En fin de compte ils ne seront que cinq au départ de la première grande course de la saison 2012. Bruno Cayeux, Pravin Desai, Samcoomar Heeramun, Gilbert Merven et Jean Marc Ulcoq sont depuis lundi dernier dans les Starting Blocks pour un des deux postes de commissaire administratif du Mauritius Turf Club. La coutume qui s’installe durablement dans les moeurs au MTC veut que cette course dont les cotes sont déjà disponible par sms — pas sms pariaz certainement — suscite un intérêt certain dans ce giron où les commentaires, pro ou anti, ne manquent pas.
Dans cette joute, qui d’année en année prend l’ampleur d’une joute électorale dans la plus pure tradition mauricienne Gilbert Merven et Jean-Marc Ulcoq, les deux commissaires sortant sont candidats à leur propre succession. Estimant qu’ils ont très bien rempli leur rôle et qu’ils méritent d’être reconduits à leur poste pour poursuivre , comme ils le disent en coeur «le travail a déjà commencé.» Challenger ou favori? Toujours est-il que le duo Bruno Cayeux et Pravin Desai est bien installé dans «cette campagne» comme pour dire que le changement est aussi possible.
Mais avec la différence que Pravin Desai, architecte de formation,  se présente à ces élections pour la troisième fois consécutive. Battu en 2009 et 2010, il n’a pas abdiqué et pense pouvoir jouer un rôle non négligeable dans la promotion et le développement du sport hippique. Dans la course également pour la deuxième fois consécutive Samcoomar Heeramun. Il faut d’emblée reconnaître que même si ce dernier n’est pas un inconnu du monde hippique ses chances sont quasiment nuls dans cette joute entre les éléphants de «establissement.»
C’est la raison pour laquelle, les yeux des membres du club seront braqués sur Bruno Cayeux dont les compétences en tant que directeur de compagnie et homme de cheval sont reconnues. Reste qu’il avait pris ses distances du monde hippique depuis son départ comme entraîneur et que son retour dans l’arène pour une place de commissaire est à la fois surprenant qu’inattendu. Mais n’oublions pas que Bruno Cayeux a été entraîneur freelance et qu’il a remporté deux classiques lors de sa brève carrière, notamment la Duchesse avec Yeltsin et le Maiden avec Flaming Axe. De plus, il est connu pour sa droiture, sa discipline et son franc parlé. Est-ce que ces qualités suffiront pour qu’il se fasse élire? La question est posée, d’autant plus que le candidat Bruno Cayeux semble vouloir se démarquer du style et du rythme que les autres candidats s’imposent dans cette campagne.
A plus d’un titre Gilbert Merven et Jean Marc Ulcoq  jouent leur va tout dans cette joute. Même s’ils sont donnés favoris, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils auront à rester sur leurs gardes. Surtout le premier nommé. C’est un secret de polichinelle  pour personne qu’il est le candidat à abattre dans cette élection et beaucoup de ceux qui avait accordé à Gilbert Merven leur soutien dans le passé, ont exprimé aujourd’hui des réserves sur ses réelles motivations. Du reste le principal concerné sait qu’il est en danger et que ce n’est pas pour rien qu’il mène une campagne agressive tant sur le terrain que dans son bureau à Port-Louis pour tenter de grapiller quelques voix du côté de ses opposants. Non seulement il essaye de s’expliquer — à l’instar de l’interview qu’il a accordé à Week-End après deux ans de silence — il essaye de convaincre les indécis. Mais comme tout bon politicien il lâche ici et là, des petites phrases qui sèment non seulement la confusion dans le camp adverse mais aussi la zizanie dans son propre camp. Comme ce ‘leakage’ qu’on lui a attribué sur le rôle des ‘stable managers’ face à la demande de l’écurie Gujadhur pour que Mukund Gujadhur agisse comme «acting Stable Manager»? . Est-ce une façon pour lui de faire les yeux doux aux membres et aux proches  de Gujadhur ?Il est claire que dans cette présente campagne tous les moyens sont bon pour convaincre.
Contrairement à Gilbert Merven qui est très loquace et très explosif dans sa démarche, son collègue Jean Marc Ulcoq est plutôt réservé. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’est pas un candidat valable. Bien au contraire ! Comme Gilbert Merven du reste, il a des atouts à faire valoir et du reste le président Gavin Glover le dit ouvertement à qui veut l’entendre. Jean-Marc Ulcoq peut paraître un homme réservé, mais détrompez-vous, c’est un homme qui connaît son sujet et qui a une approche tout à fait impartiale dans les grands débats. Du reste dans son entretien accordé à Week-End en fin de semaine il n’a pas cherché a parlé de lui et de sa candidature, mais de ce que le nouveau board doit faire pour assurer la survie de l’industrie des courses à Maurice.
