Le Salon de mai a ouvert ses portes pour la trente-cinquième année consécutive au Mahatma Gandhi Institute, les 33 oeuvres exposées devant être visibles jusqu’au 16 mai. La particularité de cette édition est de présenter la majorité des travaux en extérieur, dans les cours et espaces verts de l’Institut, tandis que dix oeuvres le sont en intérieur auxquelles il faut ajouter la vidéo d’une performance qui a été donnée le soir du vernissage. À noter que la plupart des installations extérieures sont conçues pour durer et être exposées ailleurs.
La grande nouveauté de cette nouvelle édition du Salon de mai est que les deux tiers des travaux sont exposés en extérieur dans les cours et jardin de l’Institut Mahatma Gandhi. Certaines d’entre elles étant relativement discrètes et pour être sûr de ne rien louper, il est vivement conseillé de se rendre au département des beaux-arts où se tient l’exposition en salle, pour notamment se procurer la liste des oeuvres et le plan indiquant leur emplacement dans les jardins.
Hans Ramduth, Head of School depuis le mois de janvier, nous explique sa démarche : « Il est difficile de concilier les contraintes de l’institut et le salon. Le salon de mai existe depuis trente-cinq ans mais depuis une quinzaine d’années, on a commencé à faire les examens universitaires ici en mai. Ce n’est pas évident de faire coïncider les deux, et c’est pour cette raison que les salons précédents avaient lieu le plus souvent à la fin du mois de mai et débordaient en juin. Cette fois-ci nous avons voulu retrouver des dates qui correspondent à son appellation en proposant une formule qui ne dérange pas les examens. Avec l’exposition en plein air, nous avons pu libérer la galerie centrale et faire en sorte que les examens d’arts plastiques se passent dans les studios mobilisés sinon pour le salon. Donc nous n’avons pas fait cette exposition en plein air pour contrecarrer Edge of the world comme ça a pu être avancé. J’avoue que si Edge of the world s’était passé une semaine avant le salon de mai, médiatiquement parlant, ça nous aurait relégué au second plan. Cette exposition au Réduit sera forcément plus attractive… » Notre interlocuteur laisse par ailleurs entendre que la formule pourrait évoluer à l’avenir, voire peut-être le salon changer de nom pour ne plus être astreint à cette période du mois de mai.
L’autre grand changement pour cette trente-cinquième édition est le nombre de participants qui a été grosso modo divisé par deux, en passant à une trentaine. Hans Ramduth reprend : « Dans un pays où la pratique artistique a été longtemps élitiste ethniquement parlant, le MGI est venu dès le début rendre l’art accessible à tous. Mais au bout d’un certain temps, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup d’artistes, plus de soixante en général. Certains tombent dans une certaine facilité, en proposant un peu la même chose chaque année. Nous essayons de hausser le niveau. Nous sommes conscients que pour continuer dans un contexte qui change, nous sommes obligés de revoir la formule. Pour cette année, sortir vers l’extérieur offrait une solution. Certains artistes, habitués à faire de la peinture par exemple, ont insisté pour exposer en salle, et on a gardé une salle pour ne pas les exclure. »
Indoor
L’exposition en intérieur n’occupe donc que la première salle du département Fine arts, avec dix travaux et une vidéo, sur laquelle on voit entre autres la performance qu’a donné Nishal Purbhoo sur le thème de la métamorphose, se proposant de montrer ce que pourrait devenir l’homme de demain… Pushyami Narsiah s’intéresse quant à elle à la mécanique du corps à travers des clichés de radiographie, où des articulations sont complétées ou réparées par des pièces mécaniques, préfigurant l’hybridité des corps transformés par la chirurgie. Ces épreuves présentées sur panneaux lumineux montrent aussi des accessoires électriques à l’instar peut-être des piles qui aident les cardiaques à se mouvoir. Une installation, intitulée The Waste, illustre symboliquement le gachis des papiers usagés que l’on ne cesse de jeter en associant le tiroir de bureau à la lunette des WC, le tout se terminant dans une cuvette débordant d’enveloppes en tous genres. Les autres travaux sont le fait de peintres ou dessinateurs parmi lesquels on reconnaîtra la touche classique d’Yves David ou encore les valises peintes et ornées de bois flottés, sables et autres coquillages de Françoise Hardy, ou encore le sens du panorama de Manoj Auckel, qui recrée, avec Worship, une atmosphère de recueillement dans un cadre naturel. Pas de temple dans cette scène où les humains sont des rectangles de couleur minuscules par rapport à cet ensemble luxuriant et aquatique, où les arbres font figure de géant. On reste frappé par le regard insistant d’un jeune homme dans Fading blue, qu’une matière bleuâtre plastifiée couvre en partie.
Outdoor
En extérieur, on ne peut louper la gigantesque mariée de Nirmala Luckeenarain, Think twice, avec sa longue traîne couverte de pétales de fleur, offerte aux regards, du moins est-elle représentée par son enveloppe, une robe immaculée que l’artiste a pris soin de plastifier. Avec une minutie d’horloger, Vick Kumar Shibdoyal a reconstitué, à l’aide de toutes sortes de pièces métalliques de récupération, un saxophone rendant ainsi hommage à la musique et surtout ceux qui la font (Art n Sax). Parmi les nouveaux venus, Geereesha Torul fait un séjour temporaire à Maurice avant de retourner en Australie travailler dans une galerie d’art. Ici, avec Reflection, elle joue avec la lumière naturelle en suspendant une multitude de petits miroirs sous les branches d’un arbre, qui ne cessent de tournoyer sous l’effet du vent et animent l’ombrage de lumières fugaces, tournantes et virevoltantes, qui selon la vigueur du vent peuvent aller très vite et se montrer parfaitement insaisissables en photo par exemple. Ce tourbillon de lumière est en fait le seul travail marqué par le mouvement et une influence des éléments parmi tous ceux exposés.
Michael Lalljee joue avec la transparence en installant la photo d’un enfant sur une balançoire. Leena Ramduth a exploité la rondeur de la pelouse qui s’étale au dos d’une statue du Mahatma, pour y installer des cygnes dont un en noir, figurés comme de grandes cocottes en papier, le tout ajoutant au sentiment de paix qui baigne ce lieu. Rien à voir cependant avec les oeufs cassés grâce auxquels on peut faire une omelette, que propose Thivy Naiken, qui s’est attelé à mouler de grands oeufs, dignes d’une autruche, pour illustrer cette expression. On retrouve le thème chazalien des géants minéraux chez Giovanny Lalmohamed qui a créé un personnage allongé grâce à un assemblage de pierres plus ou moins taillées. D’autres formes humaines apparaissent comme autant de cibles faciles, affalées sur des troncs, à l’instar de celles qui hantent certains journaux télévisés. L’époque veut cela.