Sharmila Roy, artiste chanteuse et danseuse spécialiste de Tagore, à Maurice actuellement dans le cadre de la célébration des 150 ans du philosophe, s’est longuement appesantie sur un aspect « peu connu de sa vie, Tagore le pédagogue ». C’était lors d’une rencontre avec la presse dans les locaux de la MBC, au courant de la semaine.
Enseigner à un enfant dans sa langue maternelle, le laisser évoluer à son propre rythme, lui procurer une certaine liberté tout en instaurant une discipline, sont les quelques aspects de la pédagogie de Rabindranath Tagore, selon Sharmila Roy. Celle-ci ne se lasse pas de parler de celui qui a influencé la vie de nombreux artistes et intellectuels, y compris mauriciens dont Kissoonsing Hazareesingh, historien ou Arthur Martial, journaliste et écrivain.
Mme Roy indique que Rabindranath Tagore a créé son école, Shanti Niketan, en 1901 avec très peu d’argent. « Il voulait que les enfants de son école reçoivent un enseignement dans leur langue maternelle », soutient la spécialiste de Tagore.
Si le poète était soutenu par sa femme dans un premier temps, elle meurt, le laissant seul avec cinq enfants en bas âge sous les bras. « C’est un homme désemparé qu’elle laisse derrière elle », affirme-t-elle.
En 1908, il ouvre son école aux filles et n’hésite pas à faire venir des pédagogues de France ou d’Autriche pour enseigner le Sanskrit ou l’histoire de l’art aux Indiens. « Une initiative pas très bien vue à l’époque, fait-elle ressortir, mais lui, il voulait connaître la méthodologie utilisée dans ces pays ». Elle indique que Tagore écrivait aussi des livres d’histoire, de géographie ou de science naturelle à l’intention de ses élèves. « Il faisait en même temps des recherches », affirme-t-elle.
À une question du Mauricien, sur l’influence des enfants dans sa vie et ses oeuvres, Sharmila Roy affirme qu’à la suite de la mort de sa femme, il écrit une collection de poèmes dédiés à la maman et au bébé, à l’exemple de « The crescent Moon », qui en est aussi l’intitulé d’un tableau. D’ailleurs, elle note qu’elle s’est inspirée de ce tableau pour en faire le sien, qui est exposé à la MBC depuis hier.
Sharmila Roy indique que lorsqu’il a créé son école, il l’a appelée A missing paradise. Pour lui, fait-elle ressortir, les enfants doivent être libres à la fois dans leurs mouvements ou leur imaginaire. Cependant, elle précise que les enfants étaient encadrés avec une certaine discipline, l’école commençant à 6 h 30 du matin. D’ailleurs tel est toujours le cas au Shanti Niketan. La spécialiste affirme que chaque session de travail ne pouvait aller au delà de 45 minutes. « Il avait trouvé qu’un enfant a une certaine capacité de rétention mentale. Les matières comme les mathématiques, l’histoire ou les langues avaient lieu le matin. Convaincu qu’un enfant est sa tête et son corps, après le déjeuner, la place était laissée à tout ce qui est manuel. Ainsi, ils faisaient des modelages, de la poterie, des dessins, de la musique, la danse etc… après l’école, les enfants allaient chez un autre enseignant pour continuer les études ». Sharmila Roy raconte ici l’histoire du Perroquet écrit par Tagore pour dénoncer le système éducatif britannique. « C’est pour dire qu’il faut donner de la nourriture à un enfant en écoutant son rythme et que chaque enfant est différent l’un de l’autre. »