En attendant d’aller voir « La Cage aux Folles » et de faire plus ample connaissance avec Renato, Albin et consorts, je me permets d’imaginer une pièce de théâtre où le décor serait un endroit où l’on parle – en somme un parlement – et les acteurs, des députés. Je ne sais pas trop pour vous mais je trouve que c’est devenu presqu’une habitude que de faire des boutades de nos élus à l’assemblée nationale un grand titre – « Vifs échanges entre X et Y…. », « X et Y expulsés de l’hémicycle… », une petite précision sur le rictus du chef d’orchestre (hors de question de ne pas l’insérer quelque part sinon la nouvelle perdrait de son cachet informatif !) – et un arbitre qui a du mal à gérer les joueurs des deux camps et qui hésite entre carton jaune et rouge. Hier encore je lisais en ligne « Vifs échanges entre opposition et majorité gouvernementale » lors de l’examen en comité des dotations budgétaires 2012 à l’Assemblée nationale.
Déjà je doute fort que le peuple ait bien saisi les grands axes du budget 2012, préoccupé beaucoup plus par le coût de plus en plus élevé de la vie et du robinet asséché (quoiqu’il y ait toujours des ignares pourtant « éduqués » et « conscients » de la sécheresse qui prévaut, qui trouvent le moyen « d’arroser » leur voiture chaque matin… ou leur jardin) mais avouez que l’attitude de certains de nos élus laisse franchement à désirer. Il est clair qu’on s’envoie des missiles dans tous les parlements du monde, et on en vient aussi aux mains comme ce fut le cas en 2009 entre des parlementaires sud-coréens, mais chez nous, on dirait que c’est presque folklorique et attendu. Un « Ferme to la bouche ar mwa » suivi d’un appel au défi « Ki pou ariver ? », et un “John Wayne” qui bondit de nulle part et qui se met à tirer des balles à blanc. Ce qui est pathétique, ce sont des gestes qui amusent à l’intérieur comme à l’extérieur lors des rassemblements politiques, des dits meetings.
Alors pourquoi est-ce que nous persistons à élire ce genre de personnes ? Peut-être que la psychologie pourrait nous éclairer. Après tout, vu les passions intenses que les discours politiques suscitent entre les personnes ayant des valeurs et croyances politiques différentes, le comportement de nos politiciens serait un beau sujet de recherche pour tout étudiant en psychologie ! Et si le trait de caractère commun qui lie nos élus serait finalement le narcissisme comme les cliniciens le pensent ? Selon eux, le narcissisme renvoie à une estime de soi instable et fragile. Ils poursuivent en soulignant que pour compenser ce manque, les personnes narcissiques se préoccupent de leur propre image, et deviennent extrêmement sensibles à toute perception de honte ou d’humiliation. Les narcissiques types sont décrits comme ayant une estime de soi grandiose, avec un sens de l’auto-importance extrêmement prononcé et un besoin très élevé en attention, statut et reconnaissance. Voilà qui devrait nous permettre de comprendre un peu mieux ceux et celles que nous avons choisis pour nous représenter. Mais vous allez me dire que nous sommes tous quelque peu narcissiques. Soit. Sauf que le narcissisme englobe toute une série de comportements – du narcissisme « sain » au narcissisme pathologique ! Je lisais récemment un article dans le « New Statesman » – un article de Vernon Bogdanor ayant pour titre, « Personality bypass ». “Journalists and commentators think that charisma is everything in politics (…). They’re wrong (…) – the outcome of the next election will depend less on who our leaders appear to be, and far more on the hope they can offer.”
Dans la mythologie grecque, Narcisse, ne l’oublions pas, était connu pour son caractère fier, si bien que la nymphe Echo lui jeta une malédiction. La suite il vous suffit de la « googler ».
Et si jamais les travaux parlementaires devaient être effectivement diffusés en direct à la télé (à moins que nos élus deviennent plus civilisés et s’attellent aux tâches réelles et besoins pressants du peuple), « La Cage aux Marioles » serait un intitulé fort approprié !