L’artiste réunionnais Kako intègre l’arbre dans ses travaux avec un systématisme quasi religieux depuis plus de dix ans. Vrai ou faux, en dessin, en photographie ou en image, cet « élément de la vie » s’interposait entre le visiteur et les scènes quotidiennes ou symboliques qu’il représentait. Dans son retour aux sources « d’un nouveau monde », en Chine pour cette première étape, l’artiste joue avec le vrai et le faux, la tradition et la modernité. À la galerie Ilha do Cirne à Pointe-aux-Canonniers, ses arbres « plantés » au premier plan développent des interactions avec d’autres éléments peints, dessinés ou photographiés, mêlant le temporel et l’intemporel, le vrai et le faux, la représentation et le symbole.
L’artiste réunionnais Kako a choisi de consacrer chacune de ses prochaines expositions à un des pays de peuplement de l’’île soeur. L’opportunité d’un voyage dans la région de Canton avec le bédéiste Serge Huo Chao Si (La grippe coloniale), lui a permis de commencer ce « tour des origines d’un nouveau monde » par la Chine. Les plus grandes pièces présentées par son galeriste Pascal Souflet à Pointe-aux-Canonniers, intriguent le regard avec notamment la superposition de plans étrangers les uns aux autres, de médiums bien distincts et de référents défiant généralement le temps. L’arbre devient une sorte de paravent révélateur, derrière lequel se joue une partition hétéroclite.
Ayant introduit la photographie à son travail depuis 2008, l’artiste de la Plaine des Caffres s’amuse avec le vrai et le faux, comme il opère des allers et retours entre le dessin et la photographie, le symbolique et le réel, voire ici… le moderne et l’ancien. Une de ses oeuvres les plus simples et fortes à la fois, représente au premier plan, en photographie quelques troncs d’arbres moulés en plastique, dont le caractère factice tout à fait perceptible renvoie, en second plan, à l’esquisse en blanc des fameux guerriers de terre du roi Yin Zheng, qui s’était lui-même fait appeler le Premier Empereur de Chine, Qin Shi Huangdi, deux siècles avant JC. Si l’authenticité de ces guerriers exhumés après la révolution culturelle a été contestée par certains sinologues, l’oeuvre représentée mêle ici ces soldats du mausolée de l’empereur, à un petit défilé de chars tout à fait contemporains, auxquels un petit individu fait face, bras levés au ciel… Le fameux étudiant de la place Tien An’men était bien réel quoiqu’à peine imaginable.