Ils sont environ une cinquantaine, tous des artisans qui travaillaient autrefois chacun dans des ateliers improvisés à la maison, sur un coin de terre perdue de l’île ; la sauvegarde de leurs talents était tributaire des aléas de leur vie de petits artisans sans moyens ni marchés. Jusqu’à ce que la Fondation Espoir et Développement et la Fondation Médine Horizons (FED/FMH) ne les mettent en pleine lumière, il y a quelques années, en leur offrant encadrement, formation, financement et surtout la possibilité de placer leurs produits dans les boutiques d’un des fleurons de l’hôtellerie locale, le groupe Beachcomber, entre autres points de vente. Depuis l’année dernière, une nouvelle étape a été franchie : leur regroupement sous un label commun, LocalHands, qui garantit leur authenticité mauricienne, et l’ouverture de leur première boutique à Trou-aux-Biches.
C’est à St-Paul, Phoenix, que démarre le premier atelier sous la tutelle de la FED, en 2006, à laquelle se joindra la FMH comme co-sponsor il y a quelques années. De trois artisanes au départ, il compte aujourd’hui une demi-douzaine de femmes, dont d’anciennes ouvrières d’usines ayant perdu leur emploi à la fermeture de celles-ci, toutes ayant en commun la maîtrise du textile. Cinq jours par semaine, de 9 h à 15 h, ces artisanes, dont certaines viennent de régions aussi éloignées que Bambous-Virieux et Mare-Tabac, se retrouvent pour fabriquer des produits de leur imagination, ou d’autres à partir de commandes spécifiques venant des boutiques des hôtels Beachcomber ou de clients en quête d’un modèle précis. Les diverses techniques de la couture sont explorées, rehaussées de coquillages, de colliers, d’appliques pour confectionner des sacs en tissus, en jute ou plastique, des coussins et couvertures de lit ou de table de spa, des rideaux, traversins, tabliers et serviettes, uniformes d’employés d’hôtels, costumes de séga, et poupées de chiffon… Couplé à de la vannerie ou la sérigraphie, leur savoir-faire produit également des paréos, des nattes de plage, des paniers de toutes utilités possibles.
En sept ans, et à raison d’un soutien financier d’environ de Rs 2 M annuellement des Fondations Espoir et Développement et Médine Horizons, et un fonds d’environ Rs 2,5 M décaissé par l’Union européenne, en 2009, sous le Decentralised Cooperation Programme pour l’achat d’équipements, cinq ateliers d’artisanat ont vu le jour à travers l’île : ceux de poterie à La Gaulette, de vannerie à Anse-Jonchée, de produits en noix de coco à Poudre-d’Or, et de corne de cerf ainsi que de bambou à… Bambous. LocalHands devance le projet Maurice Île Durable par son volet consacré à la récupération et le recyclage, et partant la préservation de l’environnement. De l’inspiration de ces hommes et femmes, naissent des merveilles de créativité, allant du simple porte-clés souvenir aux Vanity Sets fabriqués à partir de cornes de cerf ramassées dans des chassés à la saison où les cervidés perdent leurs bois après la période de rut. Ou encore des bijoux, des coffrets et divers autres produits artisanaux à partir de noix de coco récupérées auprès de nos hôtels, de tiges de bambous collectées dans des chassés de Chamarel… Alors que l’atelier de poterie trouve son argile en Afrique du Sud, où la FED commande spécialement un stock pouvant durer une année ou deux.