Elle est trop grossière pour ne pas être évidente. L’examen en comité des dotations budgétaires, qui a démarré dans la soirée de lundi, s’est arrêté mercredi à 00 h 25, alors qu’il ne restait que les budgets de deux derniers ministères, ceux de Mireille Martin et de Sutyadeo Moutia, à étudier. Pas de séance jeudi, vendredi, samedi ou encore demain. L’exercice ne reprendra que mardi, pour la bonne et simple raison que les questions, PNQ et autres ne sont pas autorisées les jours où l’examen en comité d’un budget est à l’agenda. La manoeuvre est donc limpide : faire l’impasse sur les questions, afin que les ministres ayant vraiment souffert cette semaine puissent avoir un peu de répit.
Pas de Private Notice Question ou de questions à l’agenda de mardi, mais la fin de l’examen en comité des provisions budgétaires pour le ministère de l’Égalité du Genre et celui de la Fonction Publique. Y figure également : un texte en première lecture, The Piracy and Maritime Violence Bill et l’examen en deuxième lecture de deux textes présentés en première lecture à la reprise des travaux parlementaires le 18 octobre, The Constitution (Amendment) Bill, qui prévoit un quota de femmes candidates aux élections régionales, dont celles du Rodrigues Town Council of Port Mathurin, et le Local Government Bill, première version de Hervé Aimée.
Ce qui est plus que probable, c’est que le Premier ministre et le ministre des Administrations régionales vont se lever et annoncer qu’ils ne se proposent pas de présenter ces textes, qu’ils avaient eux-mêmes pilotés le 18 octobre, et qui sont devenus caducs avec les derniers amendements décidés à l’effet que Rodrigues, qui est en régime d’autonomie depuis 2002, soit exclut du champ d’intervention des administrations régionales mauriciennes, et que les élections municipales soient de nouveau renvoyées de 2011 à 2012, après un premier renvoi décidé en 2010.
En sus de la poursuite des débats sur le Education (Amendment) Bill, texte de Vasant Bunwaree qui vise à interdire les leçons particulières jusqu’à la quatrième et à mieux encadrer cet exercice au primaire et au secondaire, deux autres projets seront débattus en deuxième lecture : The Equal Opportunities (Amendment) Bill du Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui revient avec une proposition du leader de l’opposition qu’il avait catégoriquement rejetée lors de la présentation du texte en 2008, la création d’une Equal Opportunities Commission spécifique pour entendre les cas de discrimination, contrairement à la position initiale de les référer à la Human Rights Commission, et The Bail (Amendment) Bill, piloté, lui, par l’Attorney General, Yatin Varma, qui prévoit de nouvelles conditions pour la remise en liberté conditionnelle, dont le recours au bracelet électronique.
Fin des débats et début du marathon
C’est lundi dernier qu’ont pris fin les débats sur le budget 2012, avec les interventions de Kee Chong Li Kwong Wing, qui s’est exprimé avec la même verve qu’on lui connaît ; du vice-Premier ministre et ministre des Services Publics, Rashid Beebeejaun, qui s’est longuement attardé sur les projets et mesures prises en vue d’atténuer les problèmes de distribution d’eau dans le pays ; de Pravind Jugnauth, dernier orateur de l’opposition qui a défendu son bilan de ministre des Finances tout en déplorant le pli très « gro palto » de Xavier Duval ; et de Navin Ramgoolam qui, comme pour les autres ministres des Finances qu’il s’est auparavant choisi, a fait les éloges de son actuel Grand Argentier, tout en critiquant le bilan de 2000-2005.
L’intervention de Navin Ramgoolam s’est terminée dans une atmosphère plutôt surchauffée et sur un sujet pour lequel sa majorité a été mise sur la défensive depuis quelques temps déjà : la corruption. Comme parade, rien de nouveau, si ce n’est le rappel que c’est sous un gouvernement MSM/MMM que l’Economic Crime Office avait, en 2002, été démantelé « en 24 heures ». Ce qui a fait bondir Paul Bérenger, qui a profité pour souligner que c’est le gouvernement auquel il appartenait alors qui avait fait voter le Prevention of Corruption Act. Le ton devait brusquement dégénérer, avec des cris de « donne élection, capon, capon » venant de Paul Bérenger, tandis que le Premier ministre, lui, répliquait que ce serait l’occasion d’une nouvelle « raclée » pour l’opposition.
Pas de grand intérêt pour le summing up du ministre des Finances, Xavier Duval, écouté et suivi par la majorité gouvernementale surtout, les députés de l’opposition ayant décidé de lui rendre la monnaie de sa pièce et de l’ignorer, étant donné que le ministre avait choisi de ne pas être présent dans l’hémicycle durant les débats sur le budget.
Et c’est juste après et en pleine nuit, lundi, qu’a démarré l’examen en comité du budget. Un exercice qui s’est révélé extrêmement périlleux pour les ministres. Le Premier ministre lui-même a dû, pendant plus de six heures – de 21 h à 4 h mardi matin – répondre aux nombreuses questions de l’opposition sur des sujets aussi vastes que la réforme électorale, le rapport de l’Electoral Boundaries Commission, que sur les véhicules de la police et les prestations privées qu’assure un de ses conseillers, Alain Gordon-Gentil, qui est à la tête de la cellule Culture et Avenir du PMO. Navin Ramgoolam a, plus d’une fois, démontré sa nervosité et son insatisfaction après réception des petits papiers que les différents services sous sa responsabilité lui refilaient en guise de réponse aux nombreuses interrogations de l’opposition.
XLD : non à la réduction de salaire de Yodhun Bissessur
Après un court matin de sommeil, les parlementaires sont revenus dans l’hémicycle à 11 h mardi, et cela n’avait en rien entamé la détermination de l’opposition à obtenir le maximum d’informations sur les dépenses ministérielles. C’est ainsi que le vice-Premier ministre, Rashid Beebeejaun, a éprouvé d’énormes difficultés à donner des réponses précises aux questions des députés de l’opposition.
Son successeur, Xavier Duval, sera lui aussi soumis au même régime avec, en plus, une motion en bonne et due forme de Rajesh Bhagwan, secondée par Steve Obeegadoo, pour que la somme d’une roupie soit déduite des salaires du Chief Governement Valuer, Yodhun Bissessur, inculpé par l’ICAC dans l’affaire MedPoint. Les élus de l’opposition ont manié critique et ironie pour soutenir leur demande, certains suggérant même que la roupie ainsi économisée soit utilisée pour un traitement médical visant à lui rendre sa mémoire. La motion a été rejetée, le ministre des Finances soutenant que l’on ne peut recourir à une telle action tant que le fonctionnaire en question n’a pas été formellement condamné.
Pour Anil Baichoo, ce sera une grande virée sur les routes mauriciennes, de celles qui sont dangereuses et engorgées, à celles qui sont en gestation. La nuit de mardi devait être aussi longue que celle de la veille, les parlementaires épluchant les dotations budgétaires des ministères dirigés par Arvin Boolell, Abu Kasenally, Vasant Bunwaree, Sheila Bappoo, Satish Faugoo, Deva Virahsawmy, Rajesh Jeetah, Tassarajen Pillay Chedumbrum, Nicolas Von-Mally et Devanand Ritoo, qui, comme d’habitude, s’en est plus ou moins bien tiré.
Les parlementaires se sont quittés à 2 h 30 mercredi matin, pour revenir quelques heures plus tard et entamer une autre longue journée de scrutiny des dépenses publiques. Et c’est avec un plat de choix et de circonstances qu’ils ont démarré : le ministère des Administrations régionales.
Conseils « illégaux et immoraux »
Hervé Aimée aura fort à faire pour contenir les assauts de l’opposition. Mahen Jhugroo tentera de faire le procès du maire démissionnaire de Vacoas/Phoenix, après ses excès, alors que Steve Obeegadoo proposera que les salaires des conseillers « illégaux et immoraux » soient déduits des allocations que le gouvernement accorde aux collectivités locales. Mais le ministre a résisté à cette demande.
L’opposition a aussi profité pour mettre en exergue le fait que nombre de conseils, tant municipaux que de districts, sont sous le coup d’accusations de corruption, de malversation et d’irrégularités, non sans avoir aussi évoqué les élections régionales qui sont dues. Hervé Aimée a laissé planer un doute sur la tenue des élections et a annoncé que le texte qu’il avait présenté le 18 octobre dernier sera prochainement débattu.
L’exercice s’est poursuivi avec la même intensité pour les autres ministres, tous pressés de questions, et le plus sollicité sera celui du Tourisme, Michael Sik Yuen. Rajesh Bhagwan le cuisinera sur deux items : le recrutement d’une Events and Celebrity Coordinator avec un budget annuel qui dépasse le million de roupies, et les dépenses déjà effectuées pour le show d’un artiste indien, qui devait être organisé dans le cadre de la fête Divali, mais qui n’est jamais venu.
L’opposition n’a pas caché son étonnement du fait que cette personne ait eu des compétences pour s’occuper des « célébrités » au Tourisme, mais qu’elle ait aussi suivi Robert Desvaux lorsque ce dernier… a suivi Xavier Duval à l’Intégration sociale et dans la lutte contre la pauvreté. Rajesh Bhagwan finira par réclamer qu’une roupie soit déduite du salaire dévolu à cette personne aux talents éclectiques, motion qui a été rejetée.
Et c’est à 00 h 25 jeudi matin que les travaux ont pris fin, après l’examen des dotations des ministres Lormesh Bundhoo, Cader Sayed-Hossen et Jim Seetaram, la performance du dernier étant telle qu’il a dû être encadré par le ministre du Commerce et de l’Industrie et… Michael Sik Yuen.
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Rappels à l’ordre et expulsions
Que serait une semaine parlementaire sans rappel à l’ordre ou expulsion ? Les risques de dérapage sont évidemment plus élevés lorsque des élus sont contraints de passer plus de douze heures d’affilée dans l’hémicycle. Des rappels à l’ordre, il y en a eu de nombreux, suite aux frictions entre Joe Lesjongard et Thierry Henry. Les expulsions de la chambre ont quand même touché deux élus : l’un de la majorité, le ministre Cader Sayed-Hossen, qui, sans être méchant, a joué aux humoristes d’occasion dans la soirée de mercredi alors que son collègue Jim Seetaram était bombardé de questions par l’opposition, et l’autre, Mahen Jhugroo, qui avait du mal à obtempérer aux injonctions du Deputy Speaker Pradeep Roopun de se tenir tranquille et de ne pas se laisser aller aux provocations.
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Koze Kozé
On sait qu’il suit les délibérations de son bureau du Bâtiment du Trésor mais, ce mercredi soir, le Leader of the House a choisi de dîner avec ses collègues parlementaires. Et juste après avoir dîné en compagnie du Speaker et de quelques ministres, Navin Ramgoolam, avant de regagner son bureau, s’est arrêté à la table des députés mauves pour une conversation amicale, loin des oreilles de l’autre composante de l’opposition, le MSM, installée à une table voisine. Il a, certes, été question du rythme des travaux qui éreinte non seulement les élus, mais toute l’intendance, secrétariat, reporters et autres prestataires.
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La «Demolition Team»
« Demolition Team ». C’est ainsi que le whip de l’opposition, Rajesh Bhagwan, a décrit l’équipe qu’il a menée et qui a fait passer des nuits blanches au gouvernement trois jours de suite, lundi, mardi et mercredi, lors de l’examen en comité des items du budget. En sus de ceux qui ont fait leur homework sur les dossiers dont ils ont la responsabilité, ceux qui ont été les plus assidus durant cet exercice et qui n’ont donné aucun répit à aucun ministre sont Rajesh Bhagwan, lui même, Veda Baloomoody, Steve Obeegadoo, Reza Uteem, mais aussi le quatuor de femmes mauves, Françoise Labelle, Arianne Navarre-Marie, encore souffrante, Lysie Ribot et Josique Radegone qui, comme on le sait, habite Bel Ombre. C’est dire qu’elle a de la route à faire entre Port-Louis et l’autre bout du pays, à l’extrême sud-ouest. Du côté du MSM, ceux qui se sont le plus illustrés durant cet exercice sont les deux Mahen, Jhugroo, le vieux routier, et Seeruttun, le néophyte.