À Vieux Grand-Port, dans le Sud-Est, une douzaine de femmes au foyer menées par l’artisan Jean-Pierre Marius font revivre depuis quelques mois déjà le Pandanus utilis, plante dont les feuilles sont utilisées dans la fabrication de toute une variété d’objets utiles et de souvenirs. Une Association des planteurs de Pandanus du Sud-Est a été créée récemment avec l’aide du Mouvement Pour l’Autosuffisance Alimentaire (MAA) en vue de faire revivre cette tradition artisanale, vieille de deux siècles, et qui était jusqu’à tout récemment en voie de disparition.
Fabiola Marius, artisane depuis une vingtaine d’années, dirige ses ouvrières comme une chef d’entreprise qui n’hésite pas à mettre la main à la pâte. Elle accomplit sa tâche comme les autres : enlève les épines des feuilles, avant de les mettre à sécher, coupe les feuilles sèches, les colle sur un moreau de tissu ou sur un carton avant de confectionner les objets commandés par des clients. L’équipe fabrique toute une gamme d’objets allant des nattes anciennes, des sacs, des chapeaux, des mallettes et des cabas et bref, tout ce qui est utile aux gens dans leur vie quotidienne. Mais aussi beaucoup d’objets de souvenirs, dont certains très colorés. « J’ai appris ce métier de ma mère depuis que j’avais huit ans et de ma belle-mère. On est en train de transférer ce savoir-faire de génération en génération chez nous », lance-t-elle. Aujourd’hui, ce métier l’aide dans la gestion de son budget familial car « li amen enn plis dan mo lakaz ». Si elle n’était pas engagée dans cette entreprise, Fabiola Marius aurait été tout simplement femme de ménage. « Mo ti pou res lakaz naryen fer. J’aime mon métier », ajoute cette jeune femme, très enthousiaste.
L’utilisation du Pandanus utilis dans l’artisanat a une très vieille histoire dans cette partie de Maurice. Ce type d’artisanat était connu depuis l’époque des Hollandais, dans les années 1800, mais ce sont des Malgaches qui l’ont introduit sur notre île à l’époque de l’esclavage. Les anciens ont raconté à Jean-Pierre Marius que les esclaves fabriquaient des nattes sur lesquelles ils dormaient et aussi des sacs dans lesquels ils transportaient le sucre avec les feuilles de Pandanus utilis. Des chapeaux pour se protéger du soleil, des sacs de déjeuner et aussi des sacs d’école pour les enfants et beaucoup d’autres objets utiles dans leur vie quotidienne. Mais tout tendait à disparaître lentement avec l’arrivée de l’industrie à Maurice. Eric Mangar, manager de la MMA, indique que les gens ont alors abandonné ce métier pour se faire embaucher dans les usines manufacturières. L’ère du sac en plastique était arrivée.
En même temps, les arbres de Pandanus vieillissaient et étaient attaqués par des maladies. Les matières premières commençaient à manquer. « Les arbres étaient vieux de 25-30 ans et ne pouvaient plus donner des feuilles de qualité », rappelle M. Mangar. D’où la décision de la MAA et de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM) de mener une étude en 2000 qui leur a permis de mieux connaître différents aspects de cet arbre et de ce métier : socio-économique et écologique et aussi ce que sont devenus les artisans et aussi les consommateurs de ces produits artisanaux. « Nous avons aussi trouvé que si l’on veut progresser, il fallait innover, structurer l’équipe des artisans et créer une association », déclare M. Mangar. Le regroupement a commencé immédiatement et l’Association des Artisans et des Planteurs de Pandanus du Sud-Est a ainsi été créée. Il fallait aussi trouver les arbres de Pandanus qui disparaissait du paysage mauricien avec le développement de l’immobilier. « Nous avons recommencé à les planter au bord des rivières et aussi sur les côtes », indique Jean-Pierre Marius. « Grâce à la bonne volonté des gens de la localité, particulièrement les artisans, nous avons relancé ce métier », affirme Eric Mangar. La plupart des artisans sont des femmes, à l’instar de Vasna Khadarun et de Marie-Andrée Bhugowun qui, toutes deux, ont appris ce métier avec Fabiola Marius. « Nous avons toujours voulu travailler mais nous habitions trop loin des usines manufacturières. Nous préférons travailler ici, c’est plus près de chez nous et ça nous permet de nous occuper de nos enfants », lâchent-elles.
Grâce aux nouvelles feuilles obtenues des arbres, la qualité des produits fabriqués par ces artisans s’est améliorée. « Nous voulons maintenant que les Mauriciens achètent nos produits. S’ils ne le feront pas, ceux venant de Madagascar continueront à régner sur le marché local », estime Pierre Marius.