Le lundi 10 février dernier, le club sélect des centenaires accueillait un nouveau membre en la personne de Choo Vee See (Wei Su). Fondateur, en 1937, du studio de photographie, Alhambra, ce dernier et son frère cadet, Vee Tow optaient, très jeunes, pour faire carrière dans la photographie et l’art, en général. Un choix, à l’époque, à contre-courant de la tendance au sein de la communauté chinoise vivant dans l’île. C’était bien longtemps avant l’ère de la photo intelligente d’aujourd’hui, du temps où la photographie était, bel et bien encore, tout un art. Et non, comme de nos jours, un simple jeu d’enfants…
C’est, donc, le 10 février 1914 que Choo Vee See, plus connu comme Wei Su par ses clients, voit le jour à Port-Louis. Il est le fils de Choo Fon Young, immigrant chinois né en 1869 à Kimpanvee Village à Meixian. Ce dernier débarque à Maurice vers 1900 et se lance dans le commerce en ouvrant plusieurs boutiques à travers l’île. Il sera, par la suite, rejoint par son épouse, Chung Yuen Moi. Wei Su est le troisième d’une fratrie qui comprend quatre frères dont deux sont nés en Chine. Il aura, par la suite, un demi-frère et deux demi-soeurs dont Iris qui vit encore.
Jeunes, Wei Su et son frère cadet, Vee Tow, né, comme lui, à Maurice, feront le va-et-vient entre l’île et la Chine. Développant un intérêt pour la photographie et l’art, en général, ils s’initieront, très tôt, dans ce domaine auprès de grands maîtres en Chine. Après avoir bien maîtrisé leur art, ils opteront pour faire de la photographie mais aussi de la peinture et de la sculpture leur gagne-pain. Ce qui contrastait avec le choix de carrière de la grande majorité des membres de la communauté chinoise vivant dans l’île à cette époque. Ces derniers optaient, en effet,
presque exclusivement pour le commerce.
C’est ainsi qu’en 1937, à l’âge de seulement 23 ans, Wei Su ouvrait son premier studio de photographie dans le quartier chinois à Port-Louis. Deux ans plus tard, en 1939, il bougera à Curepipe. C’était à l’époque où la photographie était encore un art avec ses codes et ses règles rigides. Alors que la technique ne permettait, encore, que la photo en noir et blanc, l’artiste-photographe fit preuve d’ingéniosité en proposant à des clients de colorier leurs photos à la main à la peinture à l’huile; une technique qu’il avait apprise en Chine.
“Le travail, c’est la santé!”
Au prix d’un dur labeur, Wei Su ne s’épargne aucune peine pour se faire une place au soleil de l’art photographique à Maurice. S’étant formé en vue de correspondre dans la langue anglaise, son studio, Alhambra, devient, dès 1951, le représentant officiel de la prestigieuse marque Nikon, puis de celles de Olympus et de Leica dans l’île. Les uns et les autres font appel à ses services tant pour fixer sur pellicule des activités officielles que pour immortaliser de grands événements familiaux. Des dizaines d’années après, certaines de ces oeuvres ornent encore les murs de familles mauriciennes ou se retrouvent toujours dans des albums de photos de famille.
S’étant bien installé, Wei Su épouse, le 12 août 1947 à l’âge de 33 ans, King Foon Lau, jeune fille de 19 ans arrivée de Chine quelques temps auparavant. Ils s’installent, alors, à Rose-Hill. De cette union naîtra deux fils et quatre filles. Georgette, l’aînée des filles, dit retenir de son père et de sa mère — malheureusement décédée en septembre dernier à l’âge de 88 ans — l’image de parents qui ont su inculquer à leurs enfants les grandes valeurs ancestrales tout en leur incitant à s’intégrer, pleinement, à la nation mauricienne arc-en-ciel.
Baptisés, dès leur naissance, dans la foi catholique, les six enfants de Wei Su témoignent avoir été élevé avec le même amour, le même égard et les mêmes droits dont celui de poursuivre des études supérieures à l’étranger. Les enfants du centenaire disent retenir aussi de ce dernier son sens de la générosité et du respect de l’autre. Ils rappellent, à cet effet, comment Wei Su avait accueilli Cyril, le jeune frère de son épouse, quand celui-ci avait perdu sa mère à l’âge de seulement six ans.
Pendant très longtemps, tous les ans, Wei Su se faisait comme un devoir sacré d’aller se recueillir sur la tombe de sa mère en Chine. Il en profitait, alors, pour aller rendre visite à son frère aîné, Vee Moy, médecin à Cheng Du. Ce dernier est  décédé à l’âge de 99 ans. Vee Ghow, l’autre frère de Wei Su qui est né en Chine, s’était, lui, établi au Canada. Quant au secret de longévité de leur père, les enfants du photographe laisse comprendre que, pour ce dernier,“le travail, c’est la santé”. “Il travaillait debout, presque toute la journée, sept jours sur sept”. Jusqu’à ses 96 ans, révèlent-ils, Wei Su se rendait au studio et n’était une opération mineure de la prostate, il ne se serait pas arrêté!
Vivant, aujourd’hui, à Beau-Bassin entouré de ses six enfants et de leurs familles,  le centenaire surprend par sa lucidité et sa bonne mémoire. Après sir Jean Choo Moilin Ah Chuen, ancien ministre des Administrations régionales sous sir Seewoosagur Ramgoolam, Madeleine Choo Niouk Kiow Lee, ancienne ambassadrice de Maurice à Beijing et Emmanuel Leung Shing, fils de Choo Tse Yin Leung Shing, ancien Attorney-General, tout le clan Choo se dit heureux qu’un autre des leurs, Choo Vee See (Wei Su) marque l’Histoire en accédant au club sélect des centenaires.