Thierry Amery et Jonathan Naigon, tous deux âgés de 24 ans, sont des amis de longue date qui ont une passion commune : l’art. S’ils ont plusieurs cordes à leur arc, chacun a un domaine de prédilection où il réussit particulièrement. Ainsi, si l’un s’est spécialisé dans le portrait au crayon, l’autre s’est orienté vers l’art digital (animation 3D, dessin animé, etc.).
Pendant la période des fêtes, on peut les apercevoir au Caudan. Assis sur leurs tabourets, ils dessinent au crayon les portraits d’hommes et de femmes. Thierry Amery et Jonathan Naigon y rencontrent un certain succès en réalisant les portraits de leurs clients. « Cela nous rapporte un peu d’argent », nous confie Thierry Amery.
Les portraits sont réalisés à partir des photos ou en une seule séance. D’un seul jet, avec comme principal outil un crayon Staedtler 6B. Avec beaucoup de pratique et en travaillant quotidiennement, dessiner est devenu facile pour les deux amis. Thierry Amery nous explique les étapes de la réalisation d’un portrait au crayon, et comment le réussir. « Pour réussir un portrait au crayon, il faut d’abord distinguer sur le visage du modèle les traits caractéristiques sur lesquels le portrait sera construit. Puis, on pose les traits principaux du visage : les yeux, le nez, la bouche. Il faut observer intensément le modèle et choisir les traits les plus importants à faire ressortir, ainsi que les émotions. Le tableau, bien que n’ayant pas le même rendu qu’une peinture, doit être très ressemblant », nous dit Thierry. S’il a une gomme, ce n’est pas pour effacer. « C’est un matériel qui nous permet de donner de la lumière au regard. La gomme est un outil que l’on utilise pour créer des zones plus claires. Elle permet d’estomper ou d’éclairer certaines parties », ajoute-t-il.
Quels sont les difficultés que rencontre un portraitiste ? « Parfois, s’il y a plusieurs visages ensemble, des rides ou de grands sourires, cela peut prendre plus de temps », nous dit Thierry, l’air amusé.
Thierry Amery a un goût prononcé pour les portraits, qu’il soient réalisés au crayon ou peints sur toile. Mais la clientèle est plutôt rare pour les portraits à l’huile. « J’ai réalisé le portrait de Bernini, artiste italien du XVIIe siècle, et une parodie en mettant mon propre visage sur la Mona Lisa de Leonard de Vinci », raconte-t-il. En attendant, ses oeuvres servent de modèle pour les clients. Pour les portraits au crayon, il faut compter une quinzaine de minutes de travail, et pour les portraits à l’huile, une bonne semaine.
Thierry Amery aura fait tout ce que l’on peut être amené à faire quand on aime peindre et dessiner, qu’il s’agisse de peinture, portrait au crayon ou encore de caricatures. Dans son studio à Rose-Hill, il consacre son temps libre à la peinture. Sa source d’inspiration : la femme. « C’est mon thème de prédilection », affirme-t-il. « Puis, je me laisse guider par l’imagination et le feeling. Deux des artistes qui m’inspirent le plus sont l’américaine Katelyn Alain et la britannique Tracy Emin. » Ses peintures à l’huile coûtent entre Rs 4 500 et Rs 5 000.
Les « portraitistes du Caudan » ont un emploi du temps plutôt chargé. Le matin, ils sont au Caudan pour la réalisation de portraits. L’après-midi, ils offrent des cours d’art plastique à domicile, et certains soirs, ils sont présents dans des hôtels pour les soirées événementielles, où ils sont invités à laisser libre cours à leurs talents.
Mais leur travail ne se limite pas qu’aux portraits au crayon. « Nous ne sommes pas enfermés dans un univers », explique Jonathan Naigon. Ainsi, selon leur humeur ou leur sujet, ils vont délaisser le portrait pour la peinture à l’huile ou encore pour la caricature, ainsi de suite.
La vocation première de Jonathan Naigon, c’est d’être un artiste de l’art digital. Vient après son autre activité : celle de faire des portraits au crayon. LE jeune homme ne manque pas de talent, et surtout d’originalité, qu’il s’agisse d’animation 3D, de posters, de publicités, de dessin animé, de montage. Il possède un portfolio très varié démontrant l’étendue de son talent, oscillant entre le concept art, des réalisations 3D et des dessins.
Les deux amis, indéniablement doués pour le dessin, ont ainsi chacun sa spécialité : l’univers digital pour l’un, et le crayon pour l’autre. Grâce à cette connivence artistique, ils ont commencé à travailler ensemble sur divers projets il y a seulement quelques mois. « À la base, on a un script, on développe les caractères puis on envoie sur le software. Moi, je travaille sur un « blender » – un logiciel libre de modélisation, d’animation et de rendu 3D, qui dispose de fonctions avancées de texturing, de rigging, d’armaturage, d’animation 3D, et de rendu. Je scanne les personnages, l’environnement et le storyboard (l’animation et le film en dessin). C’est ce que l’on présente au client pour valider l’histoire. Thierry intervient dans la réalisation des dessins. En fait, on travaille toute la pré-prod ensemble. Pour moderniser les personnages, je mets la texture et lumière, le rigging (l’armature pour l’animation) », explique Jonathan. Le jeune homme puise ses inspirations dans les créations de Stan Lee, créateur d’Iron Man, de Hulk, des Avengers ou de Spiderman.
Thierry et Jonathan sont avant tout des amis inséparables depuis le collège, époque à laquelle ils étaient déjà plongés dans le dessin. Et lorsque la passion persiste, ils ont voulu poursuivre leurs études au département des Beaux Arts du MGI. L’un s’inscrit à la section dessin, et l’autre à l’art digital.
Tandis que Thierry entame sa dernière année en Fine Arts au MGI, Jonathan enseigne pour sa part les arts plastiques dans un établissement secondaire à Beau-Bassin. Comme son ami Jonathan, Thierry aurait pu exercer comme prof d’arts plastiques et percevoir un salaire fixe. Mais il a choisi de prendre des risques. « Je veux vivre de ma passion », affirme-t-il.