Siddick Nuckcheddy expose une trentaine de pastels dans le style qui a fait sa réputation et la cohérence de son travail, cette fois-ci sur le thème des salines, du sel et des ouvrières qui en font la fierté. « Sels au monde » joue avec les contrastes du basalte et cette blancheur bleutée souvent réfléchissante que forment les cristaux à la surface des bassins de basalte. Les jupes bleues des saunières, leur labeur patient et constant qui permet d’agrémenter nos repas, tout cela nourrit cette exposition empreinte de nostalgie, et proposée jusqu’au 4 juin, par la galerie Ilha do Cirne, à Pointe-aux-Canonniers.
À voir ces bassins creusés dans le basalte, le plus souvent déserts puisque seule la petite saline de l’entrée de Tamarin continue de fonctionner, le glas de cette industrie semble avoir sonné. Siddick Nuckcheddy qui s’évertue depuis plus de dix ans à travailler sur les éléments vitaux du patrimoine et des savoir-faire mauriciens, témoigne ainsi de leur existence avec nostalgie et admiration. Dans un décor ou les objets du métier sont rappelés, trente oeuvres aux formats variés (des panoramiques de 150 cm de largeur aux petits formats de 40X50 cm) racontent les gestes, les paysages et la lumière des salines, ces lieux qui se présentent au regard comme une surprise au centre d’un village côtier, offrant des effets visuels étonnants, véritablement constitutifs du paysage tamarinois.
Les saunières veillent au séchage et à la collecte des cristaux de sel marin, qui se libèrent de leur eau au gré de l’ardeur. Les jours de pluie sont chômés et même sans ouvrières, les salines demeurent comme l’empreinte d’un territoire singulier. Gros sel, sel fin et exquise fleur de sel, on trouve encore ces précieuses denrées mauriciennes dans certains supermarchés. Les salines ont fermé les unes après les autres et l’industrie-même semble appelée à disparaître, aussi absurde qu’il puisse paraître d’importer cette denrée quand on vit dans une île baignée par des eaux chaudes, et donc très salées…
« Sels au monde » est en quelque sorte le reproche que fait l’artiste à l’ensemble de la communauté mauricienne d’avoir abandonné ce savoir-faire et ces ouvrières qui ont rythmé les journées de la côte sud-ouest de l’île. Dans cet « hommage aux maîtres des marais salants », Siddick Nuckcheddy salue avec respect et admiration ces femmes et ces hommes qui extraient le sel pour agrémenter nos papilles et satisfaire à quelques besoins nutritionnels vitaux. Espérons encore qu’il ne s’agisse que d’un au revoir.