C’est vrai que c’était partir un peu tôt, un lundi, pour un Sommet du Commonwealth qui ne s’ouvrait que le vendredi suivant à Perth. Mais dès lundi soir, la nouvelle était connue, Navin Ramgoolam n’avait pas pris l’avion comme prévu. Ayant eu vent, de source MSM, prétendent les travaillistes, que Pravind Jugnauth tramait une manoeuvre visant à mettre sa majorité parlementaire à l’épreuve, le Premier ministre est resté au pays pour s’assurer qu’il n’y aura aucun problème à l’Assemblée nationale le lendemain, jour d’examen du budget supplémentaire de Rs 3,7 milliards pour 2010. Et, de problème, il n’y en pas eu. Il a donc pu mettre le cap sur l’Australie le lendemain.
La motion de Pravind Jugnauth, secondée par le leader de l’opposition, Paul Bérenger, visait à rayer l’item du budget supplémentaire de 2010 concernant l’acquisition de MedPoint pour Rs 144,7 millions, a été rejetée par la majorité qui l’a considérée caduque dans la mesure où le chèque tiré à l’ordre des propriétaires de la clinique MedPoint en décembre 2010, a été encaissé par eux avant le 31 décembre 2010. Il a justifié sa démarche par le fait qu’il y a eu depuis, des allégations sur cette transaction.
Le député et leader du MSM a réclamé un décompte des voix sur sa motion qui a été rejetée par 36 voix contre 29 à l’opposition. Une seule voix manquait à la majorité de 37 de Navin Ramgoolam, celle du ministre des Affaires Étrangères qui a précédé le Premier ministre au Sommet du Commonwealth à Perth.
Sur les bancs de l’opposition, deux absents, le nouvel élu au conseil d’administration de la MASA, Jean Claude Barbier, qui participait précisément, au même moment à une réunion de cette instance, et Cehl Meeah, en déplacement à l’étranger. Le député de l’Organisation du Peuple Rodriguais, Francisco François, s’est pour sa part, abstenu.
Ce vote s’est déroulé dans un certain brouhaha, de nombreuses remarques étant lancées par les députés de la majorité, tant en direction du MSM que celle du MMM. Les Patrick Assirvaden, Nita Deerpalsing, Satish Faugoo, Suren Dayal et Rihun Hawoldar ont même repris le slogan du MMM, « zot mem asté, zot mem vendé », pour le lancer à la figure des élus orange. « Rane cash la », ont-ils aussi lancé en direction de Pravind Jugnauth.
Et on a bien senti de l’embarras chez certains députés du MMM lorsque la majorité a parlé de « jour bien sombre », mais, imperturbable, Paul Bérenger a, à son tour, taquiné le vice-Premier ministre en lançant : « rane cash là Rashid », ce dernier étant actionnaire de MedPoint avec sa famille au sein de Medinvest. Le principal concerné a répondu : « zéro », indiquant qu’il n’avait rien reçu de cet argent.
Si c’est Pravind Jugnauth qui a proposé la motion, alors que les dotations budgétaires de la Santé étaient débattues en comité, c’est Paul Bérenger qui a posé les vraies questions, notamment celle de savoir de quelles épargnes ont été puisées l’argent pour acquérir MedPoint.
« The next day, the payment was cashed! »
Ne pouvant répondre sous le prétexte que ce n’était pas lui qui était aux Finances au moment de la transaction, Xavier Duval s’est contenté de reprendre une information parue dans Le Mauricien de la veille pour dire que, « the amount was approved for reallocation on 23, illico presto the payment was made a few days later. The next day the payment was cashed… Med Point, it was cashed, it is gone. What is the point of excluding what from where ? If the shareholders would bring back the money, we would be very happy to exclude it ».
Le leader de l’opposition est également revenu sur une réponse du Premier ministre à sa Private Notice Question du 18 octobre sur les démarches entreprises en vue de bloquer ce paiement et a fait ressortir que le Premier ministre avait alors, soit juste une semaine avant, fait valoir que c’était à l’ICAC d’entamer une action dans ce sens et qu’il ne savait pas ce qu’il était advenu du chèque de Rs 144,7 millions.
Le décompte des voix avait déjà commencé lorsque le Premier ministre a répondu que « when the PNQ was asked, I was advised that this matter is with ICAC, it is better for us not to get into this, let ICAC deal with it. But, since the question was asked, SIC did try – there was never a meeting – and recently, we found out that the money was cashed the next day ».
N’en démordant pas, le leader de l’opposition a ensuite voulu savoir si la Banque de Maurice s’est mêlée de l’affaire pour empêcher que l’argent ne soit transféré à l’étranger, s’il l’a été, mais le chef du gouvernement a soutenu que, « the Bank of Mauritius has no legal right to do anything about this at that time ! « .
Cette séance sans question, puisqu’un item était consacré au budget supplémentaire de 2010, a démarré avec les débats y relatifs pilotés par le ministre des Finances, Xavier Duval, qui a énuméré les raisons pour lesquelles il venait de l’avant avec cet exercice, alors que le leader de l’opposition a trouvé très éloquent que les économies aient été réalisées dans des postes comme l’Empowerment, le logement social, la Pêche, les ressources requises pour lutter contre la maltraitance des enfants.
Non à Rs 3 m supplémentaires aux Rs 135 m de l’ICAC
Paul Bérenger a également dit qu’il était contre une dotation supplémentaire de Rs 3 millions pour l’ICAC, « because we are not at all satisfied that it is doing its work » et que cela venait s’ajouter à la somme déjà conséquente de Rs 135 millions dont bénéficie cet organisme. Lui donnant la réplique, le ministre de l’Industrie, Cader Sayed Hossen, très posé d’ailleurs, a expliqué que des dépenses peuvent devenues urgentes et des projets, eux, retardés, pour diverses raisons.
Kee Chong Li Kwong Wing s’est montré plus politique en s’attaquant aux largesses faites aux entreprises des proches du pouvoir comme Infinity, Rs Denim et au dédommagement express dont a bénéficié la compagnie Sando, en marge du projet de route circulaire à Pailles, tandis que de petits propriétaires terriens attendent toujours d’être indemnisés.
L’ancien ministre des Finances Pravind Jugnauth a déploré qu’une structure qu’il projetait de mettre en place — une Project Monitoring Unit — n’ait pas été concrétisée, ce qui aurait permis que le financement des projets soit mieux contrôlé avant de soutenir que l’ICAC ne mérite pas Rs 3 millions supplémentaires, puisque c’est devenu un « political tool ». Dans son résumé des débats, Xavier Duval a estimé que l’exercice de budget supplémentaire répond à une exigence de transparence et que cela permet aux parlementaires d’en débattre ouvertement.
L’Assemblée nationale reprend ses travaux à 17 heures, le 4 novembre, pour le Budget 2010 et le premier grand oral de Xavier Duval.
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Deux ministres remis à leur place par le Speaker
Deux ministres, ceux du Travail et du Tourisme, sévèrement rabroués par le Speaker. Shakeel Mohamed d’abord, qui se croyait bien inspiré en intervenant pour empêcher que la motion de Pravind Jugnauth soit débattue en arguant qu’elle était irrecevable et que, « I don’t see that it is contested that this money has already been spent on this item and that this vote here, is only post facto to take cognizance of it having been spent, cashed and transferred abroad ».
Sur un ton des plus lapidaires et sec, le Speaker lui a dit ceci : « Can I inform the honourable Member that there is a precedent in 1981 or 1982, when the whole Estimate of Supplementary Expenditure was deleted. It can be done now. The question has been put. Then the hon. Prime Minister has to come back with the estimates. » Deux pour le prix d’un, leçons de procédure et d’histoire.
Quant à Michael Sik Yuen, qui s’est, une nouvelle fois, retrouvé démuni face aux questions de l’opposition et qui a été dans l’incapacité d’y répondre, il s’est lui aussi fait remonter les bretelles par le Speaker. Tandis que Rajesh Bhagwan parlait de la « vache qui rit », le ministre a rétorqué que « mo mette Johnny Walker ! », ce qui a provoqué de très vives réactions des bancs de l’opposition et un non moins cinglant rappel à l’ordre du Speaker : »The Minister can answer questions for which he has got the information, for which he has not got the information, I expect him to say that he has no information and he will circulate or whatever he will do, but I don’t want any provocative remarks to be made », lui a lancé, péremptoire, Kailash Purryag.
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Le jackpot pour Yatin Varma et Joy Beeharry
On peut être député et décrocher le jackpot. C’est ce qui est arrivé à l’ancien élu de Mahébourg/Plaine Magnien, Yatin Varma. Il a ainsi touché Rs 2 080 202 pour des services légaux qu’il a dispensés à l’Information and Communication Technology du 1er octobre 2006 jusqu’à ce qu’il soit fait Attorney General en mai 2010.
Quant à Me Joy Beeharry, l’ancien président de la Mauritius Duty Free Paradise, actuellement sous caution dans une affaire d’irrégularité à cette institution, l’ICTA lui a remis depuis le 17 février 2006 Rs 3 768 555 en tant que conseiller légal a temps partiel.
Ces informations ont été communiquées aux parlementaires suite à une question du Dr Raffic Sorefan. Celui qui a touché le gros lot n’est autre que Leeladarsing Servansing qui, bien qu’étant conseiller légal à temps partiel, n’en a pas moins reçu la coquette somme de Rs 5 945 000 depuis le 17 février 2006. Mieux, l’avocat à temps partiel a même effectué un déplacement à Londres et en Inde pour le compte de l’ICTA pour une somme totalisant quelques Rs 300 000.
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Le courant ne passe pas…
C’est le cas de le dire. Le courant ne passe visiblement pas entre le Speaker et le député du MMM, Steve Obeegadoo, la preuve a été faite une nouvelle fois ce mardi lors des débats sur l’Education (Amendment) Bill, présenté par Vasant Bunwaree. Kailash Purryag exigeait du député qu’il se confine aux amendements et non au système d’éducation en général. Tant et si bien que Rajesh Bhagwan, qui n’a pas apprécié le ton employé par la présidence vis-à-vis de son collègue a lancé : « We cannot be threatened… we will not accept this! »
Dans son insistance à demander à Stave Obeegadoo de se conformer à sa décision, le Speaker en est même venu à perdre de vue les provisions des amendements proposés. Le député parlait du secondaire, mais en a été empêché sous prétexte que le texte ne le mentionnait pas.
« Peut-être que je fais une erreur. J’ai lu le projet de loi, et je ne vois pas où se trouve le secondaire », a fini par concéder Kailash Purryag. Or, un des objectifs du texte est précisément « to control the provision of additional tuition to pupils in Standards V to VI or attending a secondary school, by providing for the registration of teachers wishing to provide such additional tuition ».