Mais si danger il y a pour Jean-Marc Ulcoq et Gilbert Merven, il viendra de Bruno Cayeux. Voilà un homme qui était parfaitement taillé pour faire partie de l’équipe des Commissaires de courses, mais qui a préféré de se présenter à ces élections tout en sachant qu’une tâche herculéenne l’attend. Bruno Cayeux n’est pas un homme  facile dit-on, mais il a l’avantage d’être un administrateur et surtout un homme de cheval. Malgré son éloignement du Champ de Mars après avoir rendu son tablier d’entraîneur freelance, il a toujours gardé de très bons rapports avec tous ceux concernés et pour s’être glissé dans les coulisses du MTC, nous pouvons dire qu’il aura beaucoup de votes de sympathie, venant du camp Merven-Ulcoq.
Pour se faire élire, Pravin Desai aura à faire mieux que l’an dernier. Ce qui n’est pas évident pour la seule et unique raison qu’il n’aura pas à ses côtés Jean Michel Giraud comme locomotive. Le ‘drive’ de ce dernier l’avait grandement aidé en 2011 et vice-versa et nous avons bien peur que les choses ne se passent autrement cette année. Mais l’homme est confiant en ses chances. Pravind Desai est aussi un homme déterminé et animé de très bonnes intentions, mais dommage que dans ce giron, soit on est accepté, soit on ne l’est pas. Pour avoir échoué les deux dernières années rend effectivement la tâche de Pravin Desai beaucoup plus compliquée qu’on ne le pense. Mais on croit savoir qu’il a «labouré le terrain» depuis ces trois derniers mois pour que cette fois soit la bonne.
Une fois ces élections terminées, c’est l’élection du président qui retiendra notre attention. Si le tandem Merven-Ulcoq invite les membres du MTC à voter pour la continuation, il ne peut être autrement quand il s’agit d’élire le président. Nombreux sont ceux qui sont effectivement d’opinion que Gavin Glover doit être reconduit à la présidence car il a su mener la barque à bon port contre vents et marée. Même si on peut aussi lui reprocher d’avoir pas su attaquer les questions de fond et vitales pour l’industrie des courses.
Mais le premier qui ne veut pas l’entendre de cette oreille c’est nul autre que son plus fidèle lieutenant Gilbert Merven qui a dit haut et fort à tous ceux qui veulent l’entendre que s’il est élu, ce sera lui qui prendra en main la destinée du MTC. La tradition qui veut que  si un président a fait un bon travail, il doit être maintenu à son poste. Sera-t-il respecté? La question est posée surtout que les exemples ne manquent pas. Pourquoi donc, Gilbert Merven tient-il autant à la présidence ? Est ce parce qu’il n’est pas satisfait du travail accompli à ce niveau par Gavin Glover  ou est-ce tout simplement parce qu’il veut entrer dans l’histoire comme étant celui qui était à la barre en 2012, année du Bicentenaire du MTC ?
En tout cas une chose est sûre, le Bicentenaire du MTC qui aurait dû avoir pour effet de réunir tous les membres sous un seul châpiteau, n’a fait que les diviser davantage. A qui profite le crime ? Certainement pas au sport hippique ! En effet, cette année de 2012 aurait dû être une année pour que le Club montre au grand jour sa détermination et son unité devant les dangers qui guettent cette industrie.
A l’heure où les baisses de revenus du Club ne cessent d’accroître en raison de la concurrence très déloyale du Loto et du paris sur le football, le MTC aurait dû rassembler et non pas diviser. Il faut  dire que depuis ces 10 dernières années la division s’est quelque installée — c’est devenue même une arme — au sein du plus vieux club hippique de l’hémisphère sud. C’est sans aucun doute néfaste pour cette industrie qui se heurte de façon quasi quotidienne à des attaques venant de tout part.
200 ans d’existence, c’est  peut-être l’usure du temps. Mais ceux, qui malgré le poids de l’âge, choisissent de se remettre en question et choisir la voix de la sagesses pour se réunir savent que le succès c’est d’assurer la continuité.