Un groupe d’artistes s’est réuni hier pour discuter de la situation dans le domaine de la culture actuellement. Cette démarche fait suite à des nominations qualifiées de « scandaleuses » à la Rights Management Society (RMS) et du spectacle « amateur » présenté le jour de la fête de l’indépendance. Ils ont décidé de rédiger une pétition à l’attention du Premier ministre et du ministre de la Culture, pour réclamer plus de transparence dans les nominations et plus de respect pour les artistes professionnels.
Ils étaient une dizaine pour cette première rencontre qui devrait jeter les jalons pour une fédération plus large dans les jours à venir. Parmi eux, des professionnels de la danse, comme Jean-Renat Anamah, Anna Patten et Stephen Bongarçon ; des chanteurs Ras Natty Baby et Tony Farla ; le musicien Shakti Shane Ramchurn et l’auteur Sedley Richard Assonne. « Ce n’est pas la quantité, mais la qualité qui compte, devait d’emblée faire ressortir ce dernier, tout en précisant : nous avons beaucoup d’autres derrière nous, mais qui ne peuvent être présents aujourd’hui. »
Ces artistes ne veulent pas passer sous silence les derniers événements qui secouent le milieu artistique. « Nous avons tous été choqués d’apprendre qu’un jeune de 22 ans a été nommé à la présidence de la Rights Management Society. Qui est-il ? Connaît-il le milieu artistique ? Que sait-il du monde de la production et des droits d’auteur ? », se demande Sedley Richard Assonne.
Ce dernier ajoute qu’après les moments difficiles liés à l’adoption d’une nouvelle Copyright Act où les artistes se sont vus « dépossédés de leur bien » (ndlr : la MASA House, achetée avec l’argent des artistes est passée sous la gestion du ministère de la Culture), on s’attendait à ce que le nouveau gouvernement apporte une bouffée d’air frais. « Mais on constate que ce sont ceux qui ont fait campagne pour l’alliance Lepep qui sont privilégiés. » Il cite en exemple, Arno Calou, nommé lui aussi à la RMS, avec Jean Alain Résidu. « Quelles sont les compétences de ces personnes ? », s’interroge Sedley Assonne, tout en rappelant des enquêtes en cours et l’existence d’une compagnie qui pourrait relever du conflit d’intérêts.
Les artistes se demandent ainsi « où sont passées les promesses électorales de l’alliance Lepep pour plus de transparence et d’équité ? » Ils déplorent également le fait que « la politique soit en train d’empiéter sur la culture, avec les nominations des agents dans différents milieux. »
L’autre sujet de contestation est le spectacle présenté lors de la fête de l’indépendance. Les professionnels présents le qualifient « d’amateur » et regrettent qu’un tel spectacle ait été présenté au Premier ministre indien, Narendra Modi. « Il ne s’agissait que d’un défilé des différentes cultures à Maurice, sans aucune conception. À un certain moment, il y avait même quelqu’un qui jouait de la ravanne avec son sac sur le dos… J’ai eu honte d’être Mauricienne ce jour-là. »
Jean-Renat Anamah a, lui, regretté que les compétences ne soient pas reconnues dans ce milieu. « Anna, Stephen et moi-même, par exemple, sommes partis étudier la danse à l’étranger. Nous avons nos diplômes, mais nous sommes toujours ignorés. »
Ras Natty Baby s’est dit en faveur d’un « rappel à l’ordre » pour empêcher ce secteur d’aller à la dérive. « On avait dit qu’on allait faire un grand nettoyage, qu’on allait rendre leurs droits aux artistes et nous attendons toujours. » Un point de vue soutenu par Shakti Shane Ramchurn.
Les artistes ont ainsi décidé de rédiger une pétition qu’ils comptent envoyer au Premier ministre et au ministre de la Culture. Ils souhaitent également une rencontre avec ce dernier pour lui faire part de leurs préoccupations. « J’ai appris dans la presse que peu après sa prise de fonctions, le ministre avait rencontré un petit groupe d’artistes. Pourquoi pas tous les artistes ? La transparence doit primer », dit Sedley Assonne.