Face à la vingtaine d’huiles (exposées du 19 au 28 juillet 2013 à l’Atelier à Port-Louis) du peintre Asokan Nannivoyode, originaire de Trivendrum dans le Kerela indien, la première impression est indescriptible : un foisonnement visuel de métaphores conformément au voeux de l’artiste de fouiller en soi. Une sorte d’introspection pour trouver des réponses à ses interrogations : qui suis-je ? quel est le sens de la vie? L’art d’Asokan favorise décidément la concentration intérieure et la méditation. « Every human has an inner side… », dit-il. Rien de religieux dans tout cela, mais une manière singulière d’appréhender le monde. L’artiste peintre cherche à traduire son monde intérieur. Les idées ne manquent pas. Des idées bien éloignées d’un art où l’égo et la démarche intellectuelle sont rois mais qui proviennent de notre environnement immédiat. Asokan explore le végétal et le minéral. La beauté de la vie, les icônes, les énergies de la spiritualité constituent d’autres thèmes de prédilection et suscitent de nombreux questionnements. A la connaissance discursive ou intellectuelle, Asokan dit qu’il préfère un art véritable issu de la connaissance intuitive basée principalement chez lui sur la méditation. La méditation transmet l’essence de son esprit à sa création. Dans son petit studio à Albion où Asokan séjourne temporairement, le peintre nous montre des toiles aux couleurs fortes, des formes féminines, parfois en arrière-plan Bouddha ou le Christ. Il nous explique ce qui lui permet de se centrer et de s’unifier. Il insiste sur la nécessité de se laisser guider de l’intérieur. C’est de là que naissent ses oeuvres tangibles. Peinture intuitive ou libre expression, les éléments du quotidien, associés de manière insolite, sont projettés dans un univers décalé né du parcours du peintre. Asokan Nanniyode, issu de deux mouvements artistiques : le mouvement surréaliste européen mené par René Magritte et celui de son guru Jean Letschert (peintre et philosophe belge d’inspiration tantrique) alias Swami Ascharyacharya en son ashram en Inde. Asokan a exploré le figuratif et l’abstrait. Sa dernière exposition traitait du thème « Goddesses » après une période où le peintre a été influencé par le surréalisme. Un processus créatif dans des terres sacrées, une élévation qui ouvre de nouvelles voies simples. Dans « Goddesses », dont quelques toiles seront montrées à l’Atelier, Asokan a développé une série autour de la figure féminine et de la la nature. Des déesses désincarnées dont les contours sont soulignés par un jeu de lumières. Les oeuvres d’Asokan dessinent une trame narrative (dont les décors et les icônes s’inspirent de la mythologie) qui sans doute a révélé un idéal au peintre où cohabitent en harmonie l’humain, le divin, la nature. L’artiste dit lui-même que ses oeuvres sont chargées d’émotions, dotées d’expressions et de sensibilité humaines. Le décor qu’il crée fourmille de détails mais inspire le recueillement et le silence. Asokan adapte habilement les moyens plastiques dont il dispose à son propos. Il a recours à un style personnel marqué par des taches, des coups de pinceau qui superposent différentes couches sur la toile. Il recherche toutefois l’harmonie du dessin par la juxtaposition des espaces comme dans cette toile où il a d’abord dessiné la figure du Bouddha, puis ajouté des branches et de la couleur. Un mélange de peinture et de sculpture. Les techniques qu’il développe dans son art sont variées et mixées. Différentes matières sont utilisées dans la composition de son travail et à l’élaboration des fondus et des reliefs. Le fond des toiles se composent parfois de matières semblables au sable. Les peintures sont géométriques et symboliques trouvant leurs justifications dans la nature. Notre peintre utilise une palette tantôt chaude, tantôt sombre pour illustrer sa recherche intérieure, l’accomplissement personnel et la transformation spirituelle… Comme dans un miroir, une infinité de possibilités s’offrent au spectateur. Ce dernier se laissera conduire dans un univers, dans des dédales, sans espace-temps, sans limites.