeurs d’art et le second, aux élèves du MGI/RTI. Une initiative de la responsable de l’institution, Mala Chummun Ramyead, qui souhaite y introduire cet art millénaire.
Travailler sur des plaques d’argile, fabriquer un objet dans la même matière sur une roue de potier ou sans outils de professionnels mais simplement en pinçant la matière du bout des doigts ou en l’enroulant avant de le monter… Ce sont autant de techniques auxquelles ces étudiantes ont été initiées pendant deux semaines. Les motivations de chacune diffèrent. Certaines ont suivi la formation pour meubler leurs vacances de manière constructives et créatives alors que d’autres ont choisi d’élargir leur champ d’application de l’art et de l’artisanat. « C’est très intéressant », affirme Tavishee, 14 ans. À Rushmika de renchérir : « Cela me permet de passer des vacances intéressantes en développant mon côté créatif ».
Pour Hemlata Bucktawar, formatrice en artisanat divers à la National Institute for Cooperative entrepreneurship (NICE), c’est une compétence de plus qu’elle ajoute à son escarcelle artistique. Entrepreneure enregistrée auprès du National Women Entrepreneur Council (NWEC), Sheela Ramchurun s’est toujours intéressée à la céramique. « Depi tou le tan, mo ti anvi fer lalamp later. Kan monn aprann ki ena sa cour la, monn interesé », affirme notre interlocutrice qui a suivi d’autres formations au RTI dont l’atelier de Madhubani. Âgée de 60 ans, elle soutient : « On ne finit jamais d’apprendre ». Sheela Ramchurun souhaiterait fabriquer des objets en argile qu’elle pourrait vendre. « Me nou bizin koné kot pou aster materyo et gagn enn four pou kui ». Car, la cuisson est très importante, affirme le professeur. « The first cooking is very important, else the work may break », explique-t-il.
Les étudiantes de Manoj Kumar Prajapati ont, d’abord, eu droit à une présentation théorique de l’art céramique avec les différentes techniques. Ensuite, après démonstration, elles ont été appelées à les travailler. La première séance pratique était réservée à la compréhension de la matière. Pour réussir son travail, il est important de bien malaxer l’argile car, toute présence d’air briserait l’objet lors de la cuisson. Le professeur indique que l’argile est cuite à basse température dans un premier temps. Si l’on souhaite décorer l’objet, la couleur est appliquée soit au moyen d’un pinceau, soit par lustrage. « Il s’agit d’une composition de différents oxydes dans laquelle on plonge l’objet », fait-il ressortir. Il est ensuite cuit une deuxième fois et la température dépend de la composition utilisée. « It can be fired either at 1 050 degrees Celsius or 1 250°C », dit notre interlocuteur en précisant qu’en général, lorsque le céramiste achèt la solution déjà préparée en magasin, « la température et le temps de cuisson y sont précisés ».
Cette première journée portait aussi sur la technique de l’enroulement. C’est avec émerveillement que les étudiantes ont découvert la texture de la matière et les possibilités créatives qu’elle leur offrait.
Le lendemain était réservé à la technique de sculpture sur plaque. Une expérience fort appréciée qui leur a permis de créer un tableau, un jour plus tard.
Pendant la matinée du troisième jour, Manoj Kumar Prajapati a effectué une démonstration du travail sur la roue du potier. Il a suivi les étudiantes les unes après les autres afin qu’elles puissent centrer la matière sur la roue. Une condition sine qua non pour réussir son travail. Deux roues avaient été mises à la disposition des étudiantes pour la pratique. Pendant ce temps, les autres s’adonnaient à la pratique du « punching », qui consiste, comme son nom l’indique, à pincer la matière pour lui donner forme. Un premier exercice de groupe avait été organisé, ensuite, chacune était appelée à fabriquer un objet en utilisant les moyens du bord.
Les jours suivant, plus à l’aise sur la roue, elles ont tenté de produire leurs premiers pots en terre que le professeur a mis à cuire dans un four traditionnel, fabriqué à partir de briques et de terre dans la cour de l’établissement. « Il faut d’abord laisser sécher l’objet, ensuite on le met au four. Pour s’assurer d’une bonne cuisson, il faut allumer le feu en dehors du foyer d’abord. Lorsque toute l’humidité de l’argile est évaporée, on le pousse à l’intérieur pour la cuisson », soutient le professeur en précisant que le feu ne touche pas directement le produit. « On place des morceaux ou des plaques de céramique sur la grille, on y met les travaux et on les recouvre une nouvelle fois avec la même matière ». Cette première opération nécessite environ quatre heures de cuisson.
Alors que leurs objets étaient dans le four, des bruits se faisaient entendre : « pok, pak… ». L’on échangeait des regards complices, craignant que ce soit le son des objets se brisant sous la chaleur. Ce n’est que lundi matin que les étudiantes découvriront si elles ont réussi, ou pas, leurs oeuvres !