L’audition du Dr Amah Charya Gujjalu, dans le procès intenté devant les Assises à Jean Huberto Charles pour l’assassinat par immolation par le feu de sa compagne, ne s’est pas passée sans embarras. La poursuite n’a cessé de jeter le discrédit sur le médecin légiste aux yeux du jury, disant qu’il n’était pas objectif et qu’il n’a pas d’expérience dans ce genre de cas pour le commenter. Le juge Prithviraj Fekna a ramené le témoin à l’ordre en lui disant de ne pas rabaisser les autres médecins qui ont déposé en Cour.
Le Dr Amah Charya Gujjalu, ancien Police Medical Officer, maintenant à la retraite, exerce actuellement dans le privé. Il a été appelé de nouveau à la barre par la défense menée par Mes Rama Valayden, Sanjeev Teeluckdharry, Rouben Mooroongapillay, Neelkanth Dulloo, Eassen Soobramanien et Erickssen Mooneapillay. Le juge Prithviraj Fekna a donné son ruling en début de session disant qu’il n’autoriserait pas le médecin légiste à produire le dessin qu’il a préparé pour soutenir la thèse du suicide.
Le juge des Assises n’a pas laissé le médecin légiste, qui compte plus de 30 ans d’expérience, commenter plusieurs points. Le Dr Gujjalu a été interrompu à chaque fois qu’il voulait faire référence à une photo ou l’état des rideaux. Il a toutefois pu commenter le rapport médical du Chief Police Medical Officer (CPMO), le Dr Sudesh Kumar Gungadin. Le témoin a expliqué qu’il n’y avait pas de traces de lutte sur le corps de la victime.
Selon la version de la poursuite, Jean Huberto Charles aurait immolé sa compagne avec du pétrole lampant le 6 mai 2006. Huberto Charles soutient toutefois qu’il s’agit d’un suicide et qu’il a été brûlé à l’avant-bras quand il a tenté de sauver Marie Greta Menes.
Le bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) est représenté par l’Assistant DPP Me Mohana Naidoo et les State Counsels Mes Vinod Rammaya et Jihad Nazir. Le témoin a été longuement contre-interrogé et il en ressort que le médecin légiste n’a jamais travaillé sur un cas d’homicide par brûlures. Il a toutefois déclaré qu’il a déjà travaillé sur des cas de personnes mortes à cause de brûlures mais qu’il s’agissait d’accidents.
Me Mohana Naidoo a fait ressortir que le Dr Amah Charya Gujjalu n’a pas examiné le corps de la victime, n’était pas son médecin traitant, n’a jamais travaillé dans une Burns Unit et n’a jamais travaillé sur une affaire de ce genre. Me Naidoo n’a cessé de mettre en doute les capacités du médecin à commenter cette affaire. « Since you never met a case of homicide by burns in your career, you don’t have the required experience to comment on it. Your knowledge is very limited in the area of homicide by burns. You’re not the right person to come and depone », a lancé l’avocate.
Dr Gujjalu : Je peux commenter et donner mon opinion en tant qu’expert sur un rapport médico-légal et sur un rapport du laboratoire.
L’Assistant DPP a également déclaré que le Dr Gujjalu n’était pas objectif dans son approche en soutenant la version du prévenu. « C’est mon avis d’expert que je donne », a fait comprendre le médecin légiste.
Me Naidoo : Vous êtes payé pour ce rapport…
Dr Gujjalu : Je le fais gratuitement !
Le médecin légiste, visiblement agacé par les accusations de la poursuite, a été confronté aux témoignages de l’expert de la Burns Unit et du chef du département médico-légal. Ayant une opinion contraire à celles de ses collègues, le Dr Gujjalu a déclaré que l’expert de la Burns Unit n’est pas médecin légiste et que le CPMO manque d’expérience. Le juge Fekna est alors intervenu et lui a dit de modérer ses paroles.
Me Naidoo : Vous n’avez jamais été CPMO et vous dites que le Dr Gungadin n’a pas assez d’expérience ?
Dr Gujjalu : Le poste n’existait pas à l’époque…
Le procès reprendra vendredi avec le dernier témoin de la défense, Muhammad Sheik Hossen. Ce dernier aurait accompagné Huberto Charles à la clinique et au poste de police de Pope Hennessy pour donner une déposition.