Nirveda Alleck, notre peintre contemporain globe-trotter est de retour à Maurice pour une pause qui va durer jusqu’à son départ fin septembre pour le Joburg Art Fair, où elle entraîne d’autres artistes mauriciens. Après une participation à Art Basel, un des rendez-vous artistiques les plus cotés d’Europe, elle a filé pour le calme forestier d’une résidence américaine de trois semaines dans la vallée de l’Hudson au OMI International Center Art.
Pendant trois semaines, Nirveda Alleck s’est retrouvée – loin de la jungle new-yorkaise – à la lisière d’une forêt en compagnie de trente autres artistes de nationalités et de styles différents dans ce qu’on peut appeler une communauté créative. L’objectif était alors de se concentrer sur sa création, d’apprendre des autres et de réfléchir à une prochaine étape. À côtoyer des ambiances paysannes américaines, l’artiste a poursuivi sa série Continuum, qui dans sa version américaine, montrera différents personnages rencontrés le plus souvent dans des lieux publics au gré de ses promenades.
Le principe reste le même de peindre dans un style si réaliste qu’il en devient quasiment surréel, des personnages qu’elle sort de leur contexte en les présentant sur un fond blanc. D’une précision et d’une fidélité quasi photographique, les expressions sont soulignées par le décalage par rapport à leur réalité d’origine. Ici, l’artiste prévoit de mettre en évidence les différences de classe sociale, un mode de vie où l’Américain moyen ressemble parfois à un touriste, et l’aspect particulièrement kitch des ambiances fermières de la campagne de la vallée de l’Hudson, un peu à la manière de « La petite maison dans la prairie ». Représentés debout, les personnages semblent plus dynamiques et sociables, pris dans un élan vers l’autre. Toutefois, le mode de représentation neutralise le caractère émotionnel qui ainsi figé, se prête à l’analyse.
Unité de style
L’unité de style des différentes oeuvres de la série Continuum crée le lien entre ces êtres de toutes les générations, puisés de la vie mauricienne, sud-africaine, malienne, chagossienne, etc. Mais à chaque fois, le propos évolue. Nirveda Alleck a présenté à Art Basel son travail sur le Mali avec les jeunes garçons qui vont se faire initier, Continuum Chagos où les vêtements des personnages portent un message indépendant, puis Conversations. 
Conversations est inspiré par une procession de Cavadee, où certaines pénitentes se sont masquées le visage pour faire silence. Toutefois, l’artiste met en évidence les autres modes de communication qui se développent par les yeux entre les jeunes femmes qui attendent la procession. Cette communication par les yeux est aussi celle qui nous unit à l’oeuvre.
Ce tableau est présenté à côté de la vidéo One colour, où l’artiste s’est elle-même filmée à Grand-Bassin, vêtue de blanc, en train de se couvrir du pigment rose que l’on retrouve dans de nombreuses pratiques hindoues. L’artiste, qui se présente comme athée, montre ici qu’elle est pourtant profondément marquée par les pratiques religieuses qui l’entourent. Habillée en blanc au départ, dans la couleur du deuil, elle se reconstruit en quelque sorte telle Sisyphe, en se couvrant de pigment et en donnant ainsi de la couleur à sa vie